Comment jouer en français, en histoire-géographie et pour réviser ?
« Aujourd'hui, on n'a fait que jouer ! » Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, trois enseignantes partagent ce qui marche chez elles, en français, en histoire-géo et pour les révisions, sans cacher ce qui ne marche pas.
Tiré du magazine · n°34Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie
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Un jour, une maman est venue voir Karen Chheub au portail de l'école. Son fils était rentré heureux, avec une hâte d'aller à l'école qu'elle ne lui connaissait pas : « Aujourd'hui, on n'a fait que jouer ! ». En l'interrogeant, elle a découvert qu'il avait couru dans la cour pour retrouver son binôme de verbe conjugué, gagné aux 7 familles des adverbes, puis marché vite pour recopier sa poésie. Il n'avait réalisé qu'à ce moment-là qu'il avait « travaillé ».
Cette anecdote ouvre l'un des trois témoignages que le n°34 d'Innovation en Éducation consacre au jeu en classe de français, d'histoire-géographie et au moment des révisions. Trois enseignantes, trois approches, et un point commun : le jeu n'y est pas une récompense, c'est un outil de travail.
Peut-on vraiment enseigner le français par le jeu ?
Karen Chheub, enseignante en CE2, a longtemps hésité : « le français n'est pas un jeu, il faut l'enseigner sérieusement ». C'est pourtant dans cette matière que les progrès lui ont semblé les plus flagrants. Son conseil principal tient en une idée : inutile de tout réinventer. On garde les règles de jeux que les élèves connaissent déjà, et on adapte seulement les cartes de questions.
« Enseigner par le jeu, c'est prouver que rigueur pédagogique et épanouissement forment un duo redoutablement efficace. »
Elle ne cache pas les difficultés. Certains élèves redoutent de se tromper et sont tentés de regarder la réponse ; trop de consignes finissent par nuire à l'objectif visé ; les règles sont vite oubliées. Chaque fois, elle a trouvé un ajustement simple, que le magazine détaille. Elle observe aussi un bénéfice pour elle : en se mettant en retrait, elle voit en direct si une notion est comprise.
Quelle place pour le jeu en histoire-géographie ?
Juline Anquetin Rault, enseignante et pédagogue, l'utilise surtout pour mémoriser : des cartes à retourner pour les dates, un quiz en ligne pour commencer chaque cours, que les élèves redemandent. Elle explique que le jeu social active, d'après une étude qu'elle cite, des mécanismes liés à la création de connexions entre neurones, et que travailler à plusieurs accélère l'apprentissage.
Mais elle est la première à poser des limites. Elle raconte avoir créé un jeu de type « Qui est-ce ? » avec les personnages de la Révolution française, avant de constater qu'il prenait beaucoup de temps et ne répondait pas à l'objectif. Les cartes de révision auraient mieux fait l'affaire.
« En pédagogie, tous les jeux ne se valent pas. »
Son équilibre : varier les supports et ne jamais perdre de vue l'exigence des programmes. Pour apprendre à rédiger une dissertation, on peut commencer par manipuler des morceaux de plan, mais il faut finir par prendre un stylo et se jeter à l'eau.
Comment le jeu peut-il aider à réviser ?
Pour Ophélie Colin, enseignante de sciences économiques et sociales, tout est parti d'un constat : en juin, ses élèves n'avaient rien retenu de l'année, malgré des cours variés et vivants. Elle rappelle, en s'appuyant sur les travaux d'Hermann Ebbinghaus, que l'on oublie très vite une grande partie de ce que l'on apprend si l'information n'est pas remobilisée régulièrement.
« Personne ne nous apprend à réviser et souvent, on confond révision et bachotage ! »
Avec une collègue, elle a identifié quatre défis auxquels se heurtent les élèves, du manque de méthode à l'impression que l'école est ennuyeuse, puis créé des jeux de société de révision, conçus pour la classe comme pour la maison. Les parents peuvent y jouer avec leurs enfants, pour des révisions plus apaisées. Elle intervient aussi dans des établissements pour former les équipes à la ludopédagogie.
Questions fréquentes
Faut-il réserver le jeu à certaines matières ?
Les trois témoignages montrent des usages dans des matières très différentes. Juline Anquetin Rault prévient toutefois qu'il ne faut pas tout faire passer par le jeu : varier les approches est plus efficace.
Peut-on évaluer les élèves pendant qu'ils jouent ?
Karen Chheub dit évaluer en direct de nombreuses compétences de français en observant ses élèves jouer, sans la pression de la feuille d'évaluation. Elle les trouve plus détendus et souvent plus performants.
Peut-on réviser en jouant à la maison ?
Oui, selon Ophélie Colin : certains jeux de révision sont conçus pour un usage familial, avec des parties de vingt minutes à une heure. Karen Chheub propose aussi de petits jeux autour des devoirs.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les formats de jeux adaptés au français (dominos, dés, familles, alignement de jetons) et les compétences que chacun travaille.
- Les trois solutions de Karen Chheub aux difficultés du terrain : peur de l'échec, surcharge de consignes, rappel des règles.
- Le principe « tête, corps, cœur » de Juline Anquetin Rault, et ce qu'il change aux pauses jeux.
- Les quatre défis de l'apprentissage identifiés par Ophélie Colin et les six objectifs de ses jeux.
- Des idées pour faire créer des jeux par les élèves et impliquer les familles.
n°34 · Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie
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