Répéter ses blessures d'attachement avec ses enfants : est-ce inévitable ?
Surprotéger, se montrer froid ou capituler : nos réflexes de parents racontent souvent notre propre histoire. Dans le n°13, la psychologue Gwenaelle Persiaux montre comment ne pas la rejouer à l'identique.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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Devenir parent remue beaucoup de choses. Pour la psychologue, thérapeute et formatrice Gwenaelle Persiaux, spécialiste des traumatismes et des blessures de l'attachement, ce tumulte n'a rien d'étonnant : il se rattache à notre propre histoire. Mère de deux garçons aujourd'hui adolescents, elle raconte dans le n°13 d'Innovation en Éducation que c'est la parentalité, plus que ses études, qui l'a le plus fait grandir, et qu'elle l'a conduite vers le parent « suffisamment bon » qu'elle voulait devenir.
Qu'est-ce que le « style d'attachement » ?
Défini à l'origine par le pédopsychiatre John Bowlby, l'attachement est ce besoin fondamental qui nous pousse à demander de l'aide à autrui quand nous sommes stressés. Dès la naissance, nous manifestons des signes à nos parents, que l'on appelle figures d'attachement, pour qu'ils répondent à nos besoins. Selon notre tempérament, la relation avec eux et les événements de la vie, nous développons une façon de communiquer nos émotions et nos besoins, qui devient notre style d'attachement.
L'autrice en distingue quatre : un style sécure et trois styles insécures (anxieux, évitant et désorganisé). L'un d'eux devient dominant pendant l'enfance et perdure le plus souvent toute la vie. Il influence notre sensibilité émotionnelle face à nos enfants, nos réactions à chaud et notre vision de l'éducation. Le magazine décrit, pour chaque style, ce qu'il donne concrètement dans le quotidien d'un parent : la manière de ressentir ses émotions, de les partager, de réagir quand les tensions montent à la maison.
Pourquoi répète-t-on sans s'en rendre compte ?
Quand l'adversité a dominé notre enfance (ce que nous avons reçu ou non de nos parents détermine en grande partie notre style d'attachement), notre attachement est souvent insécure, et nous risquons de transmettre cette insécurité. Cette répétition est, pour la plupart d'entre nous, inconsciente : tant que nous n'avons pas pris le recul d'un article comme celui-ci, notre manière d'être nous paraît normale.
« Nous voyons toujours le monde à travers nos lunettes. »
Peut-on insécuriser son enfant en voulant bien faire ?
Oui, et l'exemple le plus courant est la surprotection. Un parent anxieux qui a manqué de protection ou de présence dans son enfance peut vouloir offrir tout l'inverse à ses enfants. Mais trop couver, poser trop de questions ou de consignes de sécurité, empêcher les sorties de son âge, installe une atmosphère d'anxiété. L'enfant en tire l'idée que le monde extérieur est dangereux, et il peut moins développer sa propre capacité à réguler ses émotions et à réfléchir.
À l'inverse, un parent évitant, qui a reçu une éducation stricte et froide, peut penser de bonne foi que seules l'exigence et l'autorité garantissent un bon développement. L'incompréhension est souvent grande quand, devenu adolescent, l'enfant lui reproche sa froideur. Un autre cas de figure, le laisser-faire, est tout aussi néfaste : il peut naître d'un parent évitant débordé par les émotions familiales, d'un parent anxieux qui se juge trop fragile, ou d'un parent marqué par le chaos de son enfance, et le magazine le décrit à part. On peut aussi relire sur ce sujet l'approche d'Emmanuelle Piquet.
Peut-on vraiment changer de style d'attachement ?
C'est la bonne nouvelle, et l'article la place au centre : adulte, on peut développer un attachement sécure, dit « acquis », et protéger ainsi ses enfants de la transmission des blessures. L'autrice propose trois pistes de guérison, qui vont de la prise de conscience à la réparation que permet le fait même d'élever ses enfants au mieux malgré ses bagages.
« Le parentage sécure (acquis) de nos enfants guérit nos blessures d'enfant. En prenant soin d'eux, nous prenons soin du petit garçon ou de la petite fille que nous avons été et qui est toujours à l'intérieur de nous. »
Le message est tout sauf culpabilisant : la répétition des blessures et des insécurités n'est pas une fatalité. Elle demande de la curiosité, de la bienveillance et de la patience.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'attachement sécure ?
Selon l'autrice, c'est la capacité de ressentir, d'identifier et de réguler ses émotions, et de prendre du recul quand les tensions montent. Elle peut s'acquérir à l'âge adulte.
Surprotéger son enfant, est-ce une preuve d'amour ?
C'est une intention d'amour, mais qui peut s'avérer néfaste. L'article explique que trop couver prive l'enfant de la possibilité de développer ses propres capacités.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le portrait détaillé des quatre styles d'attachement et de leurs effets sur la parentalité.
- Les passages sur la surprotection, le parent évitant « à lunettes » et le laisser-faire.
- Les trois pistes de guérison, de la prise de conscience à la réparation par le parentage lui-même.
- Le rôle de l'amitié et du couple dans l'acquisition d'un attachement sécure.
- Les ouvrages de l'autrice pour aller plus loin.
