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Parentalité À la maison

Pourquoi l'éducation positive suscite-t-elle tant de critiques⁠ ⁠?

Trop de douceur, pas assez de limites, des parents épuisés⁠ ⁠: Charlotte Ducharme, fondatrice de Cool Parents Make Happy Kids, démêle dans le n°20 ce qui fait débat, et ce qui a été mal compris.

Le n°20 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°20Éducation positive⁠ ⁠: ça va trop loin⁠ ⁠? Voir ce numéro

L'éducation positive est depuis plus d'un an dans le viseur de certains journalistes et psychologues. Faut-il y voir un échec de l'approche, ou un malentendu sur ce qu'elle promet ? Dans le n°20 d'Innovation en Éducation, Charlotte Ducharme, coach et conférencière, fondatrice du site Cool Parents Make Happy Kids et mère de trois enfants (belle-mère de trois autres), apporte un point de vue de terrain : elle a accompagné plus de 25 000 parents, et elle commence par reconnaître que certaines critiques ont une part de vrai.

Pourquoi cette approche est-elle si discutée ?

L'autrice avance plusieurs raisons. La première est historique. Les ouvrages de référence en français ont été écrits à une époque où l'éducation traditionnelle dominait encore : la loi interdisant les châtiments corporels n'a été votée qu'en 2019. Il fallait donc insister sur l'écoute et la compréhension de l'enfant, et la manière de poser des limites a souvent pris moins de place dans les livres que dans la vie quotidienne des parents.

La seconde est une question de présentation. Dans la presse comme dans les esprits, l'éducation positive passe pour une méthode que l'on applique ou non à la maison. Charlotte Ducharme explique que c'est là que naît la culpabilité : on essaie, on n'y arrive pas, et on s'en veut. Elle reconnaît d'ailleurs que le titre de son propre livre pouvait entretenir cette idée.

« L'éducation positive, c'est comme la paix, la démocratie, l'amour des autres : c'est un idéal vers lequel nous aimerions tendre. »

Charlotte Ducharme, coach, fondatrice de Cool Parents Make Happy KidsExtrait du n°20, p. 11

Personne n'est « dans » l'éducation positive cent pour cent du temps, pas plus qu'on ne serait « bienveillant ou malveillant » une fois pour toutes chez soi. Il s'agit de tendre vers des relations plus harmonieuses, et de ne pas se comparer au voisin, car chacun part avec l'éducation qu'il a reçue, son affinité avec la parentalité et le tempérament de ses enfants.

Les parents manquent-ils de limites ?

Sur ce point, l'autrice ne se range pas dans un camp. Elle observe, parmi les familles qu'elle accompagne depuis sept ans, une évolution : autrefois, la plupart des parents fonctionnaient sur le mode « c'est moi l'adulte, il doit m'obéir ». Aujourd'hui, beaucoup cherchent à être gentils quoi que fasse l'enfant, alors que certains comportements demandent de réagir avec fermeté. Sa proposition est un test simple : réagir avec son enfant comme on le ferait avec un adulte qui se comporterait de la même manière.

Son exemple concret est celui d'un enfant qui tape et ne s'arrête pas quand on le lui demande. La réponse qu'elle décrit est ferme, dans le ton et dans les gestes : on ne se laisse pas frapper, et on n'a pas à rester « gentil » pour autant. La discussion se tient plus tard, au calme, quand la colère de chacun est retombée. Son idée est que l'éducation positive n'est pas toujours « positive » au sens de douce.

Pourquoi les astuces ne suffisent-elles pas ?

Parce que les problèmes relationnels ne se règlent pas en surface. Appliquer des astuces vues en vidéo ou lues rapidement dans un livre finit, dit-elle, par nous confronter à nos propres limites. L'autrice invite alors à regarder ce qui, en nous, réagit : nos blessures, certaines de nos croyances.

« On a besoin de se confronter aussi à nos propres blessures, de remettre en cause certaines de nos croyances, en résumé on a besoin de "grandir sur nous"... »

Charlotte Ducharme, coach, fondatrice de Cool Parents Make Happy KidsExtrait du n°20, p. 11

Elle formule la même réserve à propos du time out, que le magazine présente avec son histoire : il séduit parce qu'il ressemble à une baguette magique, exactement comme certains conseils d'éducation positive, et dispense tout autant de comprendre l'enfant ou de s'interroger sur sa propre colère.

L'éducation positive est-elle une mode ?

Charlotte Ducharme répond par une analogie : depuis longtemps, nos sociétés sortent du rapport de force, dans la politique, dans l'entreprise, dans le couple. L'éducation positive prolongerait ce mouvement, avec des parents qui écoutent les besoins de l'enfant et qui gardent le dernier mot lorsqu'il le faut.

Cette lecture n'est qu'un des éclairages du numéro. Isabelle Filliozat y répond directement aux détracteurs, et d'autres contributeurs, dont Camille Masegosa, proposent une lecture plus critique : son article invite à ne pas confondre parentalité positive et éducation bienveillante.

Questions fréquentes

L'éducation positive consiste-t-elle à ne jamais dire non ?

Non, selon Charlotte Ducharme : certains comportements demandent clairement de la fermeté, et il ne s'agit pas toujours d'être « positif » au sens de doux.

Pourquoi se sent-on coupable quand on essaie l'éducation positive ?

Parce qu'on la prend pour une méthode à appliquer sans faille. L'autrice la décrit plutôt comme un idéal vers lequel on tend, à son rythme.

Que faire quand les astuces ne marchent pas ?

L'article invite à ne pas en rester à la surface : examiner ses propres réactions et croyances permet souvent de débloquer la relation.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°20

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Les explications de l'autrice sur l'origine du time out et les critiques qui lui sont adressées.
  2. L'exemple détaillé de l'enfant qui tape, avec la façon de réagir pas à pas.
  3. Le passage sur les parents qui n'osent plus dire non, et ce qui a changé en sept ans d'accompagnement.
  4. Le parallèle de l'autrice avec l'évolution de la démocratie, de l'entreprise et du couple.
Couverture du n°20
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