Pourquoi le jeu aide-t-il les enfants neuroatypiques à apprendre ?
Une leçon révisée trois fois, et le vide devant la feuille. Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, Florence Pâris, qui accompagne des enfants neuroatypiques depuis trente ans, propose une autre lecture, et une voie joyeuse.
Tiré du magazine · n°34Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie
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Il connaît sa leçon. Il l'a révisée trois fois, il l'a même récitée la veille sans une faute, et pourtant, devant sa feuille, plus rien. Beaucoup de parents et d'enseignants ont vécu cette scène. Pour Florence Pâris, qui accompagne ces enfants depuis trente ans, ce n'est presque jamais une affaire de volonté, et rarement une affaire d'intelligence : c'est une histoire de fonctionnement. Un cerveau qui sait, mais qui n'arrive pas à restituer ce qu'il sait au moment où on le lui demande.
Ancienne professeure des écoles, enseignante spécialisée, enseignante référente MDPH puis référente académique pour les élèves à haut potentiel, Florence Pâris a reçu les Palmes académiques en 2017. Depuis 2024, elle accompagne enfants, adolescents et adultes en visio et forme des professionnels à sa méthode. Elle confie aussi avoir découvert son propre profil neuroatypique après 50 ans. Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, elle explique pourquoi le jeu est, selon elle, la voie la plus efficace pour travailler ce fonctionnement.
Un enfant neuroatypique a-t-il un cerveau « cassé » ?
Pas du tout, répond l'autrice. Elle s'adresse tour à tour aux parents, aux enseignants et aux professionnels, et leur trouve un point commun : on regarde l'enfant à travers ce qui lui manque. Son métier consiste à retourner la lunette, pour partir de ce qui fonctionne.
« Un enfant neuroatypique (TDAH, DYS, TSA, haut potentiel complexe) n'a pas un cerveau cassé. Il a un cerveau qui fonctionne autrement. »
Qu'est-ce que la remédiation cognitive ?
Derrière ce terme technique, une idée simple. Notre cerveau dispose de fonctions exécutives, que l'autrice compare au chef d'orchestre de la tête : l'attention, la mémoire de travail, l'inhibition, la flexibilité, la planification. Chez beaucoup de profils atypiques, ce chef d'orchestre est talentueux mais désordonné. La remédiation consiste à entraîner précisément ce qui est fragile, sans ajouter de devoirs ni d'heures de travail.
L'enjeu pour les adultes est grand : tant qu'on pense que l'enfant ne fait pas d'effort, on s'épuise à pousser sur le mauvais levier. Quand on comprend qu'une fonction est fragile et qu'elle s'entraîne, on cesse de lutter contre l'enfant pour travailler avec son cerveau. Le climat change, à la maison comme en classe.
Pourquoi le jeu convient-il si bien à ces cerveaux-là ?
L'autrice avance trois raisons, qu'elle illustre dans son texte. Le jeu relance la motivation, parce qu'un cerveau qui carbure à la dopamine démarre devant un défi alors qu'il cale devant une page de calculs. Il allège la charge mentale, parce qu'il isole une compétence à la fois là où une consigne scolaire en mobilise dix. Et il fait taire l'autocritique, cette petite voix qui répète « je suis nul » : en jouant, on explore plutôt qu'on ne performe.
Chaque jeu proposé répond pourtant à une intention cognitive précise. Le plaisir est réel, mais le hasard n'a pas sa place.
À quoi cela ressemble-t-il concrètement ?
Florence Pâris raconte l'histoire de Johan (le prénom a été modifié), en CP, avec des troubles DYS à l'oral comme à l'écrit. Ce que l'école lui demandait était trop loin de ses capacités du moment : il se braquait, décrochait, sortait même souvent de sa classe. La première fois qu'elle a sorti un jeu, il a soufflé : « de toute façon, je n'y arriverai jamais ». On a travaillé sa conscience phonologique avec des animaux, manche après manche, sans qu'il s'en aperçoive, jusqu'au jour où son visage s'est éclairé : « ah ça y est, j'ai compris ! ». Derrière ces trois mots, un enfant qui se remettait à croire qu'il pouvait apprendre.
La méthode qu'elle a mise au point, LudoCognitif, repose sur quatre piliers, du bilan du fonctionnement de l'enfant jusqu'à l'implication des adultes qui l'entourent. Le magazine les détaille.
« Le jeu n'est pas l'ennemi du sérieux. C'est peut-être la chose la plus sérieuse qu'on puisse offrir à un cerveau qui apprend. »
Questions fréquentes
Un enfant neuroatypique manque-t-il de volonté ?
Selon Florence Pâris, ce n'est presque jamais un problème de volonté, et rarement un problème d'intelligence : le plus souvent, il s'agit d'une difficulté de fonctionnement qui peut s'entraîner.
Tous les jeux conviennent-ils ?
Non. L'autrice explique que certains jeux muscleraient l'inhibition, d'autres la planification ou la mémoire de travail. Le jeu est choisi pour une cible précise et pour le profil de l'enfant.
Que se passe-t-il après la partie ?
Un temps de retour permet à l'enfant de mettre des mots sur ce qui l'a aidé, pour réutiliser sa stratégie à l'école comme à la maison. Le magazine détaille cette étape, appelée métacognition.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre piliers de la méthode LudoCognitif, du bilan de départ à l'implication des parents et des enseignants.
- Des exemples de jeux de l'école primaire au lycée, avec la fonction que chacun entraîne.
- Le second portrait de l'article : celui de Gaspard, jeune adulte en classe préparatoire.
- Le mot personnel de l'autrice sur sa propre découverte de son profil, et sa conclusion.
n°34 · Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie
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