Copier dix fois un mot pour le retenir : pourquoi cela ne suffit-il pas ?
Certaines habitudes de classe se transmettent de génération en génération. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Guillaume Bousquet, ancien professeur de français, se demande ce qu'elles font vraiment dans la tête des élèves.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Copier dix fois un mot mal orthographié ne garantit pas qu'on le retiendra, explique Guillaume Bousquet, parce que la copie se fait souvent de façon mécanique, sans que l'élève prête attention à ce qui rend ce mot particulier. Il propose de faire comprendre avant de faire mémoriser, de traiter une difficulté à la fois, et d'entraîner les élèves à repérer consciemment la forme des mots. L'effort porte alors sur le sens, pas sur la répétition.
Professeur de français au collège pendant treize ans, Guillaume Bousquet a créé en 2018 Pédago'Vie, par lequel il forme enseignants, professionnels et parents aux stratégies cognitives. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, il revisite trois habitudes que chacun a connues, à l'école ou à la table des devoirs, en se demandant ce qu'elles produisent dans la tête des élèves.
Pourquoi copier un mot dix fois ne marche-t-il pas toujours ?
Beaucoup d'élèves copient sans retenir, observe l'auteur, parce que l'écriture s'est souvent apprise de façon mécanique, sans attention au sens. Recopier dix fois revient alors à répéter un geste vide. Il ne rejette pas la copie en elle-même : il décrit dans le magazine les trois conditions qui, réunies, permettraient selon lui de retenir un mot en le copiant une seule fois.
Faut-il encore apprendre par cœur ?
Son propos porte moins sur le par cœur que sur l'ordre des étapes. Quand un élève apprend une propriété mathématique sans l'avoir vraiment comprise, il peut la réciter parfaitement et rester incapable de s'en servir dans un exercice. Pour l'auteur, la compréhension doit toujours précéder la mémorisation, et l'enseignant gagne à vérifier que chaque élève s'est approprié l'énoncé avant de lui demander de le retenir.
La neuroscientifique Céline Fouquet fait la même distinction dans le numéro, entre connaître par cœur et apprendre mot pour mot sans comprendre, dans son entretien sur la mémoire des élèves.
Pourquoi les homophones posent-ils tant de problèmes ?
C'est l'exemple le plus parlant de l'article. Les manuels présentent presque toujours les homophones ensemble, a et à, ce et se, dans la même leçon. Beaucoup d'élèves réussissent alors les exercices, puis se trompent en dictée ou en écriture libre. L'auteur y voit une raison liée au fonctionnement du cerveau.
« Le cerveau ne peut traiter qu'une information à la fois. »
Il propose donc d'aborder chaque forme séparément, de la faire comprendre, manipuler et automatiser, et de n'introduire sa voisine qu'ensuite, à distance dans le temps. Le jeu des homophones ne viendrait qu'une fois les deux formes bien installées.
Sur quoi repose cette approche ?
Guillaume Bousquet s'appuie sur ce qu'il appelle la pédagogie de la parole. Il distingue deux manières pour le cerveau de traiter une information : un circuit rapide, réflexe, qui permet un apprentissage à court terme, et un circuit plus lent, qui mobilise l'analyse et l'observation et ancre durablement ce qui est appris. Son travail vise à solliciter davantage ce second circuit, à partir de leviers qu'il présente comme communs à tous les élèves. Il exprime aussi la conviction que l'enfant construit ces circuits au contact du réel, en touchant, en nommant, en explorant le monde.
Il en tire le concept de conscience orthographique : apprendre à repérer les particularités visuelles d'un mot, toujours en lien avec son sens, jusqu'à ce que ce repérage devienne automatique. Le magazine explique la démarche et ses étapes.
Que faire concrètement pendant les devoirs ?
L'article se termine par des tactiques simples, utiles aux parents comme aux enseignants. Il en propose deux. La première consiste à mettre le corps en mouvement avant de commencer, par quelques activités ludiques. La seconde est de faire lire la consigne à voix haute, lentement, puis de la faire reformuler avec ses propres mots, une stratégie qui, selon son expérience de classe, réglait souvent les incompréhensions. Un encadré met aussi en garde contre l'illusion de savoir qu'on éprouve en regardant son cours en silence.
Questions fréquentes
Faire copier plusieurs fois un mot aide-t-il à l'orthographe ?
Selon Guillaume Bousquet, pas si la copie est mécanique. Elle devient utile quand l'élève a d'abord observé et compris ce qui fait la particularité du mot.
Faut-il enseigner les homophones ensemble ?
L'auteur propose de les aborder séparément, l'un après l'autre et à distance dans le temps, puis de les comparer seulement quand chacun est bien automatisé.
Comment aider un enfant qui ne comprend pas les consignes ?
Lui faire lire la consigne à voix haute, lentement et en articulant, puis la lui faire reformuler avec ses propres mots.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois conditions pour qu'une seule copie suffise à retenir un mot.
- L'explication des deux types de circuits neuronaux sur lesquels s'appuie l'auteur.
- La démarche de la conscience orthographique et ses étapes.
- Les tactiques pour les devoirs, avec des exemples d'exercices de mouvement.
- L'encadré sur l'illusion visuelle qui piège tant d'élèves au moment de réviser.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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