Peut-on être enseignante et dyslexique ? Le parcours de Flora
Dyslexique, dysorthographique et enseignante : cela semble incompatible. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, Flora raconte comment elle y est parvenue, et ce que cela change pour ses élèves.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
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Flora est un prénom d'emprunt : il reste difficile pour cette enseignante de parler de sa dyslexie et de sa dysorthographie dans son établissement. Elle enseigne pourtant depuis quinze ans. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, elle répond aux questions de Jean-David Bol, rédacteur en chef du magazine, et son récit intéressera autant les enseignants que les parents d'un enfant dys.
Quelle scolarité quand on est dyslexique et qu'on obtient de bonnes notes ?
Une scolarité chaotique, raconte-t-elle. Elle avait de très bonnes moyennes dans certaines matières, mais des enseignants hésitaient à les lui attribuer parce qu'elle ne savait pas bien écrire. Elle a failli redoubler en primaire, et a décroché son brevet de justesse. La dyslexie n'était pas reconnue à l'époque, et elle l'a vécu comme une injustice.
Le tournant est venu de deux rencontres : un professeur de français qui l'a soutenue en lui disant qu'il voyait qu'elle comprenait, puis, à l'université, la découverte des aménagements. Avec une relecture autorisée, ses résultats ont fait un bond, et elle a pris confiance en elle « pour la première fois de [sa] vie ».
Comment enseigner « en mode incognito » ?
Sans oser tout dire. Elle n'écrivait pas au tableau, laissant les élèves s'en charger, et travaillait énormément chez elle, sans place pour l'improvisation. Ce que ses collègues faisaient en quelques minutes lui en demandait beaucoup plus. Elle a aussi développé une créativité spontanée : quand un besoin ne trouve pas de réponse classique, elle invente une parade.
Le prix était élevé. Pendant les quatre premières années, elle vivait un stress considérable, le syndrome de l'imposteur et la peur d'être démasquée. Une collègue bienveillante a fait équipe avec elle : l'une écrivait, l'autre inventait. Plus tard, l'intelligence artificielle est venue corriger ses fautes, ce qui a, dit-elle, allégé sa charge mentale.
Qu'est-ce qui l'a fait passer de l'imposture à l'acceptation ?
Un élève dys, un jour, lui a lancé : « Mais madame, vous ne vous rendez pas compte de ce que c'est… ». Elle a fini par répondre qu'elle le savait, parce qu'elle était comme lui. C'était la première fois qu'elle le disait à un élève. Depuis, quand un lycéen lui assure qu'il n'aura jamais son bac parce qu'il est dyslexique, elle lui répond qu'elle l'est aussi, et qu'elle fait un métier qu'elle adore.
« Le syndrome de l'imposteur est complètement derrière moi. Je me sens totalement légitime d'être enseignante. »
Elle ne l'a toujours pas dit à sa direction : ce n'est pas, précise-t-elle, son combat principal. Elle ne se présente pas comme une experte, mais comme quelqu'un qui montre aux jeunes les chemins possibles.
Qu'en pensent les familles, et que change cette histoire ?
Quand des parents s'inquiètent, lors d'une journée portes ouvertes, qu'un enfant dyslexique « n'est pas normal », elle leur répond avec humour.
« Écoutez, on a de la chance, ici on est tous pas normaux. Ça n'existe pas, le normal. »
Interrogée sur la place des profils atypiques dans le métier, elle n'a pas de réponse définitive. Elle constate que des élèves comprennent avec elle, tandis que d'autres ont besoin de cours plus classiques. Pour elle, la richesse d'une équipe tient à la diversité des profils, et ce que chacun apporte.
Sa sœur, également dyslexique, vient d'être reçue au CAPES et le dit ouvertement, car elle n'a pas été la seule dyslexique de sa scolarité. Flora relève la différence : être entourée de pairs évite de porter l'étiquette de l'intrus.
Questions fréquentes
Peut-on être enseignant et dyslexique ?
Oui, et l'entretien en est la preuve. Cela demande souvent beaucoup d'organisation et de travail, ainsi que des outils, comme les correcteurs fondés sur l'intelligence artificielle.
Faut-il dire à ses élèves qu'on est dys ?
Flora ne l'a fait qu'au bout de quatre ans, à la suite d'une remarque d'un élève. Elle explique que ce témoignage a aidé certains jeunes à croire en leur réussite.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail de son parcours scolaire et universitaire, du brevet au master.
- Comment elle préparait ses cours et ses bulletins sans que rien ne se voie.
- L'encadré où elle raconte son test de QI à l'université et la réaction du médecin.
- Ses conseils aux adultes neuroatypiques attirés par l'enseignement.
