Existe-t-il une pédagogie spécifique pour les adolescents ?
Existe-t-il une pédagogie faite pour l'ado ? Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, la professeure Juline Anquetin répond par la thèse et l'antithèse : oui, et non.
« Spoiler alert : la réponse est oui et non ». C'est ainsi que Juline Anquetin, professeure et autrice, répond à la question qui donne son titre à son article du n°21 d'Innovation en Éducation. Finaliste du Global Teacher Prize en 2021, elle enseigne l'histoire-géographie dans un CFA, forme des enseignants à la pédagogie qu'elle a développée, la classe autonome, et a publié en 2023 La prof qui murmure à l'oreille des ados. Elle commence par balayer les clichés : on dit l'adolescent nonchalant, arrogant, inconstant. Mais comment s'intéresser au théorème de Pythagore quand on se demande pourquoi Lisa n'a pas déjeuné avec Gabriel ?
Ce qui ne change pas : comment un cerveau apprend
Les principes d'apprentissage valent pour tous, selon elle, de l'élève de primaire à l'adulte. Elle s'appuie sur les quatre piliers décrits par le neuroscientifique Stanislas Dehaene : être attentif, être activement engagé, recevoir un retour d'information, consolider. Sa classe autonome en découle entièrement, et elle y constate que l'élève apprend mieux quand il fait par lui-même, en se trompant, en se corrigeant, en recommençant.
« Quand l'élève est engagé activement et qu'il fait par lui-même, en se trompant, en se corrigeant, en recommençant, il apprend mieux. »
Elle ajoute les apports de la neuropsychologue Annie Sanscartier, notamment l'intérêt de tester ses connaissances plutôt que de relire passivement, et celui d'espacer les révisions pour couper la courbe de l'oubli. Pour ces deux points, le magazine détaille la méthode qu'elle utilise avec ses élèves de soutien scolaire.
Pour approfondir les mêmes principes, l'article du blog sur les quatre piliers de Stanislas Dehaene en donne une présentation complète.
Ce que l'autrice retient, c'est que ces principes se traduisent par des gestes concrets en classe : tester ses connaissances en permanence avec des quiz, des planches effaçables ou des cartes de révision, plutôt que de s'en tenir aux relectures et aux surlignages intensifs. Elle explique aux élèves que leurs neurones ont besoin d'être entraînés, et que pour apprendre, il faut faire quelque chose. L'idée n'est pas d'y passer un temps fou : trois minutes suffisent parfois pour refaire le tour de ses cartes.
Ce qui change : le cerveau de l'ado, un chantier permanent
Entre 12 et 18 ans, le cerveau trie les connexions construites depuis la naissance et supprime celles qu'il juge inutiles. Ce travail de réorganisation commence à l'arrière et s'étend vers l'avant, jusqu'à la zone qui contrôle les impulsions et la raison, qui n'est pas mature avant 20 ou 25 ans. Les connexions entre le système des émotions et celui de la décision se font et se défont sans cesse. D'où l'impulsivité, l'instabilité émotionnelle, la quête de sensations nouvelles.
« Il faut attendre environ 25 ans, l'âge de la maturité cérébrale, pour que la raison prenne le dessus sur les émotions. »
Une conséquence pratique, selon elle : expliquer ces changements aux élèves eux-mêmes, et pas seulement aux enseignants, pour qu'ils comprennent pourquoi ils passent de la joie à la tristesse dans la journée, pourquoi ils sont fatigués le matin et peinent à se coucher tôt.
Ce que cela demande à l'enseignant
L'adolescent est aussi un être social. L'autrice rappelle que Maria Montessori parlait d'« âge social », et que le besoin d'entre-soi n'a rien de propre à notre époque. Mais il cherche aussi l'appui de l'adulte, et la posture de l'enseignant compte plus que la technique : poser des questions ouvertes (« Comment vas-tu t'y prendre ? », « De quoi as-tu besoin ? ») plutôt que de dire quoi faire. Elle décrit un outil simple pour dire son humeur autrement que par un éternel « ça va » : un demi-cercle qui va du vert foncé au rouge écarlate.
« Plus que la question posée, c'est la posture de l'enseignant qui va tout changer. »
Son conseil vaut pour les enseignants comme pour les parents : ne jamais entrer dans une classe avec des a priori, mais se demander ce qui se cache derrière tel comportement ou tel échec. Souvent, dit-elle, derrière l'élève réputé difficile, on trouve un mal-être. Un encadré final propose dix conseils pratiques aux enseignants de collégiens et de lycéens.
Questions fréquentes
Faut-il adapter sa pédagogie à l'adolescence ?
Pour les principes d'apprentissage, non : ils valent à tout âge. Pour la posture, les rythmes et l'écoute, oui, selon l'autrice, car le cerveau et les besoins de l'ado ont des spécificités.
Pourquoi expliquer le cerveau de l'ado aux élèves eux-mêmes ?
Parce que cela les aide à mieux comprendre leurs réactions, leur fatigue et leurs émotions, et donc à mieux apprendre.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre piliers de l'apprentissage appliqués à la classe autonome.
- La méthode d'espacement des révisions que l'autrice utilise avec ses élèves.
- Le fonctionnement du cerveau entre 12 et 25 ans, expliqué en détail.
- L'encadré « 10 conseils pratiques quand on enseigne à des adolescents ».
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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