Enfants impulsifs, frustration difficile : la faute à l'éducation positive ?
Les enseignants décrivent des élèves de plus en plus agités et supportant mal la frustration. La psychopédagogue Joëlle Alarcon cherche, dans le n°20, ce qui l'explique, et ce qu'un cadre juste peut apporter.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Les enfants d'aujourd'hui tolèrent-ils moins la frustration ? Se plient-ils plus difficilement aux règles de l'école ? C'est ce que rapportent beaucoup d'enseignants, de la maternelle aux classes supérieures. Dans le n°20 d'Innovation en Éducation, Joëlle Alarcon, psychopédagogue, fondatrice du Jardin Pédagogique et formatrice d'enseignants, se demande si l'éducation positive est en cause. Sa réponse est prudente : peut-être en partie, mais la situation est multifactorielle.
Qu'observent les enseignants sur le terrain ?
L'autrice forme des enseignants depuis de nombreuses années et entend partout le même discours : des enfants plus difficiles à intéresser, à canaliser, plus impulsifs, qui se plient mal aux contraintes de l'institution. C'est, d'après elle, l'une des raisons d'épuisement le plus souvent citées par les enseignants en burn-out, avant même le salaire ou le temps de travail. Elle entend aussi des parents dire à l'enseignant : « dites-lui, vous, il vous écoutera ».
Elle invite à ne pas chercher un coupable unique. Il y a eu un confinement qui a rompu la scolarité et la socialisation. Il y a aussi les réseaux sociaux, qui bouleversent le rapport à l'immédiateté, et sur lesquels, rappelle-t-elle, les chercheurs observent un moindre contrôle cognitif chez les gros utilisateurs. Les parents ont leur rôle dans la place laissée aux écrans.
Où est passée l'autorité ?
C'est la partie la plus discutée de l'article. Joëlle Alarcon pose des questions plutôt qu'elle n'assène des réponses : quel rapport les parents « positifs » entretiennent-ils avec la règle ? Acceptent-ils qu'il y ait une forme de hiérarchie dans la famille ? Comment transmettre le respect et l'effort sans tomber dans l'autoritarisme ? Elle précise n'avoir aucune « recette miracle », et que la réponse se construit au cas par cas, avec honnêteté envers soi-même.
Elle reconnaît aussi le poids du passé : on devient parent avec, en soi, l'enfant qu'on a été, et elle se demande si, à force de décider en fonction de ce qu'on veut éviter, on ne continue pas à alimenter le système dont on cherche à s'éloigner.
« La limite a une vertu quand elle est posée avec respect, justesse et fermeté. »
Pourquoi un cadre rassure-t-il un enfant ?
Parce qu'il est, d'après l'autrice, ce qui contient. L'enfant n'est pas un petit adulte : la partie de son cerveau qui régule les pulsions n'est pas terminée, et on ne peut pas lui demander de raisonner, de choisir ou d'anticiper comme un adulte.
« L'enfant n'est pas un petit adulte, c'est un enfant. »
L'adulte décide donc d'abord, puis ouvre petit à petit un espace d'autonomie, toujours dans un cadre qu'elle décrit comme ferme et juste. Selon elle, l'agitation et l'impulsivité sont souvent la conséquence d'une absence de cadre, qui crée une angoisse et un vide qu'on cherche à combler.
Quel est le lien avec les apprentissages ?
C'est l'exemple qu'elle développe. Comment un enfant habitué à des divertissements immédiats accepterait-il d'apprendre une poésie par cœur plutôt que de jouer à la console ? Comment se taire et écouter quand les copains sont à côté ? L'ennui, et avec lui la créativité et le « jardin intérieur », ont peu à peu cédé la place à des propositions de divertissement immédiat.
Apprendre, rappelle-t-elle, demande du temps, des efforts, l'acceptation de l'incertitude et de l'échec, la capacité de se projeter vers une satisfaction future. De quoi mettre en tension les jeunes, les enseignants et les parents.
« Apprendre demande du temps, des efforts, l'acceptation de l'échec, de l'incertitude. »
Cette lecture rejoint celle de Marina Faillot-Laloux sur l'autorité et l'autoritarisme. D'autres, comme Isabelle Filliozat, contestent que l'éducation positive en soit à l'origine : le numéro laisse ces points de vue se répondre.
Questions fréquentes
L'éducation positive est-elle responsable de l'impulsivité des enfants ?
L'autrice ne tranche pas : elle estime que la situation est multifactorielle (confinement, réseaux sociaux, écrans, absence de cadre) et que l'éducation positive peut y avoir contribué malgré elle.
Qu'est-ce qu'un cadre « ferme et juste » ?
Des limites posées avec respect, justesse et fermeté, qui donnent à l'enfant un repère rassurant sans passer par l'autoritarisme.
Pourquoi l'ennui compte-t-il dans les apprentissages ?
Selon Joëlle Alarcon, sa disparition au profit de divertissements immédiats rend plus difficile d'accepter le temps et l'effort que demande l'apprentissage.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'encadré de cinq conseils pour trouver l'équilibre entre fermeté et bienveillance, avec des exemples pour chacun.
- Le passage sur le « compliment descriptif » et la manière de valoriser les efforts.
- Les questions que l'autrice invite les parents à se poser sur leurs propres peurs.
- Son analyse du rôle des réseaux sociaux et de la dopamine dans l'impulsivité des jeunes.
