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Pédagogie Paroles de profs En classe

À quoi ressemble une classe autonome, où le professeur parle peu⁠ ⁠?

Et si les élèves progressaient mieux quand le professeur parle moins⁠ ⁠? Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, Juline Anquetin-Rault raconte comment une observation en soutien scolaire a donné naissance à la «⁠ ⁠classe autonome⁠ ⁠».

Le n°14 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°14L'action, meilleure alliée du cerveau Voir ce numéro

Dans une classe autonome, le professeur ne fait cours que sur une partie de la séance. Le reste du temps, les élèves travaillent seuls ou à plusieurs sur des ateliers préparés à l'avance, qu'ils corrigent eux-mêmes. C'est la méthode de Juline Anquetin-Rault, professeure d'histoire-géographie au CFA Simone Veil, finaliste en 2021 du Global Teacher Prize, l'équivalent du Nobel de l'éducation. Elle la présente dans le n°14 d'Innovation en Éducation.

D'où vient l'idée de faire moins cours ?

D'un constat qui l'a longtemps intriguée. Après dix ans d'enseignement, Juline Anquetin-Rault remarque que ses élèves de soutien scolaire, à qui elle ne faisait presque pas cours, progressent plus vite que ses élèves de classe, pour qui elle prépare pourtant des cours soignés et variés. Elle a la sensation d'être le même professeur, avec deux résultats très différents.

Elle comprend alors qu'elle n'est justement pas le même professeur : en soutien, elle laisse les élèves faire, elle prépare le matériel en amont et chacun avance à son rythme, sans note. Reste à savoir comment appliquer cela à une classe de 30 élèves très différents. En cherchant, elle s'appuie sur les travaux de Céline Alvarez, Célestin Freinet, Maria Montessori et sur les quatre piliers de l'apprentissage décrits par le neuroscientifique Stanislas Dehaene.

« Dans mon agence de soutien scolaire, je laissais les élèves faire, je ne parlais presque pas […] Ils apprenaient en faisant et en se confrontant à la difficulté. »

Juline Anquetin-Rault, professeure d'histoire-géographieExtrait du n°14, p. 17

Comment se déroule une séance ?

En trois temps : un cours bref donné à toute la classe, un moment de vérification de ce qui vient d'être vu, puis la phase qui donne son nom à la méthode, les ateliers en autonomie, qui occupent à elle seule une bonne moitié de la séance. L'élève dispose d'un plan de travail et choisit l'ordre de ses ateliers. Il peut se lever pour chercher la consigne et le matériel, s'autocorriger avec un classeur, puis faire valider son travail par le professeur.

Le magazine détaille la répartition du temps entre ces trois phases, ce qu'on y fait et la manière dont elle s'appuie sur chacun des quatre piliers de Dehaene. Il décrit aussi la place laissée aux dix pour cent d'« informel » : appel, devoirs, rituel ludique.

Que contiennent les ateliers ?

Rien de révolutionnaire, insiste l'autrice : on y étudie des dates, des définitions, des documents, on rédige. Ce qui change, c'est la forme et la posture. Pour la Révolution française, un élève peut tour à tour travailler avec des flashcards, une carte mentale, un questionnaire sur vidéo ou un casque de réalité virtuelle. Il existe, selon elle, une vingtaine de types d'activités, que chacun adapte à sa matière, et le même atelier peut être proposé à plusieurs niveaux de difficulté.

Tout le matériel est autocorrectif : c'est lui, et non l'enseignant, qui fait office d'enseignant pendant ce temps. Le professeur, lui, aide, valide, observe et canalise.

« Pendant la phase d'ateliers, le professeur se met en retrait et le matériel devient l'enseignant. »

Juline Anquetin-Rault, professeure d'histoire-géographieExtrait du n°14, p. 18

Quels sont les freins, et les résultats annoncés ?

Elle ne cache pas les freins : enseigner moins ne veut pas dire travailler moins. La préparation du matériel demande un gros travail en amont, d'autant qu'il faut le fabriquer en plusieurs exemplaires. Elle affirme toutefois que ce temps diminue avec l'expérience et que les corrections, elles, s'allègent. Elle invite aussi les enseignants à mutualiser leur matériel.

Côté résultats, l'autrice rapporte ce qu'elle observe avec ses élèves de CAP et de brevet professionnel : des notes en hausse, une meilleure mémorisation, et des élèves qui, dans leur grande majorité, disent mieux apprendre. Ce sont des constats de terrain, issus de sa propre classe, et non d'une étude indépendante. Elle précise d'ailleurs que sa méthode n'a pas vocation à devenir l'unique voie et doit être adaptée par chacun. Pour l'enseignant que cela intéresse, les quatre piliers de Stanislas Dehaene donnent le cadre scientifique sur lequel elle s'appuie.

Questions fréquentes

La classe autonome convient-elle à toutes les matières et à tous les niveaux ?

L'autrice affirme qu'elle s'adapte à toutes les matières et à beaucoup de publics : elle a formé des enseignants de collège, de lycée, de BTS, d'alternance et d'autres milieux.

Faut-il beaucoup de matériel ?

Il faut en préparer, et c'est le principal frein. L'autrice explique qu'il n'est pas nécessaire d'en avoir pour chaque élève, et que le temps de préparation baisse avec la pratique.

Le professeur ne fait-il plus cours du tout ?

Il fait cours, mais sur un temps limité, pour ce qui demande vraiment une explication. Le reste revient aux ateliers, où il se met en retrait.

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Pour aller plus loin · n°14

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. La répartition exacte du temps entre les trois phases de la séance.
  2. Le fonctionnement du plan de travail et la place de l'autocorrection.
  3. Un aperçu des types d'ateliers, avec des exemples sur la Révolution française.
  4. Les deux pages sur les freins et sur les points positifs de la méthode.
  5. Les résultats chiffrés rapportés par l'autrice auprès de ses élèves.
Couverture du n°14
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