Autoriser ChatGPT en classe : le choix d'une enseignante de BTS
Face aux ordinateurs et aux smartphones omniprésents, Mathilda Michel a tranché : plutôt que d'interdire ChatGPT à ses élèves de BTS, elle les aide à s'en servir avec esprit critique. Son témoignage dans le n°18.
Tiré du magazine · n°18IA, Chat GPT, Subir ou s'en saisir ?
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Que faire quand ses élèves ont, en classe, un ordinateur ou un smartphone à portée de main ? Mathilda Michel, formatrice en école de commerce depuis cinq ans, enseigne le droit et la culture économique, juridique et managériale à des élèves de BTS. Formée à la pédagogie Montessori, aux réseaux sociaux et à l'IA, elle raconte dans le n°18 d'Innovation en Éducation pourquoi elle a choisi d'autoriser ChatGPT, et ce que cela change dans ses cours.
Interdire ou exploiter : pourquoi choisir la seconde voie ?
Elle part d'un constat : ses élèves consacrent une grande partie du temps de classe à des écrans. Deux options se présentaient.
« Face à cette situation, deux alternatives se sont présentées à moi : prohiber ou exploiter. J'ai opté pour la seconde possibilité, qui me semble la plus propice à l'épanouissement de mes élèves. »
Son raisonnement tient en peu de mots : proscrire l'accès à ces outils lui paraît dénué de sens, alors que les accompagner pour les utiliser avec discernement donne aux jeunes un bagage de plus pour entrer sur le marché du travail. Elle ne présente pas cela comme une règle valable pour tous, mais comme la réponse qui lui semble juste pour ses élèves.
Comment s'y prend-on concrètement ?
Elle a d'abord parlé de ChatGPT avec ses élèves, de manière informelle : qui l'avait déjà utilisé, et dans quel cadre. Certains étaient intrigués, d'autres fermés, presque apeurés, et elle insiste sur le fait de ne pas oublier ces derniers, dont l'avis reste souvent isolé dans le groupe. Elle les a ensuite invités à utiliser l'outil pour des exercices classiques. Surprise : seuls quelques élèves ont osé s'y mettre, malgré l'autorisation.
L'exemple qu'elle donne est simple. Lors de la correction d'un exercice fait avec ChatGPT, elle demande aux élèves de fournir à l'oral une réponse en un seul mot, alors que l'outil produit souvent de longues réponses rédigées. Son but n'est pas la bonne réponse, mais de stimuler la réflexion et l'esprit critique. Elle rappelle aussi régulièrement qu'à l'examen, l'outil ne sera pas disponible.
« Il nous incombe donc de diversifier nos méthodes pédagogiques pour les émanciper de leur dépendance aux outils informatiques. »
Faut-il encore apprendre par cœur ?
L'enseignante se pose la question pour des textes juridiques. Pour elle, l'essentiel est que les élèves se souviennent d'avoir abordé un sujet, sachent chercher une réponse et surtout la comprendre. Poser une question précise à une IA est d'ailleurs, dit-elle, un apprentissage à part entière. Elle y voit une compétence qu'elle partage elle-même : les enseignants ne savent pas tout, mais ils savent aller chercher et décoder l'information.
Quels conseils donne-t-elle aux enseignants ?
Elle en formule deux, présentés comme des conseils pratiques. Le premier : enseigner aussi les failles de l'IA, car autoriser ne veut pas dire ignorer les risques. Elle les nomme, sans les détailler ici.
« L'intelligence artificielle présente des aspects néfastes, il est impératif d'en avoir pleinement conscience et d'informer nos élèves sur ces risques. »
Le second : apprendre à rédiger de bons prompts, ces courtes instructions qui orientent l'IA (voir aussi notre article sur ce savoir-faire). Elle y voit un moyen de motiver les élèves, en leur proposant de chercher le meilleur prompt pour un sujet donné. Elle évoque enfin le temps de préparation que l'IA peut faire gagner aux enseignants.
Si vous êtes parent, ce témoignage éclaire ce qu'un élève peut vivre derrière son écran : l'outil n'est ni diabolisé ni laissé sans cadre.
Questions fréquentes
Faut-il laisser les élèves utiliser ChatGPT ?
Mathilda Michel répond oui, à condition de l'accompagner : débattre avec les élèves, leur apprendre à questionner l'outil et à garder leur esprit critique.
Quels risques l'enseignante veut-elle faire connaître aux élèves ?
Elle évoque l'utilisation des données, la perte du contact humain, les biais et les discriminations. Elle rappelle que peu d'élèves en ont conscience.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des dangers de l'IA que l'enseignante juge important d'expliquer aux élèves.
- Ses conseils pour rédiger de bons prompts, et le renvoi vers les autres articles du numéro sur le sujet.
- Les exemples d'exercices et de séances qu'elle a menés avec ses élèves.
- Son regard sur le changement d'ambiance en cours quand les outils sont autorisés.
