Comment aider un enfant à apprendre à faire des choix ?
Devant les vœux d'orientation, certains ados sont pétrifiés. Pour la neuropsychologue Stéphanie Soulié, les grands choix se préparent par une foule de petits, et la zone du cerveau qui décide se cultive dès l'enfance.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Oui, choisir s'apprend, et le plus tôt est le mieux. La prise de décision s'appuie sur une zone du cerveau située à l'avant, qui mûrit lentement de la petite enfance jusqu'au début de l'âge adulte, et qui se développe à mesure qu'on la sollicite. Proposer chaque jour à l'enfant de petits choix adaptés à son âge l'entraîne, nourrit son autonomie et sa confiance, et prépare les grandes décisions de l'adolescence.
C'est ce qu'explique Stéphanie Soulié, neuropsychologue depuis quinze ans, installée en libéral auprès des enfants et de leurs familles, dans un entretien publié par le n°8 d'Innovation en Éducation. Son travail met en avant le rôle des parents dans le développement de l'enfant, en particulier de ses capacités d'autorégulation.
Choisir à sa place fait-il gagner du temps ?
Dans des journées où tout va vite, il est tentant de décider pour l'enfant : quel pull, quel goûter, quel livre. On gagne quelques minutes. Pour Stéphanie Soulié, le calcul est trompeur, car c'est autant de temps perdu pour la suite. Décider fait grandir l'autonomie, et décider à la place de l'enfant peut la retarder.
Elle propose un parallèle parlant : un enfant apprend à parler en écoutant ses parents et en répétant. La prise de décision suit le même chemin. Elle se développe parce que l'adulte la stimule.
« La capacité à prendre une décision est une compétence qui permet aux enfants de gagner en confiance et en estime de soi. »
Quelle partie du cerveau intervient dans les choix ?
Les études d'imagerie et de neuropsychologie montrent que décider mobilise un vaste réseau, dont une petite région du cortex préfrontal, le cortex orbitofrontal. C'est l'une des dernières zones du cerveau à arriver à maturité. Elle abrite les fonctions exécutives, qui nous permettent de contrôler nos comportements, nos émotions et notre attention.
Parmi elles, la neuropsychologue met en avant une fonction souvent oubliée, l'initiation : la capacité de penser par soi-même à ce que l'on va faire, d'avoir son propre avis, de générer ses propres idées. Rien d'étonnant, donc, qu'un enfant hésite longtemps devant une décision. La bonne nouvelle tient dans la suite de son raisonnement.
« Il existe une fenêtre d'opportunité importante (notamment à l'âge du préscolaire) pour stimuler cette partie et donc la développer. »
Le lien avec l'adolescence est direct : comme le montre un autre article du numéro, la région préfrontale est encore en plein réaménagement chez les ados, ce qui rend d'autant plus précieux l'entraînement accumulé pendant l'enfance.
Comment entraîner un enfant à choisir au quotidien ?
L'entretien se termine sur une série de pistes faciles à glisser dans la vie de famille. En voici deux, pour donner le ton.
La première consiste à répondre à une question par une autre question. Quand l'enfant vous demande quelque chose, un « Et toi, qu'en penses-tu ? » l'invite à construire son propre raisonnement, à envisager plusieurs points de vue et à chercher seul une solution.
La deuxième consiste à faire du quotidien un terrain d'exercice. Le choix d'un vêtement, d'un repas, d'une activité : chaque situation peut devenir une occasion de décider. Pour un tout-petit, on restreint l'éventail à deux options ; plus tard, on peut l'aider à tenir compte du contexte, par exemple de la météo ou de la séance de sport prévue. La neuropsychologue observe qu'un enfant qui a son mot à dire s'engage davantage, et qu'il s'oppose souvent moins aux demandes des adultes.
Stéphanie Soulié développe aussi l'importance du silence après une question, la façon d'accueillir les erreurs de choix, l'intérêt des jeux de logique et des supports visuels pour certains enfants. Ces pistes, avec ses exemples, sont dans le magazine. Sur le droit à l'erreur, l'article consacré à l'Oupsologie prolonge la réflexion du côté de la classe.
Questions fréquentes
À partir de quel âge laisser un enfant choisir ?
Selon Stéphanie Soulié, dès le plus jeune âge, et particulièrement à l'âge préscolaire, une période propice pour stimuler la zone du cerveau qui décide. On commence par un choix entre deux options simples, puis on élargit avec l'âge.
Pourquoi mon enfant a-t-il du mal à se décider ?
La zone qui gère la prise de décision, le cortex orbitofrontal, fait partie des dernières à mûrir. Hésiter est donc normal chez l'enfant ; c'est en s'exerçant régulièrement qu'il gagnera en aisance.
Laisser choisir l'enfant le rend-il plus autonome ?
Oui, selon la neuropsychologue : la prise de décision contribue à l'autonomie, à la confiance et à l'estime de soi, alors que décider à sa place peut retarder ces acquisitions.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Stéphanie Soulié sur le rôle du cortex orbitofrontal.
- Sept pistes concrètes pour exercer l'enfant à choisir, avec des exemples de formulations.
- Comment présenter les conséquences d'un choix, et accueillir les erreurs qui suivent un essai.
- Des idées de jeux et de supports visuels pour les enfants qui ont besoin d'aide pour décider.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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