Phobie scolaire : quand un enfant n'arrive plus à aller à l'école
Un enfant qui a mal au ventre uniquement en semaine n'est pas en train de faire semblant. Dans le n°32, la psychologue Marie Gallé-Tessonneau explique ce que recouvre la phobie scolaire et comment les familles peuvent s'organiser.
Tiré du magazine · n°32Mal-être à l'école : des solutions existent !
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Phobie scolaire, ou plus exactement refus scolaire anxieux : un enfant qui hésite à aller à l'école, ou qui refuse d'y aller, parce qu'il est en détresse émotionnelle. Pour la psychologue Marie Gallé-Tessonneau, la première chose à retenir est que ce trouble est réel, ancien et en augmentation, et que la priorité, pour les parents, est l'état intérieur de l'enfant avant son parcours d'élève.
Docteure en psychologie et psychothérapeute, Marie Gallé-Tessonneau accompagne depuis plus de dix ans des centaines de jeunes et de familles confrontés à ces situations. Elle est à l'origine de la SCREEN, une échelle de repérage précoce utilisée en milieu hospitalier et dans l'Éducation nationale. Dans le n°32 d'Innovation en Éducation, consacré au mal-être à l'école, elle répond aux questions de Julien Peron.
« Phobie scolaire » ou « refus scolaire anxieux » : est-ce la même chose ?
Oui, les deux termes désignent le même phénomène. « Phobie scolaire » est le mot courant, mais il laisse croire à une peur précise de l'école, comme on peut avoir peur des araignées. Or il s'agit de problématiques anxieuses plus larges. La communauté scientifique préfère « refus scolaire anxieux » depuis les années 1960.
Autre idée reçue que l'entretien écarte : l'effet de mode. Les premières descriptions cliniques datent d'environ 1910, et le trouble existe sur les cinq continents. Ce qui a changé, c'est la place de l'école dans nos sociétés, et la pression de réussite qui l'accompagne. La spécialiste évoque, parmi les explications, un suivi des notes devenu permanent pour les familles comme pour les élèves.
« Le refus scolaire anxieux, c'est un enfant qui a une réticence ou un refus d'aller à l'école en lien avec une détresse émotionnelle. »
Comment reconnaître que ce n'est pas du caprice ?
Cette question traverse tout l'entretien, parce que les familles se la posent. Le refus scolaire anxieux ne se limite pas à l'enfant qui reste à la maison : il concerne aussi celui qui va en classe avec une anxiété trop forte, ou qui passe ses journées à l'infirmerie. Il se manifeste par des signes physiques (maux de ventre, de tête), du sommeil perturbé, mais aussi par de l'irritabilité et des crises de colère les veilles ou les matins d'école.
Le détail le plus parlant est un schéma de calendrier. Les maux de ventre qui disparaissent le samedi, l'enfant qui va mieux pendant les vacances : la psychologue rapporte que des parents y voient presque une preuve de mauvaise foi, alors que ce rythme est au contraire typique du trouble. Chez les plus jeunes, le début est souvent soudain. Chez les adolescents, il prend plutôt la forme d'absences qui se répètent.
L'entretien donne aussi un repère de bon sens pour le parent : quand insister rend l'enfant malade, et que les symptômes augmentent, c'est le signe de s'arrêter et de demander de l'aide.
Que peuvent faire les parents, concrètement ?
L'une des idées fortes de l'interview est la formule « l'enfant avant l'élève ». Garder l'enfant à la maison n'est pas vraiment un choix, rappelle la spécialiste : on ne scolarise pas un enfant en le tirant par les cheveux. Il y a toutefois une différence entre subir la situation et l'accepter pour se concentrer sur le soin. Et la patience n'est pas la passivité : l'énergie qui partait dans les disputes du matin peut être redirigée ailleurs.
Sur le plan thérapeutique, Marie Gallé-Tessonneau recommande en première intention les thérapies cognitives et comportementales, et décrit ce qu'elle appelle un trio gagnant : la famille, l'école et le soignant, chacun avec un rôle distinct. Un encadré du magazine explique ce que sont les TCC, et l'entretien indique où trouver un professionnel formé, ce qui reste, dit-elle, difficile.
« On consulte rarement trop tôt en santé mentale. »
Changer d'établissement suffit-il ?
Souvent, c'est la question que se posent les parents dans l'espoir de tout régler. La réponse de la psychologue est nuancée : le refus scolaire anxieux est un trouble qui a plusieurs causes, entretenu par des troubles anxieux sous-jacents que le déménagement ne fait pas disparaître. L'entretien développe ce point et ce qu'il implique pour la suite.
L'article aborde aussi les durées à prévoir, la place des profils neurodéveloppementaux et la façon dont les écoles, de mieux en mieux informées mais encore peu formées, peuvent contribuer au soutien de l'enfant. Le magazine donne tout cela en détail.
Questions fréquentes
La phobie scolaire est-elle une mode ?
Non, selon Marie Gallé-Tessonneau. Le trouble est décrit depuis environ 1910 et on l'observe sur tous les continents. Il est aujourd'hui plus visible, et en augmentation.
Un enfant qui a mal au ventre seulement en semaine fait-il semblant ?
Pas forcément. L'interview explique que des symptômes qui varient entre la semaine et le week-end, ou qui disparaissent pendant les vacances, sont typiques du refus scolaire anxieux.
Faut-il consulter dès les premiers signes ?
La spécialiste recommande de ne pas attendre : en cas de doute, mieux vaut consulter, car on le fait rarement trop tôt en santé mentale.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet de Marie Gallé-Tessonneau, avec les questions de Julien Peron.
- Les quatre grands profils d'élèves rencontrés en consultation, et ce qu'ils changent aux chances de retour en classe.
- L'organisation du trio famille, école et soignant, avec le rôle de chacun.
- Un encadré sur les thérapies cognitives et comportementales.
- Un encadré chiffré sur l'absentéisme en France et en Europe.
