Qu'est-ce que la pharmacie des émotions, et comment aide-t-elle les élèves à se calmer ?
Quand un élève arrive en classe le cœur lourd, il n'est plus disponible pour apprendre. Adeline Urbain, enseignante en dispositif ULIS, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation l'espace autonome qu'elle a imaginé pour ses élèves.
Les élèves arrivent parfois à l'école le cœur lourd de colère, de tristesse ou d'injustice, et reviennent de récréation dans le même état. Pour un adulte, il s'agit souvent de petites disputes, de choses insignifiantes. Pour eux, ce sont des tempêtes émotionnelles qui les rendent indisponibles pour les apprentissages. Adeline Urbain, enseignante en dispositif ULIS à Boulogne-sur-Mer, après une reconversion et plusieurs écoles, part de ce constat dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Que faire quand une tempête émotionnelle traverse la classe ?
L'enseignante a commencé par une habitude simple : prendre systématiquement dix minutes au retour de récréation pour écouter les ressentis des enfants, juste les écouter. Cela a changé la donne. Les élèves étaient de plus en plus nombreux à faire la queue pour raconter leurs petits et grands chagrins, ce qui était à la fois formidable et compliqué à gérer.
D'où vient l'idée de la pharmacie ?
D'un site, papapositive, où elle a trouvé l'idée d'une infirmerie des émotions : une pièce aménagée où l'on reçoit les enfants un à un, comme pour une consultation, pour les aider à s'exprimer et à trouver une solution à leurs fortes émotions. Adeline Urbain s'en est inspirée pour créer un dispositif que les élèves peuvent utiliser seuls.
« J'ai donc, sur ce principe, créé une pharmacie des émotions à utiliser en toute autonomie avec des boîtes "je suis triste", "je suis stressé", "je suis en colère", etc. »
Comment fonctionne-t-elle ?
L'élève y va à n'importe quel moment de la journée, même si cela interrompt le travail en cours. Il commence par situer son émotion sur une « fusée », ce qui l'aide à l'identifier et à mesurer son intensité. Puis il choisit la boîte qui correspond. Chaque boîte contient un mode d'emploi à suivre pas à pas, avec des gestes pour s'apaiser. L'un d'eux consiste, par exemple, à sentir un bâtonnet imprégné d'une huile essentielle comme l'orange douce, pour atténuer l'anxiété. Le magazine détaille les autres objets que contiennent les boîtes et le geste final qui marque le retour dans la classe.
Cela fonctionne-t-il vraiment ?
L'enseignante est honnête sur les limites : parfois, cela déborde, parfois des élèves font semblant pour s'extraire du travail, et souvent ils rangent mal l'espace. Mais elle a le sentiment qu'ils se sentent soulagés de disposer de ce lieu, qu'ils considèrent comme un refuge.
« J'ai vraiment le sentiment qu'ils se sentent soulagés d'avoir cet espace qu'ils semblent considérer comme un refuge et que, quand ils sont à leur place, ils mettent du cœur dans leur travail, ils ne sont plus contraints. »
Elle ajoute que, quand les élèves sont à leur place, ils mettent du cœur à l'ouvrage.
Pourquoi commencer par écouter les enfants ?
Le point de départ d'Adeline Urbain est autant relationnel que pratique. Dans toutes les écoles où elle est passée, elle a vu le même phénomène : une dispute de récréation, minuscule aux yeux d'un adulte, peut occuper toute la place dans la tête d'un enfant et le rendre indisponible pour la suite de la journée. Plutôt que de demander aux élèves de passer à autre chose, elle a d'abord choisi de leur laisser la parole, avec ses dix minutes d'écoute au retour de récréation. L'outil, lui, avait été conçu quelques années plus tôt, avant son arrivée en ULIS, où elle accompagne des élèves en situation de handicap léger. Il n'était pas utilisable avec ses élèves de très petite et petite section. Un détail utile : un tel espace se pense en fonction de l'âge et du public auxquels on s'adresse.
Questions fréquentes
Un tel dispositif est-il réservé aux classes spécialisées ?
L'outil a été créé il y a quelques années, avant d'être repris en ULIS, auprès d'élèves en situation de handicap léger. Il avait été pensé au départ pour d'autres niveaux.
Les élèves n'en abusent-ils pas ?
L'autrice reconnaît que certains font parfois semblant pour échapper au travail, mais estime que le soulagement apporté compense ces écarts.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le constat de départ sur les émotions des élèves au retour de récréation.
- L'origine de l'idée : l'infirmerie des émotions et la pharmacie en autonomie.
- Le mode d'emploi complet : fusée des émotions, choix de la boîte et gestes à effectuer.
- Le contenu des boîtes : huile essentielle, respiration, sablier, mandala, transvasement, maracas, peluche.
- Le geste symbolique qui permet de passer à autre chose.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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