Bienveillance et discipline : peut-on poser un cadre sans durcir ?
Des parents bienveillants se sentent coupables de poser des règles ou de se mettre en colère. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Joëlle Alarcon montre que le cadre fait partie de l'éducation positive.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
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Beaucoup de parents qui veulent élever leurs enfants avec bienveillance ont presque honte de parler de discipline ou de règles. C'est ce que constate la psychopédagogue Joëlle Alarcon, fondatrice du Jardin Pédagogique, et c'est pourquoi elle consacre un article du n°7 d'Innovation en Éducation à la valeur du cadre, des limites et de l'interdit. Son message est rassurant : poser un cadre n'abîme pas la relation, il participe à la construction de l'enfant.
D'où vient l'idée que bienveillance et cadre s'opposent ?
L'autrice avance une piste historique, sans juger le passé. Chez nos arrière-grands-parents, l'enfant n'était pas vu comme une personne singulière, et les châtiments corporels passaient pour éducatifs. Depuis quarante ans, sa place a changé : il est devenu un choix, un projet de couple, et le parent veut avant tout le rendre heureux. Les travaux de Maria Montessori ou de Françoise Dolto ont aussi appris à respecter les phases de son développement. Dans ce contexte, l'idée de discipline peut sembler un risque : et si mon enfant se mettait à me trouver trop sévère, ou à ne plus m'aimer ? S'y ajoute parfois le souhait de ne pas être aussi autoritaire que ses propres parents.
« Le cadre, les règles et la discipline font partie intégrante du processus éducatif, de la construction du psychisme de l'enfant, et donc de son bien-être tant émotionnel que cognitif. »
La discipline est-elle l'ennemie de la liberté ?
Pas nécessairement, répond Joëlle Alarcon, qui s'appuie sur l'étymologie : le mot discipline vient du latin discere, « apprendre ». Elle rappelle que la discipline est aussi au cœur de pratiques que beaucoup d'adultes apprécient, comme la méditation ou le yoga. Chez Maria Montessori, qui place l'autonomie au centre de sa pédagogie, le cadre est primordial, et la liberté laissée à l'enfant dépend de son âge. Un exemple connu est la leçon de silence, que l'autrice cite comme un exercice de discipline qui aide à développer l'intériorité.
« La discipline permet la liberté, par le développement de la confiance en soi, et donc de l'autonomie (et vice versa). »
Comment être bienveillant et dire non ?
Pour l'autrice, la question est mal posée, car être bienveillant, c'est « veiller au bien » : par la tendresse et l'écoute, mais aussi par des limites rassurantes qui répondent au besoin de sécurité de l'enfant. Accepter un « non » en famille, c'est apprendre à gérer la frustration, la vie en collectivité et le respect de la liberté de l'autre. Cette capacité se développe à mesure que mûrit la partie du cerveau qui permet de raisonner et de prendre du recul, un processus qui s'étend jusqu'entre vingt et trente ans.
Et les punitions, et les récompenses ?
L'autrice rappelle que la punition a peu d'effet à moyen et long terme, qu'elle peut entraîner une escalade et qu'elle pèse sur l'estime de soi. La récompense, elle, peut motiver, par la satisfaction qu'elle procure. Elle présente un outil simple qui passe par les mots : le compliment descriptif, qui reconnaît un effort ou le respect d'une règle. Le magazine donne des exemples de formules qui s'appliquent au quotidien, par exemple pour le temps d'écran.
Elle conclut par une invitation adressée à tout parent aimant : repenser ses croyances sur la discipline et le cadre, afin que l'enfant grandisse dans la confiance en ses capacités et le respect de lui-même, des autres et du monde.
Comment réagissent les parents quand on leur parle de cadre ?
Joëlle Alarcon constate qu'ils sont soulagés et réconfortés lorsqu'elle leur explique que le cadre, les règles et la discipline font partie du processus éducatif. Certains se sentent même coupables de se mettre en colère contre leur enfant, comme si la bienveillance supposait de ne plus jamais s'agacer. Elle-même travaille depuis quinze ans au service de la pédagogie : diplômée d'un master en sciences de l'éducation, elle a été dix ans coordinatrice pédagogique avant de créer le Jardin Pédagogique, pour aider les apprenants à retrouver le plaisir d'apprendre et accompagner les professionnels de l'éducation grâce à la psychopédagogie.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail de l'évolution de la famille depuis nos arrière-grands-parents, et ce qu'il explique de nos peurs actuelles.
- Ce que la pédagogie Montessori dit du lien entre cadre, discipline et autonomie.
- Le passage sur la tolérance à la frustration et la maturation du cerveau.
- Les exemples de compliments descriptifs que l'autrice propose aux parents.
- Un encadré de présentation de Joëlle Alarcon et du Jardin Pédagogique.
