Classe autonome, inversée, apprenante, flexible : en quoi diffèrent-elles ?
Dans le n°5 d'Innovation en Éducation, quatre enseignants décrivent leur manière de faire classe autrement, du collège au CP. Ce qui les réunit : donner plus de place à l'élève.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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« Comment faire classe autrement ? » Quatre enseignants, quatre réponses, publiées sur quatre pages consécutives du n°5 d'Innovation en Éducation. Une enseignante de collège, une professeure de mathématiques au lycée, un professeur de technologie et une institutrice de CP/CE1 racontent ce qu'ils ont changé dans leur classe, et ce qu'ils en observent. Voici l'essentiel de ces témoignages.
Qu'est-ce qu'une classe autonome ?
Juline Anquetin-Rault, enseignante, est partie d'une question : les pédagogies alternatives sont-elles applicables aux adolescents ? Sa réponse, la classe autonome, repose sur une idée de bon sens.
« Nous retenons beaucoup mieux ce que nous faisons. »
Dans son dispositif, le cours comprend un temps d'ateliers où les élèves choisissent l'ordre et le rythme dans lesquels ils les font, se lèvent pour aller chercher le matériel et corrigent eux-mêmes leur travail. Il existe aujourd'hui une douzaine de types d'ateliers. Selon elle, 98 % des élèves recommandent la classe autonome. Ce qui est révolutionnaire, ajoute-t-elle, c'est la posture de l'enseignant, pas le contenu : ce que fait l'élève dans les ateliers est ce que le professeur ferait normalement en cours. C'est ce qui permet de l'adapter à tous les niveaux et à toutes les matières. Un autre article du blog y revient.
Que veut dire « inverser » la classe ?
Sophie Guichard, professeure agrégée de mathématiques en lycée, a cherché un cadre qui respecte le rythme de chacun. Chaque séance comporte deux temps : un point de cours avec le groupe, puis un temps où chaque élève, seul ou à plusieurs, travaille selon ses besoins pendant que l'enseignante devient personne ressource. Les élèves disposent d'une structure de cours avec des QR codes qui renvoient à des vidéos qu'elle a créées, et à des corrections.
« Faire un pas vers la classe inversée nécessite de voir ce que chacun est prêt à lâcher (comme par exemple, la transmission descendante) pour créer un nouveau modèle. »
Elle précise que s'autocorriger est la posture la plus longue à mettre en place. Son conseil : s'inspirer de ce qui existe, puis choisir un premier petit pas à sa mesure.
Et la classe apprenante ?
Philippe Lamy-Chappuis, professeur de technologie, s'appuie sur le concept d'organisation apprenante. L'enseignant s'y positionne comme un chef d'orchestre : il propose une organisation et des scénarios qui lui permettent de répondre avec agilité aux besoins de chacun, en s'inspirant des sciences cognitives. L'élève, lui, s'engage dans un processus d'amélioration continue. Les compétences visées sont celles du XXIe siècle : esprit critique, résolution de problèmes, créativité, communication, collaboration. Il précise que la technologie n'est pas la condition : l'enjeu est de repenser un modèle et certaines échelles de valeurs.
Pourquoi une classe flexible ?
Stéphanie Leruse, institutrice en CP/CE1, part d'un constat : le monde change, pas l'agencement des salles de classe.
« Nos salles de classe sont aménagées de la même manière depuis 150 ans. »
Chez elle, plus de places fixes : l'enfant choisit sa position de travail et sa place, et l'enseignante n'a plus de bureau. Elle observe des enfants plus concentrés, qui ont moins la bougeotte, et une classe naturellement plus inclusive, ce qui lui facilite la différenciation. La fiche décrit l'aménagement des différents coins, ainsi que la pédagogie qu'elle y pratique.
Quel point commun ?
Les quatre enseignants ne disent pas qu'il faut tout transformer d'un coup. Ils décrivent des changements de posture, graduels, parfois discrets, qui laissent à l'élève plus d'initiative. Aucune de ces approches n'exclut les autres : une classe peut être flexible, inversée et apprenante tout à la fois. Chaque fiche se conclut par la question « C'est duplicable ? » et par des adresses pour aller plus loin.
Par où commencer quand on est enseignant ?
Aucun des quatre témoignages ne suppose de tout reconstruire. La professeure de mathématiques parle d'un « premier petit pas » à trouver selon qui l'on est et à qui l'on s'adresse. L'institutrice a transformé sa classe en 2018 et en observe les effets chaque jour. Le professeur de technologie précise que de nombreuses équipes ont déjà intégré le concept de classe apprenante, sans toujours le conscientiser, en mettant en place des pédagogies actives. Pour un parent, ces pages donnent un aperçu de ce que peut devenir une journée d'école quand l'élève reprend de l'initiative, et des questions à poser lors d'un échange avec l'équipe pédagogique : comment mon enfant choisit-il son rythme, où travaille-t-il, comment se corrige-t-il ?
Questions fréquentes
Faut-il du matériel numérique pour une classe apprenante ?
Non : le témoignage précise que la technologie n'en est pas la condition. L'essentiel est de repenser le modèle de fonctionnement de la classe.
La classe flexible convient-elle aux élèves qui ont du mal à se concentrer ?
L'institutrice y observe un effet positif pour les élèves ayant des troubles de l'attention ou du comportement, qui peuvent changer de place quand ils en ressentent le besoin.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les douze types d'ateliers de la classe autonome et le déroulé complet d'un cours.
- Les outils de la classe inversée : structure de cours, QR codes, vidéos, gestion mentale.
- Les deux rôles de la classe apprenante, celui de l'enseignant et celui de l'élève.
- L'aménagement détaillé d'une classe flexible et les pédagogies qui s'y pratiquent.
- Les coordonnées de chaque enseignant pour découvrir leur travail.
