Mon enfant change sans cesse d'activité : faut-il s'inquiéter ?
Doué en musique, mais passionné par le foot : faut-il s'inquiéter ? Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, Jeanne Siaud-Facchin, spécialiste du haut potentiel, nuance l'idée de zapping.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
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Un enfant à haut potentiel (HPI) qui passe d'une activité à l'autre n'est pas forcément un « zappeur ». Selon la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, c'est souvent une forme d'intensité dans la curiosité, une envie de tester, d'essayer et de découvrir. Ce que les parents vivent comme de la dispersion est, dans ce cas, un élan vital, qui demande surtout d'être accompagné jusqu'au bout de chaque essai.
Jeanne Siaud-Facchin est psychologue clinicienne et psychothérapeute, spécialiste du haut potentiel depuis plus de trente ans. Elle a fondé Cogito'Z, premier centre français de consultation psychologique intégrative, et l'association Zebra Alternative. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, elle répond aux parents que ce côté touche-à-tout frustre.
Un enfant HPI est-il un zappeur ?
Elle n'est pas à l'aise avec le terme. Pour elle, le zapping consiste à changer pour changer, alors que l'enfant à haut potentiel a plutôt une « boulimie de découvertes » : le tennis était sympa, il veut maintenant essayer le rugby. Elle rappelle aussi qu'attendre d'un enfant de 7, 8 ou 9 ans qu'il ne choisisse qu'une activité est une idée d'adulte.
« Ce n'est pas du zapping, où on change pour changer, c'est une forte envie de tester, essayer et découvrir. »
Elle nuance : d'autres enfants HPI font l'inverse et se concentrent sur un seul domaine, ce qu'on interprète parfois à tort comme un trouble du spectre autistique. Dans les deux cas, un trouble associé (TDAH, autisme) peut exister, d'où l'importance d'un diagnostic différentiel, mais il n'est pas systématique.
Mon propre parcours doit-il servir de modèle ?
Les parents qui ont fait huit ans de conservatoire ou du sport en compétition peuvent être déstabilisés. La psychologue leur pose une question qu'elle dit « un peu provocante » : est-ce que cela vous a rendu heureux ? Chaque individu est différent, et ce qu'un enfant aime, c'est peut-être justement changer.
Comment accompagner cette curiosité de façon constructive ?
Son conseil central est que l'enfant aille jusqu'au bout de son appétence, c'est-à-dire qu'il mesure à la fois le plaisir qu'il en retire et les contraintes de l'apprentissage. Apprendre à faire du vélo est génial, mais compliqué, pour l'enfant et pour le parent qui court à côté. Survoler une activité n'apporte rien : il faut avoir traversé la phase d'apprentissage pour se sentir compétent. Rien n'empêche, ensuite, de passer à autre chose après un an ou deux. Le magazine développe ces repères.
Faut-il pousser un enfant doué à réussir ?
La psychologue s'inquiète d'une phrase qu'elle entend souvent : « il est en train de tout gâcher », comme si l'enfant avait une obligation de résultat. Selon elle, la pression peut avoir l'effet inverse : plus on appuie, plus ça résiste.
« Les parents n'ont pas à s'accomplir à travers la réussite de leurs enfants. »
Ce qui compte est que l'enfant soit aligné avec ce qu'il est, avec un regard authentique de ses parents. Elle ajoute que les représentations ont changé : l'enfant HPI n'est plus le « petit génie » premier de classe, mais un enfant plus complexe, avec ses singularités, que l'on comprend mieux grâce aux neurosciences.
Pourquoi un bilan ne devrait-il pas se limiter à l'intelligence ?
Jeanne Siaud-Facchin rappelle qu'environ 2,3 % de la population française est à haut potentiel. Les neurosciences ont montré que les connexions neuronales de ces enfants se font plus vite et que l'information est traitée plus rapidement : ils sont bombardés d'informations en permanence, et cette intensité peut les mettre en décalage. C'est pourquoi elle plaide pour un bilan intégratif, qui ne mesure pas seulement l'intelligence mais regarde aussi la personnalité, la famille et le parcours. Chaque enfant, rappelle-t-elle, est d'abord un enfant, et passer à côté de son histoire, c'est regarder par un petit bout de la lorgnette.
Questions fréquentes
Un enfant HPI est-il forcément dispersé ?
Non. Selon Jeanne Siaud-Facchin, certains enfants HPI multiplient les activités par appétence pour la découverte, d'autres se concentrent sur un seul domaine.
Faut-il laisser un enfant abandonner une activité ?
La psychologue recommande de lui permettre d'aller au bout de son appétence, de goûter au plaisir comme aux contraintes, avant de passer à autre chose si l'envie est là.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Jeanne Siaud-Facchin, dont la réponse sur la frustration des parents.
- Les deux facettes du haut potentiel, frénésie de découvertes ou intérêt exclusif, et le rôle du diagnostic différentiel.
- Le regard de la psychologue sur l'évolution des clichés, du « surdoué » au « zèbre ».
- Son approche du bilan intégratif, qui ne se limite pas à mesurer l'intelligence.
