Étiquette « DYS » : comment aider un enfant à trouver sa place à l'école ?
Trois redoublements, des années de 0/20 en dictée, puis une pédagogue. Dans le n°1 d'Innovation en Éducation, Anne-Marie Gaignard met en garde contre les étiquettes et plaide pour la liberté des enseignants.
« DYS » : trois lettres qui rassurent certains parents, et qui en inquiètent d'autres. Anne-Marie Gaignard, pédagogue et autrice, les a portées dans le dos pendant des décennies. À l'école, elle collectionne les 0/20 en dictée, redouble trois fois et garde une étiquette de cancre très tenace. Cataloguée dyslexique, elle découvre à 36 ans qu'elle est en réalité dysorthographique. Elle s'est donné depuis pour mission d'aider les enfants en détresse scolaire. L'entretien qu'elle accorde au n°1 d'Innovation en Éducation invite à regarder autrement ces enfants.
Pourquoi faut-il être prudent avec l'étiquette « DYS » ?
Parce qu'une étiquette agit sur l'enfant autant que sur ceux qui l'entourent. Elle peut rassurer, mais aussi créer de l'angoisse : l'enfant se croit différent des autres. Anne-Marie Gaignard le dit avec l'expérience de celle qui y a cru.
« Une fois tombées, dites et répétées, elles stigmatisent automatiquement l’enfant. »
Elle rappelle qu'une dyslexie ne se repère pas à l'œil nu, qu'elle peut être légère, moyenne ou sévère, et qu'un apprentissage de la lecture qui n'a pas bien pris produit à l'écrit les mêmes erreurs, d'où certains amalgames. Le jour où son étiquette a volé en éclats, elle en a voulu aux adultes qui s'étaient trompés. Elle ne remet pas pour autant en cause la réalité des difficultés : elle demande qu'on prenne soin des enfants diagnostiqués et qu'on mette en avant ce que leur différence apporte.
Une différence peut-elle devenir une force ?
C'est le cœur de l'entretien. Que l'enfant soit « dys » ou non, son intelligence est réelle. L'autrice propose de repérer son mode de mémorisation dominant pour en faire un atout, pour lui, pour son enseignant et pour ses camarades. Elle décrit trois profils, dont aucun n'est exclusif, puisque chacun oscille de l'un à l'autre, et elle montre comment chacun peut s'appuyer sur sa façon d'apprendre. Cette typologie est un point de vue de praticienne, que la recherche discute : un article du blog fait le point sur la question des styles d'apprentissage.
Sa conviction, elle, est simple : si l'enfant sait qui il est vraiment, le courage et l'envie dépassent ses craintes.
« La différence peut être une force absolument magique ! »
Que demande-t-elle à l'école ?
Elle porte un regard exigeant mais bienveillant sur l'institution. Beaucoup d'enseignants font leur possible, estime-t-elle, et certaines pratiques, comme l'apprentissage de la lecture, sont à revoir. Elle insiste sur l'importance d'un bon départ au CP et sur la pluralité des méthodes : il n'y en a pas une bonne, mais plusieurs, qu'il faut savoir utiliser pour que chaque enfant soit bien à sa place d'écolier. Elle croit enfin à la liberté pédagogique des enseignants, dont l'ingéniosité et l'envie de tirer leurs élèves vers le haut sont, dit-elle, un motif d'optimisme.
Son optimisme repose sur une observation de terrain, formulée sans détour.
« Je ne connais pas un enfant qui n’a pas envie d’apprendre. »
Quand un enfant semble décrocher, c'est donc, dans son regard, que quelque chose dans la manière d'apprendre ne lui convient pas encore, et non qu'il manque d'envie. C'est une invitation à chercher, avec lui, ce qui lui parle.
Pour les parents comme pour les enseignants, le message n'est pas de nier les difficultés. Il est de ne jamais réduire un enfant à une étiquette, et de lui laisser entendre qu'il a sa place.
Questions fréquentes
Un enfant « DYS » est-il moins intelligent ?
Non, répond l'autrice : que l'enfant soit « dys » ou non, son intelligence est réelle et certaine.
Comment parler d'un diagnostic à un enfant ?
Elle invite à la prudence avec les mots, qui peuvent rassurer comme angoisser, et à insister sur ce que sa différence peut lui apporter.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet d'Anne-Marie Gaignard, avec son parcours scolaire.
- La description des trois profils de mémorisation qu'elle distingue.
- Ses réflexions sur l'apprentissage de la lecture et le rôle des enseignants.
- Un encadré présentant la méthode qu'elle a conçue.
N°1
n°1 · Tout part de l'éducation
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