Préparer ses enfants aux épreuves : qu'est-ce que l'éducation à la résilience ?
Aucun parent ne peut garantir à son enfant une vie sans obstacle. Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, le psychopédagogue Bruno Humbeeck propose un paradigme éducatif plus modeste et, selon lui, plus réaliste.
Tiré du magazine · n°31C'est quoi être un bon parent aujourd'hui ?
Voir ce numéro
Tous les parents espèrent que leurs enfants seront épargnés par les grandes épreuves. Mais comment les préparer si, malgré tout, elles arrivent ? Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, Bruno Humbeeck, psychopédagogue, spécialiste du développement de l'enfant et des liens d'attachement, propose de changer de point de vue : éduquer à la résilience, c'est préparer l'enfant à vivre avec les difficultés plutôt que de les nier.
Docteur en sciences de l'éducation, il est directeur de recherche au service des Sciences de la famille de l'Université de Mons et travaille aussi sur le terrain.
Qu'est-ce que la résilience, et peut-on l'enseigner ?
Pour l'auteur, éduquer à la résilience, c'est cultiver chez l'enfant l'art de tirer de la force des épreuves en s'appuyant sur ses ressources personnelles et en repérant autour de lui ceux qui peuvent l'aider. Parmi ces ressources, il cite par exemple l'humour, l'imagination réaliste et l'optimisme intelligent. Le magazine en nomme d'autres.
Mais cela ne s'enseigne pas comme une leçon : donner des cours de résilience n'aurait pas plus de sens que donner des cours d'empathie. Elle s'apprend au contact du réel, dans un cadre éducatif bienveillant, et ces compétences restent disponibles toute la vie.
Pourquoi la surprotection ne suffit-elle pas ?
Bruno Humbeeck observe que l'éducation a longtemps cru qu'il suffisait de tenir à l'enfant un monde bienveillant, débarrassé de toute épreuve, d'échec ou de difficulté. Il juge que ces belles intentions se heurtent aujourd'hui à la réalité, et que beaucoup de parents anticipent avec une angoisse diffuse les épreuves de leurs enfants. Il ne dit pas qu'il faille cesser de protéger : les parents feront tout ce qui est en leur pouvoir, dit-il, mais tout ne dépend pas d'eux.
« Aucun parent ne peut assurer à son enfant que son existence sera un voyage sans risque, en première classe, bien à l'abri des turbulences et bien à l'écart de tout ce qui pourrait en altérer le cours... »
Faut-il renoncer au bonheur de l'enfant ?
Non, mais l'auteur propose d'en revoir l'ambition. Plutôt qu'un bonheur complet, une joie continue et un contentement permanent, il préconise un bonheur serein, qui laisse de la place à toutes les émotions, y compris la peur, la tristesse et la colère. Il avance que cette ambition plus modeste est aussi plus réalisable. Il présente la pédagogie résiliente comme une manière de s'adapter aux imperfections du monde, en la distinguant d'une version simpliste de la pédagogie positive, qui supposerait un parent parfait dans un monde parfait. Ce regard est celui de l'auteur, qui n'engage que lui.
Une bonne nouvelle, selon lui : les qualités développées pour traverser les grands coups durs servent aussi pour les petites contrariétés quotidiennes, même si la vie épargne l'enfant.
Sur quoi l'enfant peut-il s'appuyer ?
Bruno Humbeeck distingue des ressources internes, qu'elles soient affectives, cognitives ou sociales, et des ressources externes, c'est-à-dire les personnes qui posent sur l'enfant un regard chaleureux et sécurisant.
« Favoriser la résilience, c'est d'abord et avant tout stimuler chez l'enfant un ensemble de caractéristiques et de qualités qui lui permettront de faire preuve de résilience en activant ses ressources internes. »
Il évoque enfin un « patrimoine » que l'enfant se constitue peu à peu, et l'importance de se reconnecter à la nature et au vivant. Le magazine développe ces trois volets.
Questions fréquentes
Faut-il laisser un enfant affronter les difficultés seul ?
Bruno Humbeeck ne le dit pas : il invite à l'aider à s'appuyer sur ses ressources et sur des personnes de confiance, sans le priver de toute épreuve ni lui promettre un monde sans risques.
La résilience peut-elle s'apprendre dans un cours ?
Non, selon l'auteur : elle s'apprend par l'expérience, dans un contexte éducatif bienveillant.
Est-ce utile si l'enfant ne rencontre jamais de grande épreuve ?
Oui, car les mêmes qualités servent à dépasser les petites contrariétés du quotidien.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste complète des ressources internes que l'auteur propose de stimuler.
- Sa distinction entre ressources affectives, cognitives et sociales.
- Le rôle des ressources externes et de la nature dans la résilience.
- Son raisonnement sur le passage d'une éducation tournée vers le bonheur total à un bonheur serein.
