Comment aider son enfant à traverser ses émotions quand on a du mal avec les siennes ?
On aimerait que nos enfants apprennent à accueillir leurs émotions, alors que nous ne l'avons pas appris nous-mêmes. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Coralie Garnier propose de le faire de front.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
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« Connecter avant de corriger » : c'est un principe de la Discipline Positive que Coralie Garnier, mère de quatre enfants et auteure du blog Les 6 doigts de la main, a placé au cœur de sa vie de parent. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, elle explique que tout commence par les émotions, d'abord les nôtres, puis celles de nos enfants, et que les deux apprentissages se font en parallèle.
Pourquoi est-ce si difficile d'écouter ses propres émotions ?
Parce que nous n'avons pas grandi en les écoutant. L'autrice rappelle que notre éducation nous a souvent appris à les cacher, voire à ne pas se demander comment nous nous sentons. Elle raconte ce que lui a apporté sa décision d'arrêter de crier : reprendre la responsabilité de ses émotions, plutôt que d'en faire la faute de ses enfants.
« Nos sentiments sont des messagers de nos besoins satisfaits ou insatisfaits […] »
Elle compare cet apprentissage à celui d'une langue étrangère : même pour des sentiments agréables, il n'est pas si simple de passer de « je me sens bien » à des mots plus précis.
Pourquoi un jeune enfant n'arrive-t-il pas à se calmer ?
L'enfant naît avec un cerveau immature, explique l'autrice. Le cortex préfrontal, qui joue le rôle de tour de contrôle des émotions, se construit pendant les premières années de la vie. Face à une crise, il perd l'accès à cette tour de contrôle, ce qui rend les explications inutiles sur le moment.
« Ce n'est pas qu'il ne veut pas, c'est qu'il ne peut pas. »
La bonne nouvelle, selon elle, est que chaque émotion traversée avec un adulte renforce les connexions du cerveau et développe la résilience de l'enfant.
Pourquoi est-ce difficile pour nous, parents ?
L'autrice propose de se demander ce que l'on ressent quand son enfant est envahi par une émotion désagréable. Souvent, nous refusons l'émotion parce que nous refusons le comportement qui en découle. Elle illustre la différence avec l'exemple d'un enfant qui tape sous le coup de la colère : on peut condamner son émotion, ou lui dire qu'il a le droit d'être en colère tout en lui apprenant à l'exprimer autrement. Elle évoque aussi l'instinct de protection, qui nous pousse à dire « ce n'est rien » pour effacer l'émotion.
Concrètement, comment les accompagner ?
D'abord en cessant de nier les émotions, ce qui suffit souvent à apaiser. Ensuite, en aidant l'enfant à repérer ce qui lui permet de redescendre : l'autrice présente plusieurs familles de techniques, chacune avec des variantes et des exemples, et insiste sur le fait de laisser l'enfant choisir celles qui lui conviennent. Elle ajoute une dernière étape, trop souvent oubliée : une fois le calme revenu, chercher à comprendre le message de l'émotion, avec un vocabulaire émotionnel riche.
Faut-il attendre d'avoir réglé ses propres émotions ?
En théorie, répond l'autrice, on apprend d'abord à accueillir ses émotions avec bienveillance, puis on aide ses enfants à accueillir les leurs. En pratique, les enfants grandissent pendant que l'on apprend, et nous voulons déjà les aider : les deux apprentissages se font en parallèle. Elle observe que les émotions ont fait leur entrée dans les programmes scolaires et que les enfants sont un peu plus encouragés à les exprimer, mais qu'il reste illusoire de leur apprendre à les écouter si l'on n'apprend pas soi-même à vivre les siennes.
Elle rappelle aussi ce qui est en jeu : combien d'adultes s'emportent sous le coup de la frustration, ou basculent dans l'agressivité quand leurs émotions les dépassent ? Notre société ne serait-elle pas bien différente si chacun avait appris à accueillir ses émotions sans en rendre les autres responsables ? Coralie Garnier, qui a découvert l'éducation positive en 2014, partage depuis ces principes avec des centaines de parents.
Questions fréquentes
Pourquoi mon jeune enfant ne m'écoute-t-il pas pendant une crise ?
D'après l'autrice, c'est parce que son cortex préfrontal est encore en construction : il ne peut pas réguler seul ses émotions. Les explications viennent après, quand le calme est revenu.
Dois-je dire à mon enfant que ce n'est pas grave ?
Coralie Garnier montre que ces phrases, dites avec tendresse, cherchent à effacer l'émotion. Elle propose plutôt d'accueillir ce que l'enfant ressent, sans condamner son émotion.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit du chemin de l'autrice, depuis sa décision d'arrêter de crier.
- La distinction entre émotion et comportement, avec des formulations pour chaque cas.
- Les familles de techniques pour traverser une émotion, avec leurs variantes et des exemples.
- La façon de construire avec l'enfant sa « roue des options ».
- Les références citées par l'autrice et un encadré de présentation.
