Autisme et émotions : que se passe-t-il à l'intérieur quand rien ne se voit ?
Une personne autiste peut paraître froide alors qu'une tempête gronde. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, l'autrice Élise Couval parle de ses émotions de l'intérieur.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
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On l'imagine distante, indifférente, parfois froide. Élise Couval, autrice et illustratrice, notamment de Vivre avec un TSA, a reçu un diagnostic d'autisme en 2016, à la suite d'un burn out. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, elle explique ce qui se joue derrière cette apparente froideur, en précisant qu'elle parle de son expérience, et que chaque personne autiste est différente.
Les émotions des personnes autistes sont-elles moins fortes ?
Non : elles sont souvent très intenses, mais plus difficiles à reconnaître, à nommer et à exprimer. L'article avance plusieurs explications : des différences dans la régulation émotionnelle, le rôle de la sensorialité, et un système nerveux qui revient plus lentement au calme après une émotion forte. Sans mots pour dire ce qui se passe à l'intérieur, la souffrance devient invisible, ce qui nourrit un sentiment d'isolement.
L'autrice décrit aussi une expression des émotions décalée, voire absente : elle peut sembler indifférente alors qu'une tempête gronde, rire quand elle a mal, ou ressentir de la colère alors qu'elle est joyeuse.
« Ressentir une émotion, pour moi, c'est souvent comme plonger dans un mélange confus, un genre de purée de légumes émotionnelle : difficile de distinguer la carotte de la pomme de terre ou du brocoli. »
Qu'est-ce qu'une « tempête émotionnelle » ?
C'est un épisode où les émotions débordent soudainement : cris, pleurs, repli. Chez une personne autiste, ces épisodes peuvent être plus fréquents, en raison de la surcharge sensorielle, du manque de repères sociaux ou de l'accumulation d'émotions qu'on n'a pas pu exprimer au fur et à mesure.
Pour les parents et les enseignants, le message est celui d'une bienveillance active : une crise n'est pas à punir, mais à comprendre comme une manifestation de souffrance. L'autrice propose des stratégies concrètes pour les prévenir et les traverser, qui reposent sur le repérage des déclencheurs, sur des espaces de calme et sur des outils pour exprimer ce que l'on ressent. Le magazine en donne la liste complète.
Les personnes autistes manquent-elles d'empathie ?
L'article répond par une distinction entre deux formes d'empathie : affective (ressentir l'émotion de l'autre) et cognitive (comprendre ce que l'autre ressent). La première est généralement bien présente, parfois plus intense que la moyenne. La seconde, qui suppose de décoder des signaux sociaux implicites, est plus difficile. D'où l'impression que les émotions d'autrui ne comptent pas, qui n'est pas fondée.
« Il n'y a pas un manque de compassion, bien au contraire. Le rapport à l'autre est simplement différent. »
Elle donne un exemple personnel : mal à l'aise avec les mots et les gestes affectifs, elle exprime son affection autrement, par des gestes discrets et très attentifs, comme fabriquer un cadeau qui correspond exactement aux goûts de l'autre. On retrouve ce thème dans la fiche du n°29 sur le TSA.
Comment expliquer l'autisme à l'entourage ?
L'autrice propose six clés de sensibilisation, qui vont dans le même sens : parler de différence plutôt que de déficit, clarifier les enjeux sociaux, communiquer simplement, respecter les besoins de pause et de solitude. Sa conclusion invite à la patience, au respect et à l'écoute, en gardant à l'esprit que chaque personne autiste est unique.
L'autrice décrit un processus lent : quand une émotion sort enfin, ce n'est pas toujours la bonne, et il faut du temps pour trier, analyser et mettre des mots sur ce que l'on a réellement ressenti. Faute d'y parvenir, les émotions s'accumulent et finissent par déborder en colère, en pleurs ou en repli, des réactions que l'entourage comprend mal. On mesure qu'exiger d'un enfant en crise une explication immédiate a peu de chances de l'aider.
Questions fréquentes
Pourquoi un enfant autiste semble-t-il parfois indifférent ?
Parce que l'expression de ses émotions peut être décalée ou invisible, sans que l'émotion soit absente. Il peut ressentir très fort sans parvenir à le montrer.
Comment réagir face à une crise émotionnelle ?
En ne la punissant pas : elle exprime une souffrance. L'article insiste sur la prévention, la régulation sensorielle et l'accompagnement sans brusquerie.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste des sept stratégies pour prévenir et traverser les tempêtes émotionnelles.
- Le détail de ce qu'elle décrit de son expérience personnelle des émotions.
- Les six clés pour expliquer l'autisme à son entourage.
- Les deux formes d'empathie et leurs conséquences au quotidien.
