Comment devenir un repère émotionnel pour son enfant ?
Face à une crise, l'enfant n'a pas encore les outils pour se calmer seul. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Alexandre Antonienko montre comment l'adulte peut lui prêter les siens.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Un enfant apprend à gérer ses émotions de deux façons, en regardant l'adulte et en étant accompagné par lui. La première est l'imitation : il capte le calme ou l'agitation de ceux qui l'entourent. La seconde est la co-régulation : l'adulte l'aide activement à retrouver son équilibre. Être un repère émotionnel, c'est cultiver son propre calme et s'en servir pour guider l'enfant pendant la tempête.
Conférencier, auteur et fondateur de l'Institut Alpha à Montpellier, une école consacrée à la connaissance de soi, Alexandre Antonienko s'appuie sur les sciences cognitives et comportementales. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, il signe un article qui part du cerveau de l'enfant pour arriver à une question très pratique : comment, concrètement, incarner ce rôle de repère ?
Pourquoi les émotions de l'enfant débordent-elles autant ?
L'auteur rappelle d'abord ce que les chercheurs observent. Le cortex préfrontal, qui intervient dans la régulation des émotions, le contrôle des impulsions et la décision, reste immature longtemps : les travaux de Jay Giedd, chef de la division de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'UC San Diego, montrent qu'il continue de se remodeler jusqu'à vingt-cinq ans environ. Dans le même temps, le système limbique, siège des émotions et de la motivation, est très réactif. Le psychologue Laurence Steinberg, spécialiste de l'adolescence, y voit l'explication de la recherche de récompenses immédiates et de l'impulsivité.
De ce déséquilibre entre un moteur émotionnel puissant et un frein encore en construction découlent bien des comportements imprévisibles. L'auteur en tire une conséquence pour les éducateurs : ce développement dépend à la fois de la maturation biologique et de l'environnement, donc en partie de nous.
Que se cache-t-il derrière une réaction disproportionnée ?
C'est le passage le plus personnel de l'article. Alexandre Antonienko invite à changer de regard, en passant de la confusion à la compréhension, puis de la frustration à la compassion.
« Lorsqu'un enfant est submergé par une émotion, il ne cherche pas à manipuler ou à provoquer, mais exprime une difficulté à répondre à un besoin ou à gérer ce qu'il ressent. »
Il raconte, dans un encadré, ce qu'il appelle l'affaire du caillou : un jour d'été, il jette un petit caillou qui traînait sur la table de la terrasse, et son fils de sept ans s'effondre en le découvrant. Sa première réaction est celle de beaucoup de parents. La suite de l'histoire, et ce que représentait ce caillou pour l'enfant, sont à lire dans le magazine. Elle illustre une idée simple : ce qui paraît insignifiant à l'adulte peut avoir une immense valeur pour un enfant.
L'auteur cite aussi les travaux de John Gottman, spécialiste des relations parent-enfant, selon lesquels les enfants dont les émotions sont reconnues et accompagnées développent une meilleure intelligence émotionnelle et gèrent mieux le stress à l'âge adulte.
Imitation ou co-régulation : quelle différence ?
C'est la distinction centrale de l'article, et elle aide à y voir clair.
L'imitation est passive. L'enfant capte et reproduit les émotions de l'adulte, un phénomène de contagion émotionnelle que l'auteur rattache aux neurones miroirs. Il cite Daniel Goleman, qui parle à ce sujet d'une sorte de wifi entre les cerveaux. Un adulte calme transmet son calme, un adulte agité son agitation.
« Un enfant en pleine crise émotionnelle aura beaucoup de mal à se calmer si l'adulte qui l'accompagne est lui-même frustré ou submergé. »
La co-régulation, elle, est active. L'adulte et l'enfant agissent ensemble : par une attitude posée et rassurante, l'adulte aide à faire baisser le stress de l'enfant, ce qui lui permet de retrouver l'accès à sa réflexion. Il ajuste ses gestes et ses mots à ce dont l'enfant a besoin, avec un objectif à plus long terme, que l'enfant apprenne peu à peu à se réguler seul.
Le magazine propose deux tableaux pratiques, l'un pour être un repère par l'imitation, l'autre pour la co-régulation, avec pour chaque attitude son effet sur l'enfant. On y trouve par exemple l'idée de valider ce que ressent l'enfant tout en posant une limite claire.
La même idée d'une émotion contagieuse traverse l'article d'Émilie Soubiron-Soucasse sur l'enfant qui passe du rire aux larmes.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la co-régulation émotionnelle ?
C'est un processus actif où l'adulte aide l'enfant à retrouver son calme, par son attitude, sa voix et ses mots, en s'ajustant à ses besoins. L'objectif est que l'enfant apprenne progressivement à se réguler seul.
Mon calme a-t-il vraiment un effet sur mon enfant ?
Selon Alexandre Antonienko, oui : par imitation, l'enfant capte l'état émotionnel de l'adulte qui l'accompagne. Un adulte serein l'aide à s'apaiser.
Faut-il céder quand on valide l'émotion de l'enfant ?
Non. L'article propose de reconnaître ce que ressent l'enfant tout en maintenant des limites claires.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'histoire complète de l'affaire du caillou, et ce qu'elle a appris à l'auteur.
- Le détail des travaux sur la maturation du cortex préfrontal et l'activité du système limbique.
- Le tableau des comportements de l'adulte qui servent de modèle par imitation.
- Le tableau des stratégies de co-régulation, avec l'effet de chacune sur l'enfant.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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