Pourquoi mon enfant passe-t-il si vite du rire aux larmes ?
Un biscuit cassé, et c'est le drame. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Émilie Soubiron-Soucasse explique pourquoi les émotions des enfants débordent, et ce que l'adulte peut en faire.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Si votre enfant passe d'un fou rire à une colère, puis à un gros chagrin en quelques minutes, ce n'est ni de la comédie ni un défaut d'éducation : c'est son cerveau qui fonctionne ainsi à cet âge. La partie qui ressent les émotions est opérationnelle dès la naissance, celle qui les régule met des années à se construire. L'adulte peut l'aider en se calmant d'abord lui-même, puis en apaisant l'enfant avant de chercher à discuter.
C'est la thèse que développe Émilie Soubiron-Soucasse, accompagnatrice et formatrice sur les émotions, issue des sciences de l'éducation, dans le n°26 d'Innovation en Éducation, consacré à ce qui se passe dans la tête des enfants. Son point de départ est une scène que tout parent connaît, et une question simple : nous serions stupéfaits de voir un collègue fondre en larmes parce que son biscuit s'est cassé ; pourquoi trouvons-nous cela si ordinaire chez un enfant de quatre ans, et si difficile à vivre ?
Un cerveau qui ressemble à une maison en travaux
Pour répondre, l'autrice s'appuie sur une image qu'elle emprunte au docteur Daniel J. Siegel. Le cerveau serait une maison à deux niveaux. Au rez-de-chaussée, les réactions rapides, instinctives, les émotions fortes, tout ce qui sert à survivre. À l'étage, une sorte de bureau où l'on réfléchit, planifie, prend du recul et calme ce qui monte d'en bas.
Chez l'enfant, le rez-de-chaussée est meublé dès les premiers cris. L'étage, lui, est encore un chantier. Et quand une émotion forte surgit, tout se passe comme si une barrière fermait l'escalier : l'enfant n'a plus accès à ce qui lui permettrait de relativiser. L'amygdale, que l'article présente comme un garde du corps chargé de réagir à la peur et à la colère, prend alors les commandes.
L'article cite à ce propos la pédiatre Catherine Guéguen, pour qui le petit enfant ne peut tout simplement pas réagir comme un adulte : il est submergé par ce qu'il ressent.
« Le petit enfant n'a pas physiologiquement la capacité de gérer l'ensemble des situations et des émotions auxquelles il est confronté. »
Comprendre cela change le regard. Ce qui ressemble à de la mauvaise volonté devient la manifestation d'un cerveau qui n'a pas encore fini de se câbler. L'autrice rappelle d'ailleurs que ce câblage n'est jamais figé : chaque expérience crée de nouvelles connexions, chez l'enfant comme chez l'adulte.
Et nous, adultes, que faisons-nous de nos propres émotions ?
C'est sans doute la partie la plus juste de l'article : avant de parler de l'enfant, Émilie Soubiron-Soucasse parle de nous. Une crise est éprouvante aussi pour le parent, et l'autrice invite à le reconnaître sans se juger. Elle reprend l'image du masque à oxygène dans l'avion, qu'on enfile d'abord pour soi afin de pouvoir aider les autres.
Concrètement, cela passe par quelques questions qu'on se pose à soi-même au moment où la tension monte : qu'est-ce qui m'agace exactement, de quoi ai-je besoin ? Le magazine les détaille, avec la manière d'observer son propre fonctionnement émotionnel au quotidien.
Viennent ensuite les gestes qui apaisent l'enfant : un contact physique, une voix rassurante, une respiration guidée. L'idée directrice est claire, d'abord calmer l'émotion, ensuite seulement parler de ce qui s'est passé. Mais l'autrice se garde bien de livrer une recette unique.
« Nous sommes notre propre laboratoire. Ce qui fonctionne sur moi ne fonctionne pas forcément sur vous. »
Cette prudence est précieuse. Elle laisse chaque famille chercher ce qui convient à son enfant, sans le sentiment d'avoir raté une méthode.
Pourquoi nos cris se transmettent-ils aux enfants ?
L'article consacre une partie au phénomène que le chercheur en psychologie sociale Christophe Haag appelle la contagion émotionnelle. L'enfant ressent ce que ressent l'adulte qui est en face de lui : notre calme l'apaise, notre énervement l'agite. Ce n'est pas un reproche fait aux parents, plutôt une bonne nouvelle, puisque l'adulte dispose là d'un levier qu'il peut apprendre à utiliser.
Le même mécanisme est au cœur d'un autre article du numéro, qui distingue l'imitation et la co-régulation pour expliquer comment devenir un repère émotionnel pour son enfant.
Peut-on préparer le terrain avant la tempête ?
Oui, et c'est la dernière partie de l'article, la plus pratique. Il n'est pas nécessaire d'attendre la crise pour parler d'émotions. L'autrice propose d'en faire un sujet ordinaire de la vie familiale, avec toute la palette, les agréables comme les pénibles. Elle insiste sur un point qui rassure : une émotion est un état passager, pas un trait de caractère. Un enfant en colère n'est pas un enfant colérique.
Elle évoque aussi des supports pour expliquer aux enfants comment fonctionne leur cerveau, et des activités pour les aider à mettre des mots sur ce qu'ils vivent. Le magazine en donne le détail.
Questions fréquentes
Pourquoi un enfant ne peut-il pas se calmer tout seul ?
Parce que la partie de son cerveau qui régule les émotions est encore immature. Quand une émotion forte surgit, elle prend le dessus sur sa capacité à prendre du recul. Il a besoin d'un adulte calme pour retrouver son équilibre.
Faut-il parler à l'enfant pendant sa crise ?
L'article recommande d'apaiser d'abord, par le contact, la voix ou la respiration, et de discuter ensuite, une fois que l'enfant a retrouvé l'accès à sa réflexion.
Un enfant souvent en colère est-il colérique ?
Non. Selon Émilie Soubiron-Soucasse, une émotion est un état passager et mouvant, pas un trait de caractère.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des deux hémisphères et des deux étages du cerveau, avec la métaphore complète de la maison de Daniel J. Siegel.
- Les questions à se poser à soi-même au moment où la crise éclate, pour ne pas y ajouter sa propre tension.
- Les techniques d'apaisement proposées, et la manière de les essayer pour trouver celle qui convient à son enfant.
- Les activités pour parler d'émotions en famille en dehors des crises, avec des livres, des documentaires et le jeu.
- Une seconde citation de Catherine Guéguen et une d'Isabelle Filliozat sur le cerveau sous stress.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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