L'IA peut-elle vraiment soulager les enseignants ?
Gagner du temps, différencier, retrouver la dimension humaine du métier : l'IA tient-elle ces promesses ? Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, Jean-David Bol s'appuie sur un baromètre mené auprès de près de 2 000 enseignants français.
Tiré du magazine · n°30IA : menace ou révolution ? LE guide pour parents et enseignants
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L'IA ne résoudra pas tous les problèmes de l'école, mais elle a le potentiel d'alléger le travail des enseignants et de leur rendre du temps pour ce qui fait le cœur du métier. C'est la conviction de Jean-David Bol, rédacteur en chef du magazine, qui développe dans le n°30 d'Innovation en Éducation un argument en deux temps : ce que promet l'IA, puis ce que les enseignants en font réellement, chiffres à l'appui.
Quelles sont les deux promesses de l'IA pour l'école ?
L'auteur s'appuie sur un rapport du Département de l'Éducation britannique, publié début 2024 et nourri de dizaines d'entretiens avec des éducateurs et des experts. Deux atouts en ressortent. Le premier est une baisse nette de la charge de travail : préparer des séquences, évaluer, faire gagner du temps pour réinvestir l'accompagnement et l'animation. Le second est la personnalisation. Dans une même classe, rappelle-t-il, il y a des niveaux hétérogènes et souvent quelques élèves DYS ou TDAH, identifiés ou non. L'IA peut aider à concevoir des supports adaptés à chacun.
« L'IA facilite justement la conception d'outils différenciés et une adaptation selon les besoins spécifiques des élèves. »
Et en France, que font vraiment les enseignants ?
Là, l'article change de registre et devient factuel. Il présente les résultats du premier baromètre Enseignants et IA, publié par l'association Ecolhuma et le site etreprof.fr, auquel près de 2 000 enseignants de tous niveaux ont répondu. La moitié déclare utiliser des outils d'IA au moins une fois par semaine, surtout pour gagner du temps.
C'est ici que se trouve le chiffre le plus parlant de l'article : alors que 70 à 80 % des enseignants pragmatiques ou convaincus voient dans l'IA une ressource pour différencier, seuls 8 % des répondants l'utilisent réellement dans ce sens. Entre l'intention et la pratique, il y a un écart.
Y a-t-il un enseignant « type » face à l'IA ?
Le baromètre distingue trois profils, que Jean-David Bol présente sans jugement : les convaincus, les pragmatiques et les réticents. Chacun a ses raisons, qui tiennent en partie à la discipline enseignée et au contexte professionnel. Les réticents, par exemple, craignent la perte de certaines compétences ou la dépendance, et l'auteur note qu'une partie d'entre eux utilise malgré tout l'IA chaque semaine. Le magazine donne la part de chaque profil, ses usages et la proportion de tâches qu'il se dit prêt à déléguer.
Ce que l'auteur retient, c'est qu'il n'y a pas d'un côté les enthousiastes et de l'autre les opposants : on trouve, chez les plus convaincus, un haut niveau de vigilance sur les limites et les dérives.
Comment expliquer l'écart entre conviction et pratique ?
Par un mot, selon l'auteur : la formation. La plupart des enseignants qui se sont mis à l'IA l'ont fait seuls, avec des tutoriels, des vidéos et des podcasts, même si des formations publiques existent, par exemple au Réseau Canopé. Le baromètre fait remonter une demande forte.
« […] expriment un besoin pragmatique et urgent : mieux comprendre les outils, savoir les utiliser de façon autonome, maîtriser les usages de base pour ne pas subir une technologie qu'ils doivent encadrer. »
Près de 8 enseignants sur 10 expriment ce besoin, tous profils confondus. L'auteur en conclut que la formation est le chaînon manquant, et que le numéro lui-même veut en être une première réponse.
Que pourraient faire les enseignants du temps gagné ?
Jean-David Bol insiste sur ce point : le but n'est pas d'enseigner moins, mais d'enseigner autrement. Les enseignants qu'il décrit se projettent déjà sur des tâches à forte dimension humaine : accompagner, entretenir le lien affectif, développer les compétences psychosociales et l'esprit critique, cultiver la curiosité. Son pari est assumé, et il le dit avec franchise.
« L'intelligence artificielle est la solution que de nombreux profs attendent depuis des années. »
Cette affirmation est un parti pris éditorial, qu'il tempère aussitôt : l'IA ne règle pas tout de façon magique, et il faut se former pour en tirer parti.
Questions fréquentes
Combien d'enseignants utilisent déjà l'IA ?
Dans le baromètre cité, la moitié des enseignants interrogés déclarent y avoir recours au moins une fois par semaine, d'abord pour gagner du temps.
À quoi les enseignants utilisent-ils l'IA ?
Surtout à trouver des idées, créer des ressources et générer des évaluations. Le magazine donne la liste complète des usages avec leurs pourcentages.
Faut-il se former avant de s'y mettre ?
C'est le besoin le plus fort relevé par l'enquête : près de 8 enseignants sur 10 voudraient mieux comprendre les outils pour les utiliser en autonomie.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les deux atouts identifiés par le rapport britannique, avec la méthode de l'étude.
- Le classement complet des quinze usages de l'IA par les enseignants, de la recherche d'idées à la correction.
- Les trois profils du baromètre (convaincus, pragmatiques, réticents), leur part respective et ce qu'ils se disent prêts à déléguer.
- L'analyse de l'écart entre conviction et usage réel de la différenciation.
- L'encadré consacré au « prof augmenté ».
