Que font vraiment les profs avec l'IA ? Quinze enseignants témoignent
Comment des enseignants utilisent-ils l'IA au quotidien, et qu'en pensent-ils vraiment ? Pour le n°30 d'Innovation en Éducation, la rédaction a recueilli les réponses de quinze lecteurs, de la France à la Belgique et au Luxembourg.
Tiré du magazine · n°30IA : menace ou révolution ? LE guide pour parents et enseignants
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Dans les salles des profs, l'IA se raconte à la première personne : un gain de temps, des idées nouvelles, mais aussi la certitude qu'il faut tout relire. Pour son n°30, le magazine a demandé à ses lecteurs enseignants comment ils utilisent concrètement ces outils, ce qu'ils y gagnent et quelles réserves ils gardent. Les réponses viennent de toute la francophonie, et quinze d'entre elles sont publiées.
À quoi servent les outils d'IA, concrètement ?
Les témoignages se rejoignent sur plusieurs usages : préparer des séquences et des fiches, créer des quiz, décliner un exercice en plusieurs niveaux, reformuler un message ou une appréciation, concevoir des visuels. Certains raisonnent en termes de rapidité, d'autres de créativité. Une enseignante, Angélique, décrit ce que l'IA lui apporte comme jeune professeure.
« Il fournit une trame, une ossature sur laquelle on peut travailler. »
C'est l'image qui revient : une base de travail que l'on s'approprie, comme si un collègue partageait ses cours. Une autre enseignante, qui gère une classe multi-niveaux, demande un travail sur un thème commun, adapté à chaque niveau. Une autre évoque le plaisir de voir ses élèves enthousiastes devant une séquence plus originale.
Les élèves y gagnent-ils quelque chose ?
Oui, disent plusieurs enseignants, mais indirectement. Le temps gagné sert à proposer plus souvent de petits tests de révision, des flashcards par chapitre ou un cours sous forme de vidéo pour les élèves à besoins particuliers : des activités que le manque de temps empêchait de fournir régulièrement. Une enseignante d'économie en lycée raconte qu'elle sépare désormais la compréhension des notions de la compétence d'argumentation, en multipliant les évaluations courtes et formatives. Un autre témoignage, plus personnel, rappelle que le bénéfice peut aussi être pour l'enseignant : retrouver de la clarté dans la construction de ses séances laisse plus de place à l'échange avec la classe.
Un exemple : laisser les élèves corriger leurs copies avec l'IA
Valérie, enseignante forte de trente ans d'expérience, a constaté que ses élèves ne regardaient que la note de leurs travaux d'expression écrite, sans lire ses annotations. Elle s'est alors demandé comment faire de l'IA un outil de travail plutôt qu'une menace. Elle les a autorisés à utiliser ChatGPT pour corriger leurs travaux en tenant compte de ses remarques, et les encourage à s'en servir comme outil de correction, pas comme outil d'expression personnelle. Sa réserve, elle la dit clairement.
« J'ai peur qu'un usage excessif de l'IA puisse, à terme, nuire à leur confiance en eux et limiter leur capacité à développer leur propre discernement, essentiel à leur construction identitaire et à leurs relations. »
Quelles réserves reviennent le plus souvent ?
Trois inquiétudes traversent les quinze témoignages. La première est la fiabilité : plusieurs enseignants relisent systématiquement ce que produit l'IA, car les erreurs sont fréquentes, notamment dans les exercices. La deuxième est la dépendance, que l'on soit élève ou enseignant. Clément, par exemple, voit un danger à vouloir en faire plus qu'un appui.
« Le danger serait de vouloir en faire plus qu'un appui […] »
Il explique que son talent pédagogique tient à sa capacité à habiter son cours : déléguer la trame à une IA, c'est risquer de se retrouver simple transmetteur. La troisième réserve touche aux questions de société : données personnelles, droits d'auteur, consommation d'énergie. Certains notent qu'on ne sait pas mesurer ce que l'on consomme en utilisant ces outils.
Que disent-ils des plus jeunes élèves ?
Les avis ne sont pas tranchés, et c'est ce qui rend la lecture honnête. Une enseignante regrette qu'on laisse de côté les plus jeunes, déjà adeptes de ces outils, au risque de les laisser sans repères. Une autre, au contraire, rappelle que le cerveau a besoin d'apprendre pour se construire, et qu'il faut d'abord apprendre aux enfants à utiliser leur propre intelligence.
Un autre point se dégage : l'IA est un outil de plus, qui se choisit. L'une des enseignantes explique qu'il faut apprendre à choisir la bonne IA pour le bon travail, et à transmettre ce discernement aux élèves.
Questions fréquentes
Les enseignants gagnent-ils vraiment du temps avec l'IA ?
C'est le bénéfice le plus cité dans les témoignages, surtout pour la préparation des cours et la création d'exercices. Plusieurs précisent qu'il faut ensuite relire et personnaliser.
Quelles réserves reviennent le plus ?
La fiabilité des contenus, le risque de dépendance et les questions de données, de droits d'auteur et d'énergie.
Peut-on faire confiance à ce que produit l'IA ?
Pas à 100 %, répondent plusieurs enseignants : ils relisent tout et gardent la maîtrise de leurs contenus.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Quinze témoignages complets, avec pour chacun les outils utilisés, les bénéfices et les réserves.
- Les usages détaillés par discipline et par niveau, de la classe multi-niveaux au lycée.
- L'exemple d'une enseignante d'économie qui sépare le travail de réflexion du travail de mise en forme dans ses évaluations.
- Le témoignage d'une enseignante qui explique ce que l'IA change pour sa propre organisation.
- Les réflexions sur l'impact écologique et l'inégalité entre pays face à l'IA.
