Comment l'IA peut-elle aider à différencier et à soutenir les élèves DYS ?
Dans une même classe, les besoins sont très différents. Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, l'enseignante Mathilda Michel explique comment l'IA l'aide à différencier, et pourquoi elle reste vigilante.
Tiré du magazine · n°30IA : menace ou révolution ? LE guide pour parents et enseignants
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L'IA peut aider un enseignant à adapter ses cours à des élèves très différents, à condition qu'il reste celui qui valide, nuance et décide. C'est l'expérience de Mathilda Michel, qui enseigne le droit et la culture économique, juridique et managériale à des étudiants de BTS et intègre l'IA dans ses pratiques depuis 2023. Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, elle explique ce qu'elle y gagne et les précautions qu'elle prend.
Que peut faire l'IA pour la différenciation ?
La différenciation consiste à répondre à des besoins différents au sein d'une même classe, et c'est un casse-tête pour tout enseignant. L'autrice en voit trois apports principaux : reformuler les consignes ou simplifier les contenus pour les étudiants en difficulté de lecture, générer des exercices individualisés selon le niveau et les lacunes, offrir un retour immédiat qui encourage l'autonomie.
Elle encourage aussi ses étudiants à interroger des assistants alimentés par ses propres cours, pour revenir sur une notion qui coince ou demander un exemple. Cette démarche, dit-elle, stimule leur curiosité et leur autonomie.
Un exemple : la correction à deux voix
L'enseignante utilise des retours générés par l'IA lors de la correction des évaluations. L'outil se concentre sur la forme : précision du vocabulaire, correction grammaticale. Elle peut ainsi se consacrer au fond et à la cohérence des arguments. Mais elle garde la main, car certaines IA se montrent rigides et sanctionnent des tournures maladroites qu'un humain comprendrait, voire valoriserait.
« Cette complémentarité entre la machine et l'humain est essentielle et très bénéfique pour les élèves […] »
Ce petit exemple dit l'essentiel de son propos : l'outil accélère, l'enseignant arbitre.
Comment l'IA peut-elle soutenir les élèves DYS ?
Pour les élèves qui ont des troubles d'apprentissage, des difficultés d'attention ou un manque de confiance, l'autrice présente plusieurs familles d'outils : conversion du texte en voix et inversement, générateurs de cas pratiques progressifs, formats audio ou vidéo issus de synthèses simplifiées. Elle précise l'usage qu'elle fait de celui qu'elle apprécie le plus actuellement : transformer les leçons en supports ludiques et personnalisés à partir de leurs propres fiches, qu'elle utilise avec ses élèves et même avec ses filles. À l'approche de l'examen, quand il faut assimiler deux années de notions, ces formats complètent les cartes mentales et les fiches de révision.
Elle décrit aussi comment elle prépare ses propres assistants paramétrés pour simplifier des consignes et décliner un exercice en plusieurs niveaux, tout en maintenant les exigences de fond. Le magazine détaille ces usages.
Quels risques faut-il garder en tête ?
L'autrice est lucide : l'IA n'est pas neutre. L'accès au numérique est inégal, selon l'équipement, la connexion et les compétences. Elle a aussi été surprise du peu de curiosité de ses étudiants pour ces outils. D'où une formation à l'esprit critique : vérifier les sources, repérer les biais, ne pas se contenter de la première réponse.
« L'IA ne doit jamais remplacer le travail intellectuel, mais au contraire le soutenir et l'éclairer […] »
Elle reconnaît que cette nuance n'est pas toujours simple pour des élèves habitués à être notés sur le résultat plutôt que sur la réflexion.
Quel rôle reste-t-il à l'enseignant ?
Un rôle de médiateur, selon elle : quelqu'un qui expérimente, s'adapte et sélectionne les outils. Ce qui lui plaît, c'est la réactivité : en quelques minutes, après la question d'un élève, créer un exercice sur mesure ou reformuler une notion autrement. Sa conclusion est sans emphase.
« Loin de remplacer le rôle central de l'enseignant, l'IA est un outil qui complète notre action en nous aidant à mieux répondre aux besoins spécifiques des étudiants. »
Questions fréquentes
L'IA peut-elle vraiment aider un élève dyslexique ?
Selon l'autrice, oui, par exemple avec des consignes simplifiées, des exercices progressifs et des outils de lecture à voix haute. L'enseignant doit toutefois adapter et valider.
Peut-on laisser l'IA corriger les copies ?
L'enseignante s'en sert pour les retours sur la forme, mais elle valide et nuance elle-même, car l'outil peut être trop rigide.
L'IA risque-t-elle d'accentuer les inégalités ?
Elle le craint si l'accès au numérique et les compétences restent inégaux. D'où l'importance d'un usage réfléchi et d'une formation à l'esprit critique.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois familles d'outils pour soutenir les élèves en difficulté, avec des exemples concrets.
- La façon dont l'enseignante transforme ses synthèses en podcasts et en capsules vidéo pour les révisions.
- Le paramétrage d'assistants personnalisés pour décliner un exercice en plusieurs niveaux.
- La partie sur les inégalités numériques et la formation à l'esprit critique.
- La séance où les étudiants analysent les biais et les approximations des réponses de l'IA, et les enjeux internationaux abordés avec eux.
