Pourquoi les ados sont-ils si cash et si vite à fleur de peau ?
Les disputes avec un adolescent prennent parfois une intensité déroutante. Une psychologue pour enfants et adolescents montre ce que les neurosciences en disent, et pourquoi rien n'est figé.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Si les adolescents s'emportent si vite et trouvent des mots si tranchants, ce n'est pas seulement une question de caractère : leur cerveau traverse deux bouleversements en même temps. La hausse de la testostérone rend leur système d'alarme émotionnel plus réactif, et un grand tri des connexions neuronales réveille des émotions anciennes, alors que la zone qui freine les impulsions sera la dernière à être réorganisée. Comprendre ce double chantier aide à accompagner ces débordements sans les dramatiser.
C'est l'éclairage qu'apporte Ségolène Hartz, psychologue pour enfants et adolescents, dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Fondatrice de L'Accolade, formée aux approches de Faber et Mazlish, à la discipline positive et à la communication non violente, elle anime des conférences et des ateliers pour les parents et les professionnels.
Les hormones y sont-elles pour quelque chose ?
Oui, et pas seulement pour les transformations visibles de la puberté. L'autrice rapporte des expériences menées sur des souris, qui établissent un lien entre testostérone et comportement agressif. Un adolescent n'est évidemment pas une souris, prend-elle soin de préciser, mais son taux de testostérone grimpe fortement, chez les filles aussi, avec des effets bien réels sur l'humeur.
Le mécanisme passe par l'amygdale, ce petit système d'alerte du cerveau qui ne connaît que trois réponses face au danger : attaquer, fuir ou se figer.
« L'excès de testostérone rend l'amygdale plus sensible que d'habitude. C'est la raison pour laquelle les adolescents sont tellement à fleur de peau. »
L'article cite une étude étonnante sur ce que l'amygdale d'un adolescent perçoit comme une menace, là où un adulte resterait de marbre. Elle éclaire bien des malentendus du quotidien.
Que se passe-t-il dans le cerveau à l'adolescence ?
Le second phénomène est moins connu. Depuis la naissance, chaque apprentissage et chaque expérience nouvelle ont créé des connexions. À l'adolescence, elles sont trop nombreuses : le cerveau fait le ménage, supprime les circuits inutiles et privilégie les plus efficaces.
Ce tri a un effet secondaire. En passant en revue d'anciens circuits, il ravive des blessures passées qui n'avaient pas cicatrisé, sans que l'adolescent en ait conscience. Une remarque anodine peut alors déclencher une tempête de colère ou de larmes, que le jeune lui-même ne s'explique pas.
Ce réaménagement suit un ordre, de l'arrière du cerveau vers l'avant. Or la zone qui permet de contrôler ses impulsions se trouve tout à l'avant, dans le cortex préfrontal : elle ne sera traitée qu'à la fin, entre 20 et 25 ans. D'où ces paroles lancées sur un coup de tête, et regrettées après coup. On retrouve ici, à un autre âge, ce qu'une éducatrice décrit dans le même numéro à propos de l'immaturité cérébrale du jeune enfant.
Le contexte compte-t-il aussi ?
Ségolène Hartz ne réduit pas tout à la biologie. Elle évoque aussi l'environnement dans lequel grandissent les adolescents, et rappelle que la période récente a été particulièrement éprouvante pour eux. Le cerveau en travaux et le monde qui l'entoure se combinent : c'est l'addition des deux qui rend les conflits de cet âge plus vifs qu'à d'autres moments de la vie.
Comment accompagner un ado qui déborde ?
L'autrice reste résolument optimiste. Première piste : partager avec les adolescents ce qu'on sait de leur cerveau. Savoir que l'on est plus réactif pour des raisons précises, et que cela passera, aide déjà à prendre un peu de distance. Deuxième piste : leur offrir de l'empathie, en reconnaissant que ce qu'ils vivent est difficile, plutôt que de commenter leur réaction. Le magazine donne la formulation qu'elle propose, et deux lectures pour aller plus loin.
Surtout, elle rappelle que la violence n'est jamais une fatalité.
« L'adolescence n'est pas qu'un bouleversement hormonal, c'est aussi un grand remaniement cérébral. »
Ce remaniement est aussi une chance : un cerveau qui se réorganise peut apprendre d'autres façons de réagir, et il le fait tout au long de la vie.
Questions fréquentes
Pourquoi mon ado se met-il en colère pour un rien ?
Selon Ségolène Hartz, la hausse de la testostérone rend l'amygdale, le système d'alerte du cerveau, plus sensible. Le tri des connexions neuronales peut aussi raviver d'anciennes blessures, ce qui donne des réactions disproportionnées que l'adolescent ne comprend pas lui-même.
À quel âge le cerveau contrôle-t-il mieux les impulsions ?
La zone préfrontale, qui permet de freiner ses impulsions, est réorganisée en dernier, entre 20 et 25 ans selon l'article. Avant, l'adolescent agit souvent d'abord et réfléchit ensuite.
Comment calmer un adolescent en pleine dispute ?
L'autrice conseille de reconnaître ce qu'il vit avec empathie plutôt que de juger sa réaction, et de lui expliquer, à froid, ce qui se passe dans son cerveau. Comprendre l'aide à prendre du recul.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'expérience menée sur des souris et la testostérone, racontée par l'autrice.
- L'étude sur ce que l'amygdale d'un ado perçoit comme menaçant.
- Le rôle de l'environnement dans la violence des conflits adolescents.
- La phrase d'empathie qu'elle propose, et deux livres pour aller plus loin.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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