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Immaturité cérébrale⁠ ⁠: pourquoi un jeune enfant ne peut-il pas se calmer seul⁠ ⁠?

Un enfant de trois ans qui mord ou s'effondre ne cherche pas à vous manipuler. Une éducatrice spécialisée explique, avec l'image d'une maison à étages, ce qui se joue dans un cerveau encore en chantier.

Le n°8 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation" Voir ce numéro

Un jeune enfant qui tape, mord ou s'effondre pour un jouet confisqué ne le fait pas exprès : la partie de son cerveau capable de prendre du recul et d'apaiser une émotion n'est pas encore opérationnelle. Elle mûrit lentement, et ses liaisons avec les zones émotionnelles restent fragiles pendant des années. C'est l'adulte, en accompagnant chaque débordement, qui aide l'enfant à construire peu à peu cette capacité.

C'est le fil de l'article que Stéphanie Dam, éducatrice spécialisée formée au lien d'attachement, signe dans le n°8 d'Innovation en Éducation, consacré au cerveau qui apprend. Après dix ans en protection de l'enfance et plusieurs séjours au Québec pour se former aux neurosciences affectives et sociales, elle accompagne aujourd'hui des familles à Troyes. Son article ouvre la rubrique « Le cerveau » du numéro.

Que veut dire « immaturité cérébrale » ?

Le petit humain arrive au monde inachevé. Il lui faut au moins une année pour que sa digestion, son immunité et sa motricité soient au point, et bien davantage pour son cerveau. Deux conséquences en découlent : une dépendance totale envers l'adulte qui le nourrit et le protège, et des capacités de compréhension encore limitées, qui produisent des réactions parfois déroutantes.

L'autrice y voit d'abord un enjeu de regard. Prêter à un enfant de deux ans une intention calculée, c'est s'engager dans des bras de fer qu'il ne peut pas gagner, et que l'adulte ne gagne pas davantage.

« Comprendre les particularités de cette immaturité devient alors intéressant pour éviter le piège de l'interprétation […] »

Stéphanie Dam, éducatrice spécialiséeExtrait du n°8, p. 9

Une maison à plusieurs étages

Pour rendre ce fonctionnement accessible, Stéphanie Dam reprend une image proposée par le neuroscientifique Daniel Siegel et Tina Payne Bryson dans Le cerveau de votre enfant, qu'elle complète à sa façon : celle d'une maison.

À la cave se trouvent les fonctions vitales (respiration, faim, sommeil) et les réflexes de survie : attaquer, fuir ou se figer. Au rez-de-chaussée entrent les émotions, surveillées par un système d'alarme, l'amygdale. À l'étage, la pièce où l'on réfléchit, apprend, anticipe. Et tout en haut, sous les combles, une petite zone qui organise la vie sociale et qui sait, surtout, faire taire l'alarme. Chez l'adulte, des escaliers relient ces niveaux : une émotion forte peut être examinée à l'étage, puis apaisée.

Que se passe-t-il pendant une crise ?

Chez le tout-petit, la cave et le rez-de-chaussée fonctionnent dès la naissance. L'étage, lui, est en chantier, et l'escalier qui y mène est encombré. Les combles ne seront achevés qu'autour de 25 ans, après de grands travaux à l'adolescence (un remaniement que décrit un autre article du numéro, sur le cerveau des adolescents).

La colère, la peur ou la frustration restent donc coincées en bas. C'est ce que l'on appelle une tempête émotionnelle : l'enfant ne sait pas nommer ce qu'il vit, et il ignore que cela va passer.

Première clé tirée de l'article : en pleine tempête, les longues explications visent un étage auquel l'enfant n'a pas accès. Il entend les mots sans pouvoir les traiter, et l'alarme risque même de s'emballer. L'autrice propose plutôt de mettre un mot simple sur ce qu'il ressent, sans aller plus loin, à la manière d'un médecin dont le diagnostic rassure. Elle décrit aussi le rôle apaisant du contact physique, et la conduite à tenir quand l'enfant le refuse : c'est dans le magazine.

« Le bébé et le jeune enfant ont donc absolument besoin de l'aide de l'adulte pour accueillir leurs émotions et les réguler. »

Stéphanie Dam, éducatrice spécialiséeExtrait du n°8, p. 11

Comment l'enfant apprend-il à se réguler ?

Seconde clé : chaque fois qu'un adulte accompagne un débordement, il aide à dégager l'escalier. Ce travail progressif s'appelle l'intégration. Il ne s'agit pas de réussir chaque crise, mais d'être présent avec constance : c'est la répétition de ces moments partagés qui permet aux différents étages de communiquer.

L'article décrit les signes qui montrent que ce chantier avance, dans le langage comme dans le comportement de l'enfant. Il rappelle aussi que le processus prend du temps, et que même un enfant qui commence à se calmer seul aura encore longtemps besoin d'un adulte dans les grandes détresses.

Et si l'on expliquait la maison aux enfants ?

Stéphanie Dam termine sur une piste : comprendre son propre fonctionnement aide à trouver des solutions, et le modèle de la maison peut se raconter aux enfants eux-mêmes. C'est la conviction que développe aussi la neuropsychologue Annie Sanscartier dans le même numéro, à propos de la façon dont le cerveau apprend. Et l'image des étages se retrouve en classe, dans l'article consacré aux émotions des élèves.

Questions fréquentes

Un enfant qui fait une crise le fait-il exprès ?

Non, selon Stéphanie Dam. Ses débordements tiennent à une immaturité de développement, pas à une intention. La zone qui permet de prendre du recul et de calmer l'alarme émotionnelle n'est pas encore reliée au reste du cerveau.

À quel âge un enfant peut-il se calmer seul ?

L'article situe vers 5 à 7 ans le moment où l'enfant commence à mobiliser les zones de la réflexion pour se réguler. Il aura toutefois encore besoin de l'adulte dans les grosses détresses, car la maturation se poursuit jusqu'à 25 ans environ.

Faut-il raisonner un enfant en pleine colère ?

Pendant la tempête, l'enfant n'a pas accès à la partie du cerveau qui analyse. Mettre un mot simple sur ce qu'il ressent l'aide davantage ; les explications trouveront leur place une fois le calme revenu.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°8

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Le schéma illustré de la maison à étages, pièce par pièce, avec le rôle de chaque zone.
  2. Les gestes concrets à essayer pendant une crise, et ce que l'ocytocine vient y faire.
  3. Les signes qui montrent que le cerveau de l'enfant est en train de « s'intégrer ».
  4. Une piste pour raconter ce modèle aux enfants eux-mêmes.
Couverture du n°8
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n°8 · Maitriser la "neuroéducation"

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