Enfant à fort caractère : l'éducation positive est-elle adaptée ?
Insolent, têtu, explosif : un enfant à forte personnalité met les parents à l'épreuve. Faut-il y voir le résultat de l'éducation positive ? La psychopédagogue Marina Faillot-Laloux nuance dans le n°20.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
Voir ce numéro
Un enfant qui répond, qui s'entête, qui réagit fort : on le dit « compliqué ». Et certains critiques voient dans ces comportements la preuve que l'éducation positive fabrique des « enfants-rois ». Marina Faillot-Laloux, psychopédagogue, facilitatrice en Discipline Positive, graphothérapeute et autrice de plusieurs livres (dont Mon enfant a du caractère), reprend la question dans le n°20 d'Innovation en Éducation. Elle commence par rappeler que le but de l'éducation positive n'a jamais été de former des « tyrans capricieux ».
« Le but de l'éducation positive n'a jamais été de transformer les enfants en "tyrans capricieux", mais simplement de soutenir leur développement en leur offrant un environnement propice à leur épanouissement. »
Qui sont ces enfants dits « compliqués » ?
Elle les décrit comme des enfants à forte personnalité, déterminés dans la poursuite de leurs objectifs, capables d'exprimer leurs opinions de manière frontale. Cette attitude est parfois perçue comme de l'insolence, voire comme une confiance en soi excessive. Pour ces enfants, elle traduit, selon l'autrice, un grand besoin de reconnaissance et d'intégrité, qui se heurte à toute contrainte.
Ils sont aussi très sensibles. Cette sensibilité peut en faire des enfants empathiques et intuitifs, mais elle apporte aussi du stress et de l'anxiété, et des réactions parfois explosives, surtout face à ce qu'ils vivent comme injuste ou subi sans explication. Ajoutées à leur tendance à remettre en question l'autorité, ces réactions rendent le quotidien difficile à gérer. Elle reconnaît d'ailleurs que les principes de l'éducation positive peuvent sembler plus complexes à appliquer avec eux.
Les parents ont-ils « raté » quelque chose ?
C'est l'interprétation que Marina Faillot-Laloux juge trop superficielle. L'éducation joue un rôle important, mais pas le seul : la génétique, l'environnement familial, les interactions sociales et les expériences individuelles façonnent aussi la personnalité d'un enfant, quelles que soient les techniques de ses parents. Attribuer le caractère d'un enfant uniquement à la façon dont on l'éduque est donc, dit-elle, une simplification.
Plutôt que de condamner les parents ou les méthodes, elle propose de chercher des solutions qui tiennent compte de la personnalité de l'enfant et des difficultés de la famille. Son approche est donc, volontairement, celle de la nuance.
Un cadre, oui, mais lequel ?
L'autrice insiste sur un point : derrière leurs comportements, ces enfants demandent un cadre clair. Leur contestation de l'autorité traduit, selon elle, le besoin de vérifier que des règles les protègent et que l'adulte tiendra ce cadre sans faillir.
C'est là que les parents se trouvent souvent en difficulté : ils craignent d'être autoritaires, et confondent autorité et autoritarisme. La distinction qu'elle propose est nette. L'autorité s'appuie sur des règles et des limites nécessaires, alors que l'autoritarisme relève d'un contrôle excessif ou « de principe ».
« Si l'autorité est nécessaire au développement de l'enfant, ce n'est pas le cas de l'autoritarisme. »
L'éducation positive, dit-elle, encourage à établir des limites claires qui prennent en compte les difficultés de l'enfant, sans nier ses émotions ni imposer des règles de manière autoritaire. Elle met aussi l'accent sur le renforcement des comportements appropriés plutôt que sur la punition. Le même équilibre, entre fermeté et écoute, est exploré par Olivier Sorel à propos de la discipline positive.
Et les parents dans tout cela ?
Elle observe chez certains une quête de « perfection éducative », qui les pousse à s'investir au détriment d'eux-mêmes. Or l'éducation positive vise, dit-elle, une relation équilibrée où chacun se sent respecté et écouté, ce qui suppose que les parents prennent soin d'eux.
« Toute la difficulté de l'éducation positive est de trouver ce juste équilibre entre fermeté et écoute. »
Questions fréquentes
Un enfant à fort caractère est-il le résultat d'une éducation trop douce ?
Pas nécessairement. L'autrice rappelle que la génétique, l'environnement familial et les expériences de l'enfant pèsent aussi sur sa personnalité.
Quelle différence entre autorité et autoritarisme ?
L'autorité repose sur des règles et des limites nécessaires ; l'autoritarisme se caractérise par un contrôle excessif ou « de principe ».
Pourquoi ces enfants contestent-ils autant les règles ?
Selon l'article, c'est souvent pour vérifier que le cadre existe et que l'adulte le maintiendra.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le portrait détaillé des enfants à forte personnalité, de leurs forces et de leur sensibilité.
- Le développement sur la part de l'éducation et la part du tempérament.
- Les outils de l'éducation positive que l'autrice juge adaptés à ces enfants, et comment poser des limites claires.
- Ses observations sur les parents en quête de « perfection éducative ».
