Comment apprendre aux élèves à travailler vraiment ensemble ?
Mettre des élèves en groupe ne suffit pas à les faire collaborer. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, Marie-Reine Boudarel décrit comment avancer par étapes, et quelle posture adopter.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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On confond souvent travail de groupe, coopération et collaboration. Pour Marie-Reine Boudarel, ce sont des paliers : on apprend d'abord à faire ensemble dans un cadre rassurant, puis à construire ensemble ce cadre. Et le meilleur point de départ, c'est un projet.
Professeure des universités et accompagnatrice de l'évolution pédagogique, Marie-Reine Boudarel forme des formateurs et appuie ses pratiques sur la pédagogie active et expérientielle. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle relie ce travail aux attentes de l'OCDE pour 2030 : apprendre le collectif, c'est aussi contribuer à atténuer des inégalités sociales.
Pourquoi passer par un projet plutôt que par un simple exercice en groupe ?
Parce que l'objet commun oblige à comprendre l'autre. L'autrice, qui s'appuie sur Philippe Perrenoud, note que le mot « projet » est le point commun de toutes les formes de travail de groupe, de la question à résoudre jusqu'à la réalité complexe qui fait entrer dans l'inconnu. Un projet engage les élèves vers un sens, il provoque des étonnements, des désaccords, parfois la révélation de talents insoupçonnés. Viennent ensuite le respect de l'autre et, par effet miroir, la confiance en soi.
Les bénéfices sont nombreux : l'élève progresse en argumentation, en négociation, dans l'entraide, et gagne en autonomie. Il apprend avec les autres, par les autres et pour les autres.
Un exemple simple de l'article suffit à comprendre le mécanisme. Devant une même photographie ou une même peinture, plusieurs élèves proposent des lectures différentes, et toutes peuvent être pertinentes. C'est le premier entraînement à accueillir un point de vue qui n'est pas le sien.
Quelle différence entre coopération et collaboration ?
Dans la coopération, les résultats attendus sont définis par l'enseignant. Dans la collaboration, ils peuvent émerger des élèves eux-mêmes, qui co-construisent leurs activités dans un cadre qu'ils déterminent spontanément. L'autrice ne les oppose pas : la coopération est la marche qui rend la suivante possible, parce qu'elle fixe des modalités sécurisantes dans lesquelles les élèves exercent leurs compétences relationnelles et apprennent à se faire confiance.
« Sans être utopiste, les graines semées sont garantes d'une vie sociale meilleure pour tous. »
Comment lancer un projet sans que cela tourne au désordre ?
L'article propose quatre étapes de préparation. Elles portent sur la manière de calibrer le projet (ni trop simple, ni décourageant), de composer les groupes, de donner à chacun un repère dans l'équipe et de dire ce qui est attendu à la fin. Chacune est détaillée dans le magazine, avec ce qui la fait fonctionner.
Un point mérite d'être relevé : l'autrice parle de groupes où chacun peut travailler avec chacun, parce que toutes les identités rassemblées, cognitives, sociales et émotionnelles, aident à atteindre l'objectif commun.
Peut-on évaluer la collaboration sans noter les élèves ?
C'est l'un des apports les plus concrets du texte. Il ne s'agit pas de noter, mais de poser des critères que les élèves apprennent à utiliser pour observer, de façon aussi factuelle que possible, la vie du groupe et la place de chacun. L'autrice appelle cela l'objectivation. Les critères peuvent être travaillés avec la classe, avec les mots des élèves, ce qui garantit qu'ils s'y associent. Un temps d'échange en fin de projet permet ensuite de distinguer le résultat du chemin parcouru, et d'imaginer d'autres façons de faire. Le magazine reproduit un exemple de grille.
Quelle place pour l'enseignant pendant le projet ?
Une place qui change : il lance, observe, régule si besoin, rassure, apporte un complément théorique quand il est indispensable. Le magazine consacre un encadré à cette posture.
« Le lâcher-prise facilite la situation d'apprentissage. Ce n'est pas "laisser faire", mais faire confiance. »
Pour les enseignants qui se sentent seuls dans cette démarche, ce regard est rassurant : il ne demande pas de tout changer, mais de laisser un peu de place, projet après projet.
Comment savoir que les élèves progressent ?
L'autrice décrit des signes concrets : les élèves prennent des décisions ensemble, acceptent parfois de renoncer à une idée, apprennent à construire une confiance réciproque. Ils découvrent aussi que l'on peut être différent et complémentaire, et que le résultat d'un projet est une chose, la manière d'y parvenir en est une autre. Ces apprentissages relèvent, dit-elle, de la vie en société et de la prise en compte de l'autre comme d'un autre soi-même.
Questions fréquentes
Quelle différence entre coopérer et collaborer ?
Dans la coopération, l'enseignant définit ce que les élèves doivent produire. Dans la collaboration, ils peuvent le définir eux-mêmes. La première prépare la seconde.
Faut-il noter le travail de groupe ?
L'autrice propose plutôt d'objectiver : des critères simples, travaillés avec la classe, permettent à chacun d'analyser sa place dans le groupe, en plus de l'évaluation disciplinaire.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre étapes pour lancer un projet, avec ce que chacune demande à l'enseignant.
- La façon de composer des groupes et de distribuer des rôles qui donnent des repères.
- Les critères d'objectivation par thèmes, et l'exemple de grille.
- L'encadré sur le rôle et la posture de l'enseignant, phase par phase.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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