Comment consoler son enfant quand la famille a traversé une épreuve ?
Quand la famille traverse une épreuve, comment rester disponible pour son enfant alors qu'on est soi-même bouleversé ? Dans le n°22 d'Innovation en Éducation, la psychologue Hélène Romano répond avec des mots simples.
Tiré du magazine · n°22La famille ? C’est compliqué… !
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Un parent éprouvé peut consoler son enfant sans être parfait ni tout dire : l'essentiel est d'être présent et de mettre des mots simples sur ce qui est vécu. C'est le message d'Hélène Romano, qui travaille depuis trente ans auprès de personnes ayant subi un psychotraumatisme. Dans le n°22 d'Innovation en Éducation, elle explique comment aider un enfant quand la famille a été bouleversée, et comment un parent, lui-même blessé, peut y arriver.
Hélène Romano est docteure en psychopathologie, habilitée à diriger des recherches, docteure en droit privé et sciences criminelles, et psychothérapeute. Elle allie pratique clinique de terrain, recherche et formation.
De quoi parle-t-on quand on dit « traumatisme » ?
L'autrice commence par un rappel : le mot est aujourd'hui employé à tort et à travers. En psychologie, un événement traumatique est celui qui met à mal les protections habituelles d'une personne, parce qu'elle a vu la mort de près, pour elle ou pour un proche. Ce qui compte est le ressenti : un parent peut croire que son enfant va mourir après une chute, alors que les médecins n'auront que quelques points de suture à faire.
Elle apporte aussi une nuance rassurante : un trauma n'est pas systématique. Face au même événement, nous réagissons tous différemment, selon nos ressources, le contexte et l'aide reçue. Réserver le mot aux situations qui le méritent évite de voir un trouble dans des réactions pourtant adaptées.
Un parent blessé peut-il être disponible pour son enfant ?
C'est difficile, et l'autrice le dit sans reproche. Un parent qui a vécu un événement grave dans l'enfance peut en garder des traces, comme des angoisses de séparation ou une vigilance permanente. Son propre enfant peut alors, à son insu, réveiller l'enfant qu'il a été. Certaines périodes sont plus sensibles : la grossesse, l'adolescence de l'enfant, ou le moment où celui-ci atteint l'âge qu'on avait lors du drame.
Cela ne résume pas la personne à son passé, précise Hélène Romano. Cela aide à comprendre pourquoi la bonne volonté ne suffit pas toujours, et pourquoi se faire soutenir par des professionnels ou des associations peut compter.
Faut-il tout dire à son enfant ?
Non, mais il faut parler. L'autrice donne un exemple marquant : une mère qui vient de perdre son compagnon alors que son bébé vient de naître. Elle peut lui dire, simplement, qu'elle est triste, que ce n'est pas de sa faute et qu'elle est là. Le bébé ne comprend pas les mots, mais il perçoit le changement de posture de sa mère, soulagée d'un secret trop lourd.
À l'inverse, se taire pour protéger l'enfant peut produire des non-dits qui se transmettent d'une génération à l'autre. Hélène Romano parle de « transmission parasitée » : l'enfant ressent quelque chose sans pouvoir le nommer.
« À hauteur d'enfant, il n'existe pas de petits traumas […]. »
Comment consoler concrètement ?
Voir son enfant souffrir est insupportable pour un parent attentif, et suscite parfois impuissance, culpabilité ou honte. L'autrice invite à une présence qui n'impose rien : ne pas se précipiter en projetant sur l'enfant ce qui nous semble bon, ne pas le forcer à parler non plus. Elle décrit une technique qu'elle appelle l'empathie transitionnelle, qui aide l'enfant à mettre du sens sur ce qu'il a vécu. Le magazine en explique les principes.
« Consoler son enfant c'est déjà être là, avec lui […]. »
Questions fréquentes
Un jeune enfant garde-t-il des traces d'un événement qu'il ne comprend pas ?
Oui, selon Hélène Romano : il n'existe pas de petits traumas à hauteur d'enfant. Moins l'enfant est âgé, plus il a besoin d'adultes pour le réconforter.
Faut-il tout raconter à son enfant ?
Non. Il s'agit de mettre des mots simples sur ce qu'il ressent et sur ce que vit le parent, sans entrer dans les détails.
Un parent qui a vécu un drame peut-il bien accompagner son enfant ?
Oui, et il peut être précieux d'être soutenu. L'autrice rappelle que chaque parent fait du mieux qu'il peut avec son histoire.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La description des périodes de la vie où un vécu traumatique peut se réactiver.
- Les formes que prennent les traces chez l'adulte devenu parent.
- Le détail de l'empathie transitionnelle et ce qu'elle évite.
- L'éclairage sur le rejet social que subissent souvent les personnes qui ont vécu un drame.
