Faut-il valoriser l'esprit entrepreneurial à l'école ?
L'esprit d'entreprendre ne sert pas qu'à créer une entreprise. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, Carole Petel explique ce qu'il apporte aux élèves et ce qui, selon elle, freine encore son entrée à l'école.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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On associe souvent l'entrepreneuriat à la création d'entreprise. Pour Carole Petel, c'est beaucoup plus large : entreprendre, c'est oser. Un projet mené en classe aide les élèves à développer des qualités utiles toute leur vie, sans qu'aucun d'eux ne soit tenu de devenir chef d'entreprise.
Consultante en pédagogie entrepreneuriale, Carole Petel est référente sensibilisation des jeunes au sein du réseau BGE. Elle est l'autrice du livre-outil Deviens l'entrepreneur de ta vie ! Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle répond aux questions du magazine avec un ton volontairement positif, au vu du chemin parcouru depuis vingt ans.
Qu'est-ce que « entreprendre » veut dire à l'école ?
Au sens large, un synonyme pourrait être « oser ». Les actions possibles sont nombreuses : une intervention ponctuelle, un jeu, un travail de groupe, le témoignage d'un entrepreneur, ou une aventure qui dure toute l'année. Elles peuvent commencer très tôt, souligne-t-elle : au Québec, dès la maternelle, et le cadeau de la fête des mères est déjà un petit projet entrepreneurial.
« Le but de la pédagogie entrepreneuriale n'est pas de faire de l'élève un chef d'entreprise mais de l'aider à développer des qualités qui lui serviront tout au long de sa vie. »
Que gagnent les élèves à mener un projet ?
Autonomie, persévérance, débrouillardise, travail collaboratif, sens des responsabilités : l'interview insiste sur ces qualités et sur leur effet sur l'estime de soi. Le projet rend aussi l'apprentissage concret, et peut aider à raccrocher des élèves qui se sentent moins à l'aise en maths et en français. L'exemple qu'elle donne est parlant : des élèves ont entrepris la rénovation de la bibliothèque de leur école et ont vu leur projet interrompu par le Covid. Ils ont dû s'adapter, et l'ont très bien fait.
Qu'est-ce qui freine encore ?
Carole Petel observe que les chefs d'établissement et les enseignants sont plus ouverts qu'avant et que le mot n'est plus tabou. Des freins demeurent pourtant, qu'elle relie à des craintes : la peur de l'échec, chez les enseignants comme chez les parents, parce qu'entreprendre comporte toujours une part d'imprévu ; l'idée, chez certains parents, que la sécurité passe par les voies prestigieuses ; et le changement de posture demandé à l'enseignant, plus facilitateur que « passeur de savoir ». Elle propose des réponses nuancées, que le magazine détaille.
Peut-on repérer un futur entrepreneur dès l'enfance ?
Si la réponse était oui, ce serait trop simple, répond-elle. Elle est convaincue que nous naissons tous entreprenants : le petit enfant qui explore, pose des questions, ose tomber de vélo pour apprendre fait déjà preuve de cet esprit.
« Chaque enfant est un entrepreneur en herbe, sans même en être conscient. »
Elle rappelle que les activités extrascolaires, comme le scoutisme ou le rôle de délégué de classe, encouragent l'initiative et le leadership.
Comment un projet devient-il un apprentissage ?
L'idée est de mettre les élèves en situation d'acteurs : ils partent d'une problématique et conçoivent leur projet à partir d'elle, ce qui rend l'apprentissage plus concret. L'autrice donne deux exemples. Rédiger une lettre de remerciement à un entrepreneur venu présenter son métier en classe, c'est faire du français. Élaborer un budget pour réaliser une vidéo de sensibilisation au harcèlement scolaire, c'est faire des mathématiques. Chaque problématique devient ainsi une occasion d'apprendre, et le projet peut renforcer la motivation et même raccrocher certains élèves.
L'entrepreneuriat peut-il être un « plan A » ?
La consultante répond que oui, dès lors qu'on aime ce que l'on fait. Elle évoque la gratification de voir progresser un projet que l'on porte, la liberté que peut apporter le statut d'indépendant, et l'autonomie que l'on trouve dans les métiers du numérique comme le développement, le marketing ou la rédaction web. Pour elle, l'essentiel est que chaque élève trouve sa voie, quelle qu'elle soit.
Questions fréquentes
La pédagogie entrepreneuriale vise-t-elle à former des chefs d'entreprise ?
Non. L'objectif, selon Carole Petel, est de développer des qualités et un état d'esprit positif et audacieux qui serviront dans toute la vie.
À partir de quel âge peut-on entreprendre à l'école ?
Dès la maternelle, selon la consultante, qui cite l'exemple du Québec. Elle recommande une dizaine d'expériences tout au long du parcours scolaire.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les réponses détaillées de Carole Petel aux craintes des enseignants et des parents.
- Les exemples de projets qui font travailler le français ou les mathématiques.
- Les traits de personnalité souvent associés aux entrepreneurs, et ce que les parents peuvent en retenir.
- Son plaidoyer pour l'entrepreneuriat comme un vrai projet professionnel, et non un simple plan B.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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