Dyslexie au travail : pourquoi tant d'adultes la cachent-ils ?
Un enfant dyslexique deviendra un adulte dyslexique. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, Marine Balansard regarde ce que la dyslexie devient une fois entré dans le monde professionnel.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
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On parle beaucoup de la dyslexie à l'école. On parle beaucoup moins de ce qu'elle devient à trente ou quarante ans, derrière un bureau. Marine Balansard, experte en intelligence décisionnelle, s'intéresse à la neurodiversité et à ses effets sur la création de valeur. Elle est coautrice de Les super pouvoirs des dyslexiques en entreprise et signe dans le n°29 d'Innovation en Éducation un article qui s'adresse aux adultes concernés, mais aussi aux parents qui s'inquiètent de l'avenir de leur enfant. Pour les bases sur ces troubles, on peut lire d'abord la fiche du n°29 sur les DYS.
Pourquoi la dyslexie reste-t-elle un tabou au travail ?
Pour préparer son livre, l'autrice a interrogé des personnes dyslexiques de tous âges et de tous niveaux de responsabilité. Un fait l'a frappée : à l'exception d'une seule, aucune n'a voulu que son nom figure dans l'ouvrage, et aucune n'avait révélé sa dyslexie dans son cadre professionnel.
« J'ai caché ma dyslexie au travail, si je l'avais dit, j'aurais pu y laisser ma peau, mon job »
C'est le témoignage d'une ex-cadre dans le luxe, et il n'est pas isolé. Selon l'autrice, la société française valorise l'écrit, l'argumentation longue et la dissertation, ce qui rend la dyslexie particulièrement difficile à assumer.
Que coûte ce silence ?
Il a un prix pour les personnes comme pour les organisations. D'abord, une fatigue : la lecture et l'écriture ne sont pas complètement automatisées, ce qui représente une double tâche permanente, notamment face à des boîtes de messagerie pleines. Ensuite, des malentendus : une faute dans un courriel passe pour du manque de sérieux, un rapport un peu tardif pour de la démotivation, une participation discrète en réunion pour du désintérêt. Selon l'autrice, c'est souvent l'inverse : ces personnes travaillent le soir, relisent, et attendent d'avoir bien cerné un sujet avant de parler.
S'y ajoutent la vigilance constante et l'isolement de celui qui n'ose pas demander de l'aide. Autant de points que les parents d'un enfant dyslexique reconnaîtront, version adulte.
Peut-on parler d'un atout ?
L'article s'appuie sur des recherches récentes selon lesquelles les personnes dyslexiques seraient plus spécialisées dans l'exploration de nouvelles pistes que dans l'exploitation de connaissances déjà établies. L'autrice y voit un avantage pour l'analyse d'ensemble et la stratégie. Elle cite une agence de renseignement britannique qui dit rechercher ces profils pour leur capacité à analyser des systèmes complexes.
« Ils voient des choses que les autres ne voient pas »
Elle ajoute que certaines compétences humaines très recherchées, comme la pensée créative, la résilience et la flexibilité, sont particulièrement développées chez les dyslexiques. Le propos reste nuancé : l'atout n'efface pas la difficulté, et l'autrice commence par rappeler que la réussite éclatante de quelques personnalités ne doit pas masquer la réalité.
Que peuvent faire les personnes concernées, et les entreprises ?
L'article formule des conseils à deux niveaux. Pour les personnes, il recommande de s'équiper pour manier l'écrit plus facilement ou le contourner, puis, si le climat s'y prête, de parler de ses points forts. L'autrice invite à évaluer d'abord la sécurité psychologique de son organisation, c'est-à-dire la confiance qui permet de s'exprimer sans crainte. Pour les entreprises, elle propose de repenser le recrutement et les promotions, où la place de l'écrit peut écarter des candidats compétents, et de valoriser la diversité cognitive.
Elle rappelle aussi un enjeu collectif : créer les conditions de la réussite des personnes dyslexiques aide des familles entières, puisque souvent un enfant, un neveu ou un oncle est concerné.
Questions fréquentes
La dyslexie disparaît-elle à l'âge adulte ?
Non, c'est un trouble que l'on porte toute sa vie, rappelle l'autrice. Des outils et des aménagements permettent en revanche de la contourner efficacement.
Faut-il parler de sa dyslexie à son employeur ?
L'article conseille de commencer par évaluer la sécurité psychologique de son organisation, c'est-à-dire la confiance qui permet de parler sans crainte.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les chiffres de prévalence selon les pays, et ce qui explique les écarts.
- Les témoignages de cadres et d'ingénieurs dyslexiques interrogés pour le livre.
- La liste des outils numériques cités pour pallier les difficultés d'écrit.
- Les pistes détaillées pour les recruteurs, les managers et les politiques RH.
