Comprendre son cerveau aide-t-il vraiment à mieux apprendre ?
Pour la neuropsychologue québécoise Annie Sanscartier, les règles du cerveau devraient s'enseigner comme on enseigne le français ou les maths. Elle s'en explique dans le n°8 d'Innovation en Éducation.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Oui, selon la neuropsychologue Annie Sanscartier : un enfant qui sait comment son cerveau apprend comprend mieux ce qu'on attend de lui, et il gagne du pouvoir sur ses apprentissages. Savoir que les neurones se renforcent quand on les sollicite, que l'attention s'oriente comme une lampe de poche ou que se tester fixe mieux qu'une relecture change le sens des consignes. Et cela donne surtout une bonne nouvelle à transmettre : rien n'est joué.
Annie Sanscartier est docteure en psychologie de l'Université Laval, cofondatrice de la clinique NeuroÉduc et neuropsychologue auprès des enfants et des adolescents depuis une vingtaine d'années. Elle compte parmi les premières, à Québec, à avoir animé des ateliers scolaires sur le cerveau. Dans le n°8 d'Innovation en Éducation, elle répond aux questions du magazine en s'appuyant sur son livre 100 milliards de neurones, le livre qui t'apprend à mieux apprendre.
Comment expliquer à un enfant ce qui se passe quand il apprend ?
Annie Sanscartier parle aux enfants avec des images qu'ils connaissent. Quand on apprend, des neurones s'activent, et ceux qui s'activent souvent ensemble finissent par se lier, comme des coéquipiers de basket qui, à force de se faire des passes, jouent de mieux en mieux. Une connexion très utilisée se renforce ; une connexion délaissée s'affaiblit. Plus le réseau est solide, plus le souvenir dure.
Elle propose même une petite expérience : chercher en ligne une vidéo montrant des neurones qui se connectent, et regarder avec l'enfant ces cellules qui semblent se parler.
Pourquoi enseigner le fonctionnement du cerveau ?
Pour la neuropsychologue, connaître les règles de son cerveau est aussi fondamental que connaître les règles d'un sport avant de jouer. Elle y voit deux gains.
Le premier est une forme de contrôle : l'élève qui sait comment il retient une information peut agir sur sa façon d'apprendre, comme un pilote qui connaît son moteur. Le second est le sens donné aux consignes. Un élève à qui l'on demande de cesser de bavarder comprend qu'il ne s'agit pas de le contrarier, mais de laisser son cerveau relier les bons neurones. Des interrogations fréquentes cessent d'apparaître comme une sanction quand on sait qu'aller chercher une information en mémoire la consolide. Et le rappel du coucher prend un autre poids quand l'enfant sait que son cerveau continue de travailler pendant la nuit.
Et si l'enfant dit qu'il « n'a pas de mémoire » ?
C'est une phrase qu'Annie Sanscartier entend souvent. Elle distingue d'abord les vrais troubles de l'attention, qui relèvent d'un trouble du neurodéveloppement, des distractions ordinaires. Puis elle constate que la mémoire est rarement en cause : pour retenir, il faut d'abord avoir prêté attention, et l'attention est un effort actif.
Elle en tire une première clé : apprendre, c'est faire quelque chose dans sa tête. Plutôt qu'attendre que la leçon arrive, l'élève est invité à jouer les détectives, à se questionner, à rester en action. La seconde clé tient à l'orientation de cet effort. Elle compare l'attention à une lampe de poche : il faut l'allumer, puis diriger le faisceau vers ce qui compte. Écouter le récit du voisin en plein cours, c'est éclairer ailleurs.
Le magazine détaille ensuite des mises en situation simples, en lecture comme en histoire, pour passer de la relecture passive à des stratégies qui obligent le cerveau à travailler.
Que nous apprennent les neurosciences, au fond ?
Que rien n'est perdu. C'est le message auquel Annie Sanscartier tient le plus : le cerveau se modifie tout au long de la vie, et chacun peut progresser, à condition de s'entraîner avec de bonnes stratégies et d'être bien accompagné.
« Le cerveau change, il n'est pas fixe, ça bouge constamment, et donc nous avons la possibilité de devenir meilleurs, dans toutes les matières et à tout moment ! »
L'entretien se prolonge par un encadré tiré de son livre, qui présente quatre leviers d'apprentissage, chacun assorti d'astuces pour la classe et pour la maison. Le premier concerne la répétition, avec une règle qu'elle résume ainsi :
« On répète sans ennuyer ! »
Les trois autres portent sur la récupération en mémoire, l'espacement des révisions et le rôle des encouragements dans la motivation. On retrouve plusieurs de ces idées dans les autres articles du numéro, qu'il s'agisse des devoirs à la maison ou du statut de l'erreur.
Questions fréquentes
Pourquoi se tester est-il plus efficace que relire ?
Selon Annie Sanscartier, aller rechercher une information dans sa mémoire réactive et renforce les connexions neuronales qui la portent. Relire ou surligner sans y porter attention laisse le cerveau passif, et l'information se fixe moins bien.
Un enfant inattentif a-t-il forcément un trouble de l'attention ?
Non. La neuropsychologue distingue les troubles du neurodéveloppement, comme le TDAH, des difficultés ordinaires à se concentrer quand l'environnement distrait. Dans ce second cas, apprendre à orienter son attention fait une réelle différence.
Qu'est-ce que la neuroplasticité ?
C'est la capacité du cerveau à se modifier en permanence : des connexions se créent, se renforcent ou s'affaiblissent selon l'usage. C'est ce qui permet de progresser à tout âge et dans toutes les matières.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Annie Sanscartier, et ses métaphores pour expliquer le cerveau aux enfants.
- Des mises en situation pour apprendre activement, en lecture et en histoire.
- Quatre leviers d'apprentissage tirés de son livre : répétition, récupération en mémoire, espacement, encouragements.
- Des astuces précises pour chacun, à essayer en classe comme à la maison.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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