Qu'est-ce que l'école finlandaise peut inspirer à une classe française ?
Être heureux pour ensuite apprendre : Fanny Soleilhavoup a découvert ce principe en Finlande, où elle a vécu et enseigné. Elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation ce qu'elle en a rapporté dans sa classe d'ULIS.
Tout a commencé en 2011, quand Fanny Soleilhavoup s'est expatriée en Finlande. Comme beaucoup d'enseignants, elle connaissait la réputation du système scolaire finlandais, mais elle était loin de se douter de ce que ce pays lui apporterait. Aujourd'hui enseignante en ULIS à Villeneuve-d'Ascq, elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation les principes qu'elle en a retenus.
Qu'est-ce qui l'a marquée en premier ?
Ce que l'école a fait pour sa fille aînée, Téa. Celle-ci arrivait du CP avec une étiquette d'élève « multidys », sans savoir lire, et sans aucune confiance en elle. La seule question du directeur de sa future école : « Qu'attendez-vous de nous ? » Sa réponse : « Je voudrais juste que ma fille se sente bien à l'école. » « Alors vous êtes au bon endroit ! » Quand elle demandait à Téa comment elle allait, celle-ci répondait qu'elle ne comprenait rien, mais qu'elle était heureuse. Elle a fait toute sa primaire et tout son collège dans cette école, avec brio.
Où est le « secret » ?
Dans une phrase. Fanny Soleilhavoup, avec ses réflexes d'enseignante française, demandait à la directrice du jardin d'enfants de sa cadette quel était le programme et quels étaient les outils d'évaluation. La réponse l'a laissée songeuse.
« On apprend à être bien dans sa tête et avec les autres pour être bien dans son cœur… »
Elle y a vu la clé : être heureux pour ensuite apprendre, le tout étroitement lié à un rapport quotidien à la nature. Elle a appris le finnois, repassé son diplôme pour faire partie du corps enseignant finlandais et vu le système de l'intérieur.
Qu'a-t-elle rapporté en France ?
Elle précise que tout n'est pas duplicable, mais elle a gardé neuf principes, que le magazine présente un à un. On y retrouve, par exemple, la confiance : l'enseignant n'est pas dans la domination, et il est même interdit de lever la voix en Finlande. On interpelle un élève à l'écart, en se mettant à sa hauteur, en l'écoutant. La classe, aménagée avec tapis, coussins et assises ballons, se déroule aussi parfois au sol, et même dehors. Quant aux émotions, aucune n'est futile : elle doit être identifiée et nommée pour être comprise.
Selon elle, n'appliquer que quelques-uns de ces principes peut déjà changer beaucoup dans la scolarité d'un enfant.
Qu'est-ce que cela change pour les élèves ?
Ils retrouvent l'envie et le plaisir d'apprendre, certains regagnent l'estime d'eux-mêmes. L'écoute et la confiance révèlent souvent des capacités oubliées.
« Un élève heureux de venir en classe est un élève qui apprend mieux. »
C'est dans cette perspective qu'elle s'est tournée, l'an dernier, vers l'enseignement spécialisé : les élèves en grande difficulté avec un handicap sont souvent des élèves à l'estime de soi dégradée, et elle a voulu leur étendre ces principes.
Par où commencer ?
Elle suggère cinq pistes très concrètes, comme intégrer chaque semaine un temps de jeu ritualisé, prévoir un moment de relâche quotidien ou oser faire classe dehors. Le magazine les détaille.
Qu'a-t-elle appris en enseignant de l'intérieur ?
Ce qui frappe Fanny Soleilhavoup, c'est la place accordée à la relation. Dans l'école de sa fille comme au jardin d'enfants de sa cadette, personne ne lui parle d'abord de programme ou d'évaluation. On lui demande ce qu'elle attend de l'école, et on lui répond que l'essentiel est que l'enfant s'y sente bien. Cette première expérience l'a convaincue, avant même de passer elle-même son diplôme d'enseignante finlandaise. Elle a ensuite vécu le système en tant qu'enseignante, auprès d'adultes et d'enfants dont elle garde, dit-elle, beaucoup de gratitude et d'amitié. À son retour en France, elle ne prétend pas tout transposer : certains principes résistent au cadre français, d'autres se glissent dans la pratique quotidienne. L'enseignante choisit de s'en tenir à ceux qui lui semblent à la fois essentiels et réalistes.
Questions fréquentes
Tout est-il transposable de la Finlande à la France ?
L'autrice admet que non, mais pense que même quelques principes mis en place peuvent changer beaucoup dans la scolarité d'un enfant.
Faut-il avoir vécu en Finlande pour s'en inspirer ?
Elle y a enseigné pendant plusieurs années, mais les pistes de départ qu'elle propose sont simples et accessibles à tous.
Les émotions ont-elles vraiment leur place en classe ?
Dans cette approche, oui : aucune n'est futile, elles doivent être identifiées, nommées, reconnues et comprises.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit de l'arrivée de sa fille Téa dans une école finlandaise.
- La phrase de la directrice du jardin d'enfants, qui donne la clé du système.
- Les neuf principes que l'autrice a gardés, de la confiance à l'enseignement dehors.
- Les résultats observés chez les élèves, dont ceux de sa classe d'ULIS.
- Les cinq pistes pour démarrer, de la ritualisation d'un temps de jeu à la classe dehors.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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