C'est quoi, l'autorité, quand on veut rester bienveillant ?
Peut-on poser des règles sans devenir dur, et rester doux sans tout laisser passer ? Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Marie-Charlotte Clerf redonne leur sens aux deux mots.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
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L'autorité n'est pas l'opposé de la bienveillance : elles se complètent, estime Marie-Charlotte Clerf, à condition de leur rendre leur sens premier. Cette formatrice et conférencière, fondatrice de Coach Famille, accompagne des familles sur les questions d'autorité, d'estime de soi, d'épuisement maternel et de harcèlement scolaire. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, elle répond aux situations où l'autorité est la plus difficile à tenir.
Autorité et bienveillance, sont-elles vraiment compatibles ?
Oui, si l'on revient aux origines des mots. Du latin auctoritas, l'autorité signifie « capacité de faire grandir », ce qui la distingue du dressage et de la domination. Quant à la bienveillance, l'autrice rappelle qu'elle vient de bona vigilantia, la « bonne vigilance », celle qui veille avec attention, plutôt que de la simple gentillesse. Bien veiller sur son enfant, c'est le faire grandir en sécurité, avec un espace de liberté qui n'est pas le même à 2 ans qu'à 17.
« C'est bien souvent ma certitude intérieure que ce que je vais poser est juste pour chacun, qui va me donner cette autorité nécessaire. »
Pourquoi est-ce si difficile pour certains parents ?
Pour l'autrice, cela tient moins au caractère qu'à la vision que l'on a de soi : si je pense que je n'en suis pas capable, je ne suis pas crédible, et le cercle vicieux s'installe. Elle observe aussi que l'on confond parfois donner du sens à une règle et se justifier. Une explication courte et factuelle aide l'enfant. Une longue justification, dans l'espoir de le convaincre, fait en général perdre du temps.
Un autre piège est de s'oublier. Dire « non, pas aujourd'hui, j'ai besoin de me reposer » peut être un acte d'autorité, et il ne prive pas l'enfant de tout : il apprend à gérer une frustration auprès de ses parents plutôt que plus tard à l'école ou en entreprise. À l'inverse, un enfant à qui l'on ne dit jamais non peut se sentir insécurisé. L'autrice décrit ce que cet enfant peut se dire au fond de lui, et pourquoi il risque d'aller plus loin dans ses bêtises pour obtenir enfin un « stop ».
Comment éviter qu'il y ait un parent gentil et un parent méchant ?
Les enfants savent très bien nous le faire croire, prévient-elle.
« Attention à ne pas associer laxisme à gentillesse et cadre à méchanceté. »
Elle propose un exercice à faire d'abord chacun de son côté, puis à confronter en couple, qui distingue trois catégories de règles, et une astuce pour les jours de dispute. Elle en donne le principe et des exemples dans le magazine. Elle évoque aussi la situation, plus délicate encore, des familles recomposées, avec la notion d'« autorité de territoire » et la manière dont le parent peut, par ses mots, confier une part d'autorité à son nouveau conjoint.
Comment poser une règle juste et la faire respecter ?
Marie-Charlotte Clerf propose une démarche en trois temps : réfléchir à ce que l'on accepte et ce que l'on refuse, se demander pourquoi, puis prévoir la conséquence si la règle n'est pas suivie. Elle distingue plusieurs familles de conséquences éducatives (naturelles, logiques, réparatrices, créatives, et les excuses), chacune illustrée dans le magazine par un exemple de la vie courante. Elle insiste sur quelques réflexes simples : dire les choses sans les répéter cinquante fois, appliquer la conséquence dès les premières fois, et se souvenir que l'adulte détient l'autorité. Elle termine sur un conseil de posture et de voix.
Sa conclusion rassure. Quand on doute, on peut se rappeler que l'on a un instinct, une voix intérieure à laquelle on peut le plus souvent faire confiance.
Questions fréquentes
Faut-il toujours expliquer une règle à son enfant ?
Donner du sens aide l'enfant à comprendre et à accepter, selon l'autrice. Elle distingue cette explication courte de la justification longue, qui cherche à convaincre et qui est, dit-elle, une perte de temps.
Un enfant en colère parce qu'on a dit non, est-ce un échec ?
Pas du tout. Pour Marie-Charlotte Clerf, le rôle du parent n'est pas d'avoir un enfant qui sourit tout le temps, mais un enfant qui apprend à gérer ses frustrations, y compris par des crises de colère.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des trois catégories de règles (non négociables, négociables, libres), avec des exemples.
- L'astuce du parent qui termine la dispute qu'il a commencée.
- Les conseils pour les familles recomposées et l'autorité de territoire.
- Les cinq familles de conséquences éducatives, chacune avec son exemple.
- Les conseils sur la posture physique et la voix, et le livret de l'autrice.
