Parentalité positive et éducation bienveillante : est-ce la même chose ?
On parle d'éducation ou de parentalité bienveillante et positive comme si c'était un seul concept. Pour la psychologue Camille Masegosa, cette fusion cache des différences de fond, qu'elle détaille dans le n°20.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Parentalité positive, éducation bienveillante, éducation positive : dans la presse comme sur les réseaux sociaux, les termes circulent comme des synonymes. La psychologue clinicienne Camille Masegosa, spécialisée en thérapies comportementales et cognitives et cofondatrice du Collectif Assez !, y voit une source de malentendus. Dans le n°20 d'Innovation en Éducation, elle propose de les distinguer, en s'appuyant sur ce qu'elle présente comme leurs référentiels respectifs. Son point de vue est volontiers critique à l'égard de l'éducation bienveillante telle qu'elle est popularisée en France. Il a le mérite de poser clairement les termes du débat.
Que recouvre la parentalité positive ?
Selon l'autrice, la notion vient de la psychologie scientifique, qui observe les comportements et leur fonctionnement. Elle renvoie à des programmes d'entraînement aux habiletés parentales, nés aux États-Unis dans les années 1960, qui cherchent à réduire les comportements d'opposition des enfants, à alléger le stress des parents et à améliorer la relation. On y retrouve la discipline positive de Jane Nelsen, une parentalité « à la fois douce et ferme ».
Plusieurs de ces programmes expliquent leur démarche avec l'image d'une pyramide. Au socle : le jeu, l'empathie, l'attention, l'écoute. Au-dessus viennent des étages d'encouragement, de règles claires et de cohérence entre les parents, jusqu'aux conséquences qui n'interviennent qu'en dernier recours.
Un exemple l'illustre : deux enfants qui se tapent dessus quand ils jouent. La première réaction consiste à parler avec eux, à valider ce qu'ils ressentent et à leur proposer d'autres manières de régler le conflit. Le comportement souhaité est ensuite encouragé quand il apparaît, et la règle (« taper est interdit ») est tenue par les deux parents. La conséquence ne vient qu'après, si rien n'a fonctionné.
En quoi l'éducation bienveillante est-elle différente ?
Pour Camille Masegosa, l'éducation bienveillante diffusée en France s'appuie moins sur la psychologie comportementale que sur les neurosciences : l'idée est de comprendre la maturation du cerveau de l'enfant pour mieux accepter ses réactions. Elle signale que la communauté scientifique appelle à la prudence dans l'interprétation de l'imagerie cérébrale, et que certaines études citées ont été menées sur des rats ou dans des situations éloignées du quotidien d'un enfant.
Elle relève ensuite des conseils qui divergent. Face à une demande qui n'est pas suivie, la parentalité positive déconseille de la répéter à l'infini, tandis que l'éducation bienveillante recommande plutôt de répéter. Face à un comportement indésirable, elle propose parfois de l'ignorer, ou de poser une conséquence rapide, alors que l'autre courant privilégie l'attention et l'empathie quoi que fasse l'enfant. Le détail de ces oppositions se trouve dans l'article.
Au fond, l'objectif diffère. La parentalité positive, décrite comme « interventionniste », demande à l'enfant de fournir des efforts et de s'adapter à son environnement. L'éducation bienveillante, elle, cherche à comprendre ce que vit l'enfant pour adapter l'environnement, et à supprimer ce qui le contrarie. C'est aussi, pour l'autrice, une perspective plus individuelle contre une perspective plus communautaire.
« L'éducation bienveillante diffusée en France n'a de commun avec la parentalité positive que la base de la pyramide : le socle d'amour, d'empathie, de communication, de jeu partagé. »
Faut-il choisir son camp ?
Le magazine ne le suggère pas. Les autres articles du numéro donnent la parole à des défenseurs de l'éducation positive, comme Isabelle Filliozat, qui contestent certaines de ces lectures. La contribution de Camille Masegosa a donc l'intérêt de montrer qu'un même mot recouvre des pratiques très différentes, et qu'avant d'adopter ou de rejeter « l'éducation positive », il vaut la peine de demander laquelle.
Ce qui rapproche tout le monde, c'est le socle : l'amour, l'écoute, le jeu. Les points de désaccord portent sur ce qui vient ensuite.
« Dans cette fusion des termes se cache en fait une confusion de concepts qui explique bien des malentendus... »
Questions fréquentes
Parentalité positive et éducation positive, est-ce la même chose ?
Les mots sont souvent employés l'un pour l'autre. L'autrice du n°20 propose de distinguer la parentalité positive, issue de la psychologie scientifique, de l'éducation bienveillante popularisée en France.
Dans la parentalité positive, y a-t-il des punitions ?
Elles y sont décrites comme un dernier recours, après l'écoute, l'encouragement et des règles claires.
Qu'ont-elles en commun ?
Le socle d'amour, d'empathie, de communication et de jeu partagé, selon Camille Masegosa.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La pyramide des pratiques parentales, traduite en français, avec tous ses étages.
- L'exemple détaillé des deux enfants qui se tapent dessus, étape par étape.
- Les points où les deux courants donnent des conseils opposés, avec les arguments de l'autrice.
- Sa lecture des objectifs et de la vision de l'enfant propres à chaque courant.
