Visuel ou auditif : les styles d'apprentissage sont-ils un mythe ?
Peu de sujets divisent autant chercheurs et pédagogues. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Nicole Bouin, enseignante et formatrice, propose une lecture qui réconcilie les deux camps.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Adapter les supports de cours au profil visuel ou auditif des élèves ne les aide pas à apprendre : sur ce point, la recherche est claire. Mais selon Nicole Bouin, les enseignants qui constatent que chaque élève fonctionne à sa manière ne parlent pas de la même chose. Ils observent la façon dont l'élève se représente mentalement ce qu'il a vu et entendu. L'aider à prendre conscience de cette manière de faire, c'est de la métacognition.
Nicole Bouin a enseigné près de quarante ans en lycée professionnel et forme des enseignants depuis plus de vingt ans, notamment aux sciences cognitives. Militante des Cahiers pédagogiques, elle a publié Enseigner, apports des sciences cognitives chez Canopé. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, elle s'attaque à une question qui fâche : utilisons-nous tous notre cerveau de la même façon pour une même tâche ?
Que dit la recherche sur les styles d'apprentissage ?
L'autrice expose d'abord, loyalement, la position de la plupart des chercheurs. Le chercheur québécois Steve Masson, auteur d'un article sur les apports de la neuroéducation à l'enseignement, résume ce consensus : les styles d'apprentissage sont un neuromythe, c'est-à-dire une croyance sans fondement scientifique sur le cerveau. Plusieurs études bien identifiées montrent qu'adapter les supports aux préférences supposées des élèves n'améliore pas leurs résultats. Le chercheur s'étonne qu'une très large majorité d'enseignants continue d'y croire.
Pourquoi tant d'enseignants y croient-ils encore ?
Parce qu'ils voient quelque chose de réel, répond Nicole Bouin. Dès qu'on demande à des élèves, ou à des adultes en formation, comment ils s'y sont pris pour mémoriser ou résoudre un problème, on découvre une étonnante variété de démarches. Et quand on demande à quelqu'un d'adopter la démarche d'un autre, il se trouve souvent en difficulté.
L'autrice raconte les entretiens individuels qu'elle menait en début d'année avec chacun de ses élèves de lycée professionnel. Le magazine en reproduit un, savoureux, avec un élève qui découvre pourquoi sa méthode de révision lui demande tant d'efforts pour si peu de résultats. Elle rapporte aussi la réaction d'un autre :
« Mais alors, il se passe des choses dans ma tête ! Depuis le temps qu'on me dit que j'ai rien dans la tête... »
Comment chercheurs et pédagogues peuvent-ils avoir raison ensemble ?
C'est le cœur de l'article. Pour Nicole Bouin, les deux camps n'étudient pas le même moment. Les chercheurs s'intéressent aux supports présentés pendant le cours, images ou discours. Les pédagogues s'intéressent à ce que l'élève en fait dans sa tête pour le retrouver plus tard, quand l'image et la parole ont disparu. La pédagogie de la gestion mentale, initiée par Antoine de la Garanderie, appelle cela des évocations.
Sur la pratique de classe, elle rejoint d'ailleurs les chercheurs : il ne s'agit pas de choisir un support par élève, ce qui serait impossible devant trente élèves, mais de varier les façons de présenter un contenu, de préférence l'une après l'autre pour ne pas surcharger l'attention.
« Nous sommes tous visuels, auditifs, tactiles... On ne se coupe pas la main gauche parce qu'on est droitier. »
Le psychologue Mathieu Cassotti aborde le même neuromythe sous l'angle des chercheurs dans son entretien sur le cerveau adolescent, en rappelant que multiplier les façons d'encoder une information aide réellement à apprendre.
Qu'est-ce que le projet de sens ?
L'autrice ajoute une dimension souvent oubliée : ce qui motive l'élève à apprendre. Elle raconte un entretien avec un collégien passionné de sciences mais fâché avec le français, et la manière dont tout a changé quand il a compris que l'analyse d'un texte répondait, elle aussi, à son envie de voir ce que les autres ne voient pas. Le dialogue complet est dans le magazine.
Quel rôle pour l'enseignant ?
Être attentif au fonctionnement de chaque élève ne dispense pas d'enseigner explicitement les étapes qui permettent de réussir un exercice, comme la compréhension d'un texte. Nicole Bouin décrit la démarche qu'elle menait en classe pour que les élèves construisent ensemble une méthode de lecture, et la façon de corriger une copie pour que l'erreur devienne un repère plutôt qu'un verdict. Pour elle, c'est cela la métacognition : connaître à la fois les passages obligés d'une tâche et sa propre manière de penser.
Questions fréquentes
Les styles d'apprentissage visuel, auditif ou kinesthésique existent-ils ?
La recherche montre qu'adapter les supports au style supposé d'un élève ne l'aide pas à apprendre. En revanche, chacun développe sa propre manière de se représenter mentalement ce qu'il apprend, et en prendre conscience peut l'aider.
Qu'est-ce que la métacognition ?
C'est la connaissance qu'on a de sa propre manière de penser. Pour Nicole Bouin, elle combine la connaissance des étapes d'un exercice et celle de son fonctionnement personnel.
Faut-il varier les supports en classe ?
Oui. Chercheurs et pédagogues s'accordent sur l'intérêt de présenter un contenu de plusieurs façons, de préférence successivement pour éviter la surcharge.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec l'élève qui révisait à voix haute, et la méthode que l'autrice lui propose.
- Le dialogue avec le collégien passionné de sciences et la notion de projet de sens.
- La démarche de classe pour construire collectivement une méthode de lecture.
- Des exemples de corrections qui aident l'élève à comprendre son erreur.
- Les références des études citées sur les styles d'apprentissage.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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