Pourquoi les élèves oublient-ils si vite ce qu'ils ont révisé ?
Des heures de révision la veille, et presque tout s'efface la semaine suivante. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Céline Fouquet, docteure en neurosciences, répond à cinq questions sur la mémoire.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Les élèves oublient vite ce qu'ils ont révisé la veille d'un contrôle parce qu'une information apprise en une seule fois, sans être revue, s'efface en grande partie en quelques jours. Pour la neuroscientifique Céline Fouquet, deux stratégies font la différence : espacer les révisions dans le temps, et se tester au lieu de relire. Le sommeil, entre deux séances, fait le reste.
Docteure en neurosciences, spécialiste de la mémoire et de l'apprentissage, chargée de cours à l'Université de Sherbrooke au Québec, Céline Fouquet est l'autrice des Neurosciences au service de la pédagogie. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, elle répond à cinq questions qui intéressent autant les enseignants que les parents qui accompagnent les devoirs.
La mémoire photographique existe-t-elle ?
Non, répond-elle, et c'est l'occasion d'une explication très claire du fonctionnement de la mémoire. Notre cerveau ne prend pas de photo : il construit sa propre représentation, en laissant de côté des détails. Ce souvenir perd ensuite en précision quand il s'installe dans la mémoire à long terme. Et chaque fois qu'on se le remémore, il redevient fragile et peut se modifier. À chaque étape, le souvenir s'éloigne un peu de la réalité.
« La mémoire relève une part de mystère qui la rend propice à devenir l'objet de croyances erronées, également appelées neuromythes. »
Quelles habitudes scolaires gagneraient à évoluer ?
La neuroscientifique en cite plusieurs, avec beaucoup de mesure : ces pratiques ne sont pas mauvaises, elles ne sont simplement pas les plus efficaces. La première est d'enchaîner les chapitres sans jamais revenir en arrière. Ce qu'on a appris intensément pendant deux semaines en octobre peut avoir disparu l'année suivante. Elle propose de garder une partie des activités pour y revenir quelques semaines plus tard. Le magazine détaille ses autres pistes, autour des liens entre les connaissances et du questionnement des élèves.
Apprendre par cœur, est-ce utile ?
Sa réponse distingue deux choses. Connaître par cœur ses tables, ses règles de grammaire ou ses conjugaisons est indispensable : ces automatismes libèrent l'esprit pour raisonner. Répéter mot pour mot une leçon sans la comprendre est en revanche peu efficace. Elle explique pourquoi dans le magazine, en revenant sur l'idée reçue d'une mémoire qui se muscle comme un biceps, et sur l'intérêt de reformuler une leçon avec ses propres mots.
Pourquoi oublie-t-on après le contrôle ?
C'est la question que se posent tous les parents d'élèves. Céline Fouquet évoque la courbe de l'oubli : sans être revue, une information apprise s'efface pour l'essentiel en quelques jours. Ce n'est pas une fatalité, mais le signe qu'il faut d'autres stratégies que le bachotage de la veille.
« Ce que l'on apprend rapidement est oublié rapidement, alors mieux vaut espacer les séances de révision. »
Plusieurs séances courtes, réparties dans le temps, valent mieux qu'une longue séance unique. Elles laissent aussi passer des nuits de sommeil, pendant lesquelles le cerveau réactive et consolide les apprentissages. Un encadré du magazine le rappelle : mieux vaut dormir que réviser toute la nuit.
Quels conseils pour les parents et les enseignants ?
Le premier conseil de Céline Fouquet est d'expliquer aux enfants qu'apprendre crée de nouveaux chemins dans le cerveau, et que l'effort ressenti est le signe qu'ils progressent. Elle invite aussi à se méfier des astuces miracles vues sur les réseaux sociaux, et du réflexe de relire son cours en le surlignant, qui donne une impression de maîtrise trompeuse.
À la place, elle recommande deux stratégies, l'espacement et la mémorisation active, qui consiste à aller chercher l'information dans sa mémoire : se tester, répondre à des questions, expliquer à quelqu'un ce qu'on a compris. Le magazine décrit les outils possibles, et un encadré donne les règles pour se tester de la bonne façon.
Ces deux leviers prolongent le quatrième des piliers de l'apprentissage de Stanislas Dehaene, la consolidation.
Questions fréquentes
Relire son cours suffit-il pour apprendre ?
Non, selon Céline Fouquet. La relecture donne une impression de familiarité, mais peu d'informations sont retenues au-delà d'une journée. Se tester est beaucoup plus efficace.
Qu'est-ce que la répétition espacée ?
C'est revoir plusieurs fois une même notion en laissant un intervalle assez long entre deux séances. Plusieurs séances courtes valent mieux qu'une longue séance unique.
Faut-il réviser tard la veille d'un contrôle ?
La neuroscientifique conseille de privilégier le sommeil, pendant lequel le cerveau consolide les apprentissages de la journée.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'explication complète des trois étapes de la mémoire, de l'encodage à la récupération.
- Les pratiques pédagogiques qui favorisent la mémorisation à long terme, dont l'enseignement en spirale.
- Les chiffres de la courbe de l'oubli.
- Les outils pour se tester et planifier ses révisions.
- L'encadré qui donne les règles pour bien se tester : temps de recherche, indices, questions ouvertes.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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