IA et cerveau : pourquoi tout est question d'usage ?
Que fait vraiment une IA quand elle répond, et que fait notre cerveau quand il la lit ? Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, les formateurs d'Awayke défendent un usage conscient, qui fait travailler la réflexion.
Tiré du magazine · n°18IA, Chat GPT, Subir ou s'en saisir ?
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Que se passe-t-il quand un élève demande à une IA de répondre à sa place, et que se passe-t-il quand il lui demande mieux ? Pour Raphaël Fransès, cofondateur d'Awayke, Claire Palama, responsable pédagogique, et Lucie Mourer, responsable digitale, tout est question d'usage. Awayke est une entreprise sociale qui anime des ateliers de compétences humaines auprès de jeunes de 15 à 30 ans, et dit avoir accompagné 150 000 jeunes en cinq ans. Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, ils proposent un regard à la fois technique et neuroscientifique.
Comment une IA « réfléchit »-t-elle vraiment ?
Les auteurs commencent par dédramatiser. Derrière la fluidité de ChatGPT, il n'y a pas de magie, mais des données, des algorithmes et des probabilités. Ils décrivent trois types d'apprentissage qui permettent de former une IA, puis insistent sur ce qui compte pour l'usage : l'IA classe ses réponses du plus probable au moins probable.
D'où l'exemple que l'article met en avant. Si l'on demande simplement à l'IA d'écrire une lettre de motivation, on obtient la lettre la plus quelconque possible. Si l'on précise son comportement, ses valeurs, celles de l'entreprise visée, le résultat devient bien plus pertinent. Le contexte, le format, le ton et l'objectif de la demande, c'est ce qu'on appelle un prompt. Les auteurs ajoutent que l'IA excelle dans la prévisibilité, moins dans la surprise : ses mains à six doigts, par exemple, ne sont pas de la créativité volontaire.
Pourquoi notre cerveau a-t-il intérêt à bien l'utiliser ?
C'est le second apport de l'article. S'appuyant sur les travaux du neuroscientifique Olivier Houdé, les auteurs rappellent que le cerveau, entre une solution simple et une solution complexe, tend naturellement vers la plus simple. Ils l'appellent le « cerveau flemmard ». Pour s'en défendre, il faut mobiliser le cortex préfrontal, siège de la réflexion et frein de nos automatismes.
Leur lecture est la suivante : un usage simpliste de l'IA, avec une question rapide et une réponse superficielle, laisse ce cortex au repos. Un usage précis, avec un but clair, l'active et mène à des réponses plus riches. L'outil devient alors un partenaire qui renvoie la qualité qu'on lui donne.
« L'IA oui, mais avec conscience ! »
Que devient le rôle de l'enseignant ?
Les auteurs ne cachent pas que l'IA suscite de la crainte dans le milieu pédagogique, parce qu'elle redéfinit les missions de l'enseignant. Ils rappellent toutefois que Google, Wikipédia ou les MOOC avaient provoqué la même inquiétude, avant de faciliter souvent la transmission une fois apprivoisés. Pour eux, la question n'est plus d'accéder ou non à l'outil, mais de la responsabilité de chacun dans son usage.
« La question est alors de savoir comment appréhender son fonctionnement pour l'intégrer à une pédagogie innovante. »
Ils observent en classe que les jeunes considèrent l'IA comme une source de réponses possible, mais que rares sont ceux qui s'en contentent. Ce doute leur paraît un signe positif : celui d'un esprit critique qui se développe.
Quelle différence entre information et connaissance ?
L'information est accessible à tous, la connaissance demande du recul et de la réflexion, que facilite souvent le partage d'un accompagnant plus expérimenté. Les auteurs voient donc dans l'IA une occasion pour l'enseignant de se placer en guide, qui interroge ses élèves tout en apprenant lui aussi.
« Apprendre à apprendre est l'essence de l'enseignement. »
Pour les parents comme pour les enseignants, le message est rassurant : la machine n'a pas à gagner contre l'intelligence humaine, elle peut surtout nous inviter à mieux l'exercer.
Questions fréquentes
Une IA peut-elle vraiment comprendre ce qu'elle écrit ?
Selon les auteurs, elle fonctionne par données, algorithmes et probabilités : elle excelle dans les schémas qu'elle a appris, moins dans les idées radicalement nouvelles.
Utiliser l'IA rend-il le cerveau paresseux ?
Un usage simpliste, avec une question vague et une réponse acceptée telle quelle, y contribue. Un usage précis, avec un but clair et un regard critique, sollicite au contraire la réflexion.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La description des trois types d'apprentissage d'une IA, avec leurs exemples.
- L'illustration par la pomme et la poire, qui montre pourquoi l'IA a besoin de consignes très précises.
- L'explication du rôle du cortex préfrontal face au « cerveau flemmard ».
- Un retour historique sur la posture de l'enseignant, du séminaire au cours magistral.
