Comment apprendre aux élèves à utiliser l'IA sans tricher ?
Interdire l'IA ou la laisser faire seule : et si une troisième voie consistait à montrer aux élèves comment s'en servir ? Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, une enseignante raconte ce qu'elle fait en classe.
Tiré du magazine · n°30IA : menace ou révolution ? LE guide pour parents et enseignants
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Plutôt que de laisser les élèves seuls face à l'IA, Juline Anquetin Rault préfère leur montrer comment s'en servir : pour réviser plutôt que pour tricher, avec leurs connaissances plutôt qu'à leur place. Enseignante d'histoire-géographie, formatrice en classe autonome et finaliste du Global Teacher Prize 2021, elle raconte dans le n°30 d'Innovation en Éducation ce qu'elle met en pratique avec ses élèves, et ce qu'elle conseille aux professeurs comme aux parents.
Comment réviser avec l'IA sans lui laisser le travail ?
L'autrice commence par un exemple. Alma préparait l'oral de français du bac sur un roman au programme. Elle a demandé à l'IA une série de questions que le jury pourrait poser, avec des éléments de réponse, et s'est entraînée avec. L'outil ne rédigeait rien à sa place : il l'aidait à anticiper et à approfondir. Même logique pour les fiches de révision et les flashcards, qu'on obtient en déposant simplement son cours dans l'IA.
Elle ne nie pas que certains élèves rédigent tout leur grand oral avec l'IA. Mais elle y voit surtout un signal : c'est une épreuve d'éloquence, et c'est la forme, la diction, le regard, la posture qu'il faudrait travailler davantage.
« C'est à nous de montrer aux élèves comment utiliser intelligemment ce nouvel outil extraordinaire. »
Pourquoi faut-il leur apprendre à poser la question ?
Parce qu'avoir l'outil ne suffit pas. Lors d'un stage de méthodologie, l'enseignante a demandé à des élèves de préparer des fiches sur des personnages historiques pour le brevet. Ils ont tapé « qui est Staline », et se sont retrouvés devant des pages à lire. En reformulant avec une consigne précise (un résumé court, centré sur ce qu'il faut retenir pour l'examen), ils ont obtenu exactement ce qu'il leur fallait. Cette précision a un autre avantage, que l'autrice souligne : l'IA consomme beaucoup d'énergie, et un prompt bien conçu évite de multiplier les requêtes.
Elle évoque aussi le Danemark, où l'IA est désormais autorisée dans la préparation de l'oral de langue au baccalauréat : on y évalue la capacité à chercher les bonnes informations en peu de temps, puis l'éloquence. Elle y voit une piste pour l'école.
L'IA se trompe-t-elle vraiment ?
Oui, et c'est une leçon que l'enseignante organise exprès. Elle fait des expériences devant ses élèves : demander à l'IA des fiches sur un recueil de poèmes de Rimbaud, y trouver à chaque fois des erreurs, ou obtenir des résumés de pièces qui mélangent actes et scènes. Elle précise que si elle a pu voir ces erreurs, c'est parce qu'elle connaissait bien les œuvres.
« […] sans connaissance sur le sujet et le contexte, aucun esprit critique n'est possible. »
C'est le cœur de son propos : on ne vérifie bien que ce qu'on connaît déjà un peu. Ce qui plaide, selon elle, pour que les élèves travaillent aux côtés d'un adulte qui montre comment il confronte ses propres idées à celles de l'IA, y compris quand il n'est pas d'accord.
Et les parents, que peuvent-ils faire ?
L'autrice s'adresse autant aux parents qu'aux professeurs : montrer à un enfant comment on utilise soi-même l'IA, en lui laissant voir ses hésitations et ses corrections, vaut mieux que le discours « interdit » ou « permis ». Son propre dispositif consiste à fournir aux élèves des modèles de consignes, rangés dans un dossier en ligne, qui ne servent pas à copier mais à inspirer leurs propres formulations. Le magazine détaille cette démarche, ainsi que son exemple de diaporama préparé avec une élève pour l'oral du brevet.
Son pari de fond est tourné vers l'humain.
« Je suis convaincue que l'IA va changer complètement l'école, les examens, ce qu'on évalue chez nos élèves. »
Le temps gagné sur les tâches fastidieuses, espère-t-elle, pourra être réinvesti dans l'empathie et les compétences psychosociales.
Questions fréquentes
Un élève peut-il utiliser l'IA pour réviser sans tricher ?
Oui, selon l'autrice, à condition qu'elle serve à s'entraîner (questions d'oral, flashcards, fiches) et non à produire à sa place un travail noté.
Comment éviter qu'un enfant croie tout ce que dit l'IA ?
En lui montrant des erreurs réelles, et en lui rappelant qu'il faut déjà connaître un peu le sujet pour les repérer.
Faut-il autoriser l'IA aux examens ?
L'article ne tranche pas. Il cite l'exemple du Danemark, où l'IA est autorisée pendant la préparation d'un oral de langue au baccalauréat.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'exemple détaillé d'une élève de troisième et de son diaporama pour l'oral du brevet, du plan proposé par l'IA à la mise en voix.
- La comparaison, mot pour mot, entre une consigne vague et une consigne précise.
- Les expériences d'erreurs de l'IA que l'autrice montre à ses élèves, et l'anecdote sur Jeanne d'Arc.
- La façon dont l'enseignante fournit des consignes types dans un dossier en ligne pour les élèves.
- Le détail de l'oral de langue au baccalauréat danois.
