L'IA va-t-elle changer l'orientation de nos ados ?
Face aux métiers que l'IA transforme, les jeunes se demandent à quoi bon étudier. Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, Roxan Roumégas propose de remplacer une question par une autre : non plus quel métier, mais quelles capacités.
Tiré du magazine · n°30IA : menace ou révolution ? LE guide pour parents et enseignants
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L'orientation ne consiste plus à chercher le métier à l'abri de l'IA : elle consiste à développer des capacités qui resteront précieuses quel que soit le métier. C'est la thèse de Roxan Roumégas, consultant et entrepreneur dans l'éducation et le numérique, cofondateur de Mentivis, qui accompagne écoles et universités dans l'intégration responsable de l'IA. Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, il s'adresse d'abord aux étudiants, mais son raisonnement parle aussi aux parents de collégiens et de lycéens.
Pourquoi tant de jeunes se demandent-ils à quoi bon étudier ?
Parce qu'ils arrivent avec ChatGPT dans la poche, sans que personne leur ait jamais expliqué les règles du jeu, et qu'ils entendent partout que leur futur métier pourrait être automatisé. « À quoi bon faire du droit si l'IA rédige les contrats ? » : l'auteur reprend les questions qui circulent sur les forums étudiants et estime qu'elles méritent une réponse claire plutôt qu'un débat sur l'autorisation ou l'interdiction.
Sa réponse commence par un rappel : l'IA est une révolution technique plus qu'existentielle.
Un exemple : le développeur débutant et le développeur chevronné
Dans l'industrie logicielle, l'IA fait déjà partie du quotidien : elle génère du code, repère des anomalies, accélère la documentation. Mais elle ne conçoit pas l'architecture d'ensemble et n'assume aucune responsabilité. Roxan Roumégas observe que ceux qui s'en servent le mieux sont aussi ceux qui ont la formation la plus solide.
« L'outil amplifie les compétences existantes, il ne les remplace pas. »
Un débutant qui délègue tout produit un code fragile, alors qu'un professionnel expérimenté qui l'emploie comme assistant multiplie sa productivité. La leçon vaut bien au-delà de l'informatique : on ne se passe pas d'apprendre, on apprend pour mieux diriger l'outil.
Quelle question poser à un ado qui hésite ?
Celle que l'auteur propose de changer. Tous les métiers seront touchés : certains évolueront, d'autres naîtront, les tâches les plus basiques seront les plus menacées. D'où ce déplacement.
« Plutôt que quel métier choisir ?, il faut se demander quelles capacités développer ?. »
L'article dessine trois familles de compétences qui voyagent d'un secteur à l'autre : les compétences relationnelles et émotionnelles, les compétences créatives, et ce qu'il appelle les méta-compétences liées à l'IA (dialoguer avec un modèle, en connaître les limites, vérifier ce qu'il produit). Il ajoute deux conseils d'orientation : décloisonner les matières, et considérer qu'on se forme tout au long de la vie, de sorte que choisir à 18 ans n'est plus un acte unique.
Que peut changer l'école, concrètement ?
L'auteur ne s'arrête pas aux idées. Il propose d'enseigner explicitement trois compétences que les étudiants maîtrisent rarement, qu'il regroupe sous l'expression « grammaire de l'IA », et de repenser l'évaluation : autoriser l'outil, mais exiger en contrepartie un journal de bord, une justification de méthode, des contre-exemples. Il insiste aussi sur l'équité : si seuls certains disposent d'outils performants et d'une bonne connexion, l'écart se creuse, d'où l'importance d'un équipement accessible à tous.
Pour les enseignants, il rappelle une règle simple, et propose de réinvestir le temps gagné dans l'accompagnement humain.
« L'IA propose, l'enseignant dispose. »
L'IA peut-elle choisir une orientation à la place d'un jeune ?
Non. Elle peut cartographier des parcours, croiser centres d'intérêt et contraintes, simuler des scénarios. Elle ne tranche pas et ne devine pas l'angoisse d'un étudiant face à l'avenir. La décision et l'engagement restent à la personne, et la transparence sur les taux de réussite et les débouchés à l'institution.
Questions fréquentes
Quels métiers l'IA va-t-elle faire disparaître ?
L'auteur ne dresse pas de liste. Il estime que tous seront concernés, que certains évolueront et que les tâches les plus basiques sont les plus exposées.
Quelles compétences conseiller à un lycéen ?
Des compétences transférables : relationnelles, créatives, et la capacité à dialoguer avec l'IA en vérifiant ce qu'elle produit.
Un lycéen doit-il apprendre à se servir de l'IA ?
Oui, mais en gardant l'esprit critique. L'auteur parle d'une hyper-vigilance face aux erreurs et aux biais des modèles.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois familles de compétences refuges, avec des exemples tirés de la médecine, de la création et de l'informatique.
- Les trois compétences de la « grammaire de l'IA » à enseigner explicitement.
- La proposition d'évaluation « open-IA » : ce que l'on autorise, ce que l'on exige.
- Les deux clés pour l'avenir : pluridisciplinarité et apprentissage continu.
- La section sur l'équité numérique et celle sur l'éthique au quotidien.
