Pourquoi la curiosité des enfants s'éteint-elle, et comment l'entretenir ?
Tout petit, l'enfant s'émerveille d'un rien. Avec l'âge, la curiosité s'émousse souvent. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, Eve Herrmann explique pourquoi, et ce que parents et enseignants peuvent faire.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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La curiosité semble aller de soi chez les enfants, et pourtant elle ne dure pas toute seule. Pour Eve Herrmann, elle se façonne entre 3 et 11 ans, au contact des adultes. Ce qui lui permet de s'épanouir tient moins à des méthodes qu'à des attitudes, à la maison comme en classe.
Autrice de coffrets et de livres inspirés de la pédagogie Montessori, Eve Herrmann instruit ses deux filles à domicile depuis neuf ans et est aujourd'hui conseillère pédagogique à l'école Clonlara. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle s'appuie sur la psychologue Susan Engel, qui a étudié l'origine de la curiosité dans l'enfance, et sur le livre de Rachel Carson, The Sense of Wonder.
La curiosité est-elle innée, ou se construit-elle ?
Un peu des deux. Dès la naissance, le bébé est sensible à la nouveauté : un objet qui coule alors que tout ce qu'il a mis dans le bain flottait jusque-là l'émerveille et le pousse à observer et à tester. Mais selon Susan Engel, citée par l'autrice, c'est entre 3 et 11 ans que l'enfant prend, ou non, le goût du savoir et l'habitude de se questionner. La famille, l'école, les rencontres lui ouvrent des portes ou lui en ferment. À 6 ans, sa curiosité est déjà en partie modelée.
L'autrice rappelle que le déclin est en partie normal : à mesure que l'enfant connaît mieux le monde, l'inattendu l'est moins. Sa curiosité devient plus ciblée. Reste à savoir si on la nourrit.
À quoi ressemble un adulte qui nourrit la curiosité ?
L'exemple le plus parlant de l'article est tout simple. Eve Herrmann croise un ami avec son fils de 2 ans, qui lui annonce avec le plus grand sérieux que « la machine grince ». Il parle de la machine à laver d'une laverie du quartier. Son père, respectueux de cet élan, visite régulièrement des laveries pour en observer le fonctionnement et les comparer.
« Sans le savoir, il plante les graines de ses futures explorations. »
Les enfants nous observent pour savoir s'il est bon de s'intéresser à quelque chose. Un regard curieux, un sourire encouragent la découverte. Un soupir d'agacement l'éteint. L'autrice invite les adultes à se demander, sans se juger, ce qui les freine : le bazar, le manque de temps, la fatigue, ou de ne pas avoir les réponses.
Faut-il toujours répondre aux questions d'un enfant ?
Pas forcément. Donner tout de suite une explication, dit l'autrice, ôte l'occasion de se demander et d'émettre des hypothèses. Elle propose de devenir le « partenaire de curiosité » de l'enfant avec des formules comme « voyons voir » ou « que se passerait-il si », et décrit plusieurs pratiques à la maison, dont un système pour recueillir les questions de la semaine. Elle cite aussi une école londonienne qui consacre un temps de discussion à l'heure du repas.
Pour la classe, un encadré propose des inspirations. L'autrice reconnaît que l'obligation de suivre un programme peut se mettre en travers de la curiosité, et que les questions ouvertes aident à la faire revenir.
« La curiosité est une porte sur le monde et le monde est un boost sur la curiosité. »
Que peut-on faire en classe ?
Un encadré du magazine rassemble des inspirations pour les enseignants. Il rappelle avec Matt Pritchard que l'éducation ne devrait pas consister à donner la bonne réponse, mais à forger des liens entre les choses. Il reconnaît aussi que l'obligation de suivre un programme peut se mettre en travers de la curiosité. Les questions ouvertes, qui n'attendent pas une seule réponse, et les discussions entre élèves permettent de la faire revenir. Un professeur d'anglais a ainsi créé une « classe accompagnée », où il implique ses élèves et les laisse apprendre. Pour réveiller la curiosité, conclut l'autrice, il faut savoir poser les bonnes questions.
Rachel Carson, dont elle cite The Sense of Wonder, résume l'enjeu : pour garder son sens de l'émerveillement, l'enfant a besoin d'au moins un adulte qui le partage avec lui.
Questions fréquentes
La curiosité diminue-t-elle forcément avec l'âge ?
Selon la littérature scientifique citée par l'autrice, oui, en moyenne, mais ce déclin n'a rien d'inévitable : il dépend beaucoup des influences que l'enfant a connues.
Comment encourager un enfant curieux sans tout lui expliquer ?
En lui répondant par des questions ouvertes, en partageant son intérêt et en lui laissant le temps de formuler ses propres hypothèses.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les explications de Susan Engel sur la formation de la curiosité entre 3 et 11 ans.
- Les pratiques pour créer une culture de la curiosité à la maison, dont le recueil des questions de la semaine.
- L'exemple de la discussion à l'heure du repas, avec ses sujets.
- L'encadré « Inspirations pour la classe » et les idées de sorties pour devenir touristes de sa propre ville.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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