Comment éduquer les élèves au questionnement ?
En classe, on pose des questions pour obtenir des réponses. Et si la question servait aussi à créer du lien et à faire réfléchir ? Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, Alice Hassen réinvente la maïeutique de Socrate.
Tiré du magazine · n°14L'action, meilleure alliée du cerveau
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Dans une classe, la question sert presque toujours à vérifier : l'enseignant demande, l'élève restitue. Pour Alice Hassen, professeure agrégée de lettres classiques, c'est un usage bien réducteur. En s'appuyant sur ses recherches en linguistique pragmatique, elle propose de faire de la question un véritable outil pédagogique, qui fait réfléchir autant qu'il relie. Elle l'explique dans le n°14 d'Innovation en Éducation.
Que reste-t-il de Socrate, et du poisson torpille ?
L'article part de la maïeutique, la méthode de Socrate qui consiste à faire « accoucher » l'interlocuteur de sa propre vérité à force de questions. L'autrice avoue sa fascination, mais aussi son malaise : l'un des interlocuteurs de Socrate, Ménon, le compare à un poisson torpille, tant cette façon d'interroger le déstabilise. Si Socrate s'adressait à des adultes, comment s'y prendre avec des enfants et des adolescents, dont la construction intellectuelle et émotionnelle est encore en cours ?
« Si l'image de Socrate me tente, celle du poisson torpille un peu moins. Cette manière d'interroger elle, me hante. »
En quoi une question est-elle plus qu'une demande d'information ?
En linguistique pragmatique, explique l'article, la question est un acte : une formulation qui permet de faire quelque chose et qui a un effet sur celui à qui on la pose. C'est un appel à l'autre, qui favorise son implication et la relation entre les personnes. À l'école, pourtant, on la réduit le plus souvent à la demande de contenu, voire à l'« interrogation écrite », qui sonne rarement de façon positive.
D'où l'objectif que se fixe l'autrice : ne pas cantonner la question à cet emploi, pour s'en servir à d'autres fins. Dans la classe, la relation à ajuster est double, entre l'enseignant et chaque élève, mais aussi entre élèves. Elle repose sur des compétences relationnelles, ce que l'on appelle aujourd'hui les compétences psychosociales.
« Le fil conducteur du cours ne repose plus sur ce que l'enseignant propose mais sur ce que les élèves explorent au travers du thème et du sujet proposés. »
Comment la question devient-elle un outil de classe ?
Il y a des préalables. Il faut d'abord que les élèves n'aient pas peur de la question, ce qui suppose de désamorcer des croyances installées, comme l'idée qu'une question appelle forcément la bonne réponse. Il faut ensuite être attentif à chaque formulation, privilégier les questions ouvertes, savoir écouter. L'élève doit sentir que l'enseignant n'attend pas un contenu précis, mais une réaction, une exploration.
Cela suppose, pour l'enseignant, un changement de posture : accepter une part d'imprévu et de lâcher-prise. Les contenus deviennent un support pour apprendre le monde, et la relation devient le cœur de la classe. Les élèves apprennent alors à questionner, à formuler des problèmes et à repérer ce qui leur pose difficulté. L'incertitude cesse de leur apparaître comme un horizon menaçant.
Quels obstacles et quelles activités concrètes ?
L'autrice n'élude pas les difficultés. Dans une société de l'immédiat, des élèves peuvent éprouver de la frustration à ne pas recevoir de réponse rapide et précise. Ritualiser ces pratiques aide à les apaiser, car chacun perçoit mieux le chemin à suivre.
Pour passer à la pratique, elle propose trois activités qu'elle mène avec ses élèves. La première est une boîte à questions : chaque élève écrit une question, et le groupe s'en sert pour réviser, ou pour comprendre pourquoi une question bloque. Les deux autres, que le magazine détaille, prolongent cette logique : préparer des questions pendant un exposé, et transformer les titres de séances en problèmes à résoudre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'éducation au questionnement ?
C'est une démarche qui apprend aux élèves à formuler des questions, à poser des problèmes et à repérer ce qui leur pose difficulté, plutôt que de seulement répondre à celles de l'enseignant.
Faut-il être professeur de lettres pour l'appliquer ?
Non. L'autrice choisit des compétences très larges de l'enseignement du français, pour que chacun puisse y puiser des idées quel que soit son niveau d'enseignement.
Peut-on poser une question sans attendre de réponse précise ?
Oui, c'est justement l'enjeu : une question peut inviter à explorer, à reformuler ou à relier, sans attendre un contenu particulier.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les pistes pour aborder l'enseignement du français par la question : lecture réflexive, vocabulaire, expression, rédaction.
- Les deux étapes pour préparer les élèves, avec les croyances à désamorcer.
- Le détail des trois activités proposées aux élèves, dont la boîte à questions.
- Les conseils pour limiter la frustration des élèves face à l'incertitude.
