Découvrir son atypie à l’âge adulte : faut-il passer un bilan ?
Au fil des lectures sur le profil de leur enfant, certains parents se reconnaissent. Dans le n°6 d’Innovation en Éducation, la psychologue Lydia Levant-Bol décrit ce que vit un adulte qui découvre son atypie, entre soulagement, doutes et réconciliation avec soi-même.
Tiré du magazine · n°6Accompagner les enfants atypiques
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Beaucoup d’adultes découvrent leur propre atypie (haut potentiel, trouble de l’attention, trouble DYS ou autre) après le diagnostic d’un enfant de leur entourage, en se reconnaissant dans ce qu’ils lisent. Pour la psychologue Lydia Levant-Bol, ce moment suscite des réactions très diverses, du déni au soulagement, et un diagnostic posé à l’âge adulte peut transformer profondément la manière de se voir. Faire ou non un bilan est un choix personnel, mais il peut aider à mieux se connaître et à se réconcilier avec son histoire. Comme pour l’enfant, c’est un professionnel qui le réalise et l’interprète.
Dans le n°6 d’Innovation en Éducation, consacré aux enfants atypiques, Lydia Levant-Bol, psychologue du travail et de l’orientation, docteure en psychologie sociale, aborde une question que le numéro ne pouvait pas éviter : ce que l’atypie des enfants réveille chez les adultes qui les entourent.
Comment un adulte découvre-t-il son atypie ?
Le scénario qu’elle décrit est fréquent. Un enfant est diagnostiqué, les parents lisent, cherchent, écoutent des témoignages pour mieux l’accompagner. Et au fil des pages, ils se reconnaissent. Ce qui était vrai pour les parents peut l’être aussi pour un oncle, un enseignant, un éducateur. Il y a trente ans, rappelle-t-elle, l’information sur ces profils était bien moins accessible.
« Il n’est pas rare que des parents découvrent leur atypie suite au diagnostic de leurs enfants. »
Les réactions qui suivent sont multiples : négation, compréhension, acceptation, libération, mais aussi peur d’avoir enfin des réponses. Chacun peut traverser tout ou partie de ces étapes, à son propre rythme.
Pourquoi un diagnostic tardif change-t-il autant de choses ?
Parce que l’explication est enfin là, répond Lydia Levant-Bol. Le sentiment de décalage, éprouvé depuis l’enfance, trouve un nom et une explication. L’article donne plusieurs exemples de phrases que prononcent les adultes au moment de cette prise de conscience, selon leur profil, et elles sonnent juste.
Elle montre surtout combien les mots que l’on emploie pour se décrire peuvent changer :
« Si au lieu de dire "je suis bête", on peut dire "je suis TDA" […] ça change complètement notre vision de nous-mêmes […] »
Pourquoi tant d’adultes hésitent-ils à passer un bilan ?
C’est l’un des passages les plus éclairants de l’article. Paradoxalement, observe-t-elle, les adultes soulagés d’avoir trouvé une piste ne se précipitent pas pour la confirmer. Les raisons sont parfois très concrètes : les bilans des enfants coûtent cher et prennent du temps, et l’on a besoin de souffler avant d’en envisager un pour soi. La famille interrogée dans le même numéro, qui raconte le long parcours de diagnostic de ses trois garçons, en est un bon exemple.
Mais d’autres freins sont plus intimes, et l’article les détaille. La peur d’échouer au test, d’abord. La question de la légitimité, ensuite, chez ceux qui ont grandi avec une image du « surdoué » excellent en tout, à laquelle ils ne se sont jamais identifiés. La crainte, aussi, de ce qu’une confirmation obligerait à changer, après des années passées à s’adapter. Ou à l’inverse, la conviction que cela ne changera rien. Lydia Levant-Bol ne tranche pas à la place du lecteur : elle note simplement que si la question revient régulièrement, c’est peut-être qu’on a besoin d’une réponse.
Ce qu’un bilan peut apporter
Elle rappelle qu’un bilan ne se résume pas à un oui ou à un non. Pour le haut potentiel, par exemple, le test utilisé chez l’adulte mesure plusieurs dimensions, et la manière dont la personne raisonne et compense donne au psychologue de nombreux éléments pour l’aider à mieux se connaître, et à prendre ensuite des décisions. Le magazine détaille ces dimensions.
La réconciliation avec soi-même
L’article se termine sur une image forte, celle d’un puzzle dont on a enfin toutes les pièces, mais pas le modèle sur la boîte. Il faut du temps pour les assembler, et chacun avance à son rythme, avec ou sans accompagnement complémentaire.
« On ne redresse pas en un clin d’œil une plante qui a été courbée pendant des années. »
Ce cheminement, la psychanalyste Élodie Crépel le raconte de l’intérieur dans le même numéro : c’est en accompagnant l’atypie de son fils qu’elle a accepté la sienne. Son témoignage est à lire dans notre présentation de son entretien.
Questions fréquentes
Peut-on découvrir qu’on est HPI ou TDAH à l’âge adulte ?
Oui. Lydia Levant-Bol observe que de nombreux adultes découvrent leur atypie à la suite du diagnostic d’un enfant, en se reconnaissant dans ses difficultés. Seul un bilan réalisé par un professionnel permet de la confirmer.
À quoi sert un diagnostic à l’âge adulte ?
Il apporte souvent une explication à un sentiment de décalage ancien, et peut transformer la manière de se voir. Il aide aussi à mieux se connaître pour prendre des décisions.
Pourquoi hésite-t-on à faire un bilan quand on est adulte ?
Pour des raisons financières et pratiques, mais aussi par peur d’échouer au test, par doute sur sa propre légitimité ou par crainte de ce que la réponse changerait.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les étapes que traverse un adulte qui découvre son atypie, et leurs variations d’une personne à l’autre.
- Les phrases typiques qui accompagnent cette prise de conscience, selon les profils.
- L’analyse des freins au bilan, du financier à l’intime.
- Les dimensions mesurées par le test du haut potentiel chez l’adulte.
- Les suites possibles d’un bilan, de la thérapie au coaching.
n°6 · Accompagner les enfants atypiques
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