La psychologie positive à l'école : ce qu'elle est, et ce qu'elle n'est pas
La psychologie positive est à la mode, et souvent mal comprise. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Charles Martin-Krumm explique ce qu'elle recouvre et ce qu'elle apporte à l'éducation.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
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« La psychologie positive est à la mode », écrit Charles Martin-Krumm, professeur d'université à l'École de Psychologues Praticiens de Paris et président de l'Association française et francophone de Psychologie Positive. Mais que recouvre-t-elle exactement, et que peut-elle apporter à l'école ? Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, il commence par dire ce qu'elle n'est pas, puis relie ce courant scientifique à l'éducation positive.
La psychologie positive, est-ce une injonction au bonheur ?
Non, répond l'auteur, qui écarte plusieurs malentendus : elle ne vise ni un bonheur individualiste, ni un monde sans souffrance, et elle ne doit pas être confondue avec la manière dont certains s'emparent de ses résultats pour en faire un argument commercial.
« Elle n'est pas une injonction au bonheur comme certains voudraient le faire croire. »
Il la décrit comme un courant scientifique qui fédère la psychologie, la philosophie, la médecine, la sociologie ou les neurosciences, et qui étudie les conditions de l'épanouissement et du fonctionnement optimal des personnes, aux niveaux individuel et collectif. Il invite aussi à ne pas faire preuve d'une « béatitude naïve » à son égard.
Quel rapport avec l'éducation positive ?
Dans les deux cas, on met l'accent sur les ressources plutôt que sur les manques. Mais l'auteur nuance : il ne s'agit pas de ne repérer que des points forts. Il parle d'un équilibre entre les ressources de l'enfant et de son environnement, et les exigences, celles de l'école mais aussi la pression que l'enfant ou ses parents se mettent. Une éducation positive, c'est offrir du soutien, du guidage et de la bienveillance, tout en veillant à cet équilibre.
Faut-il croire au « don » ?
C'est l'exemple le plus parlant de l'article. L'auteur estime que la conviction que tout élève peut progresser, qu'il appelle l'éducabilité, est primordiale, et qu'il vaut mieux éviter une logique du don : si réussir est une question de don, pourquoi travailler quand on échoue, et pourquoi, à l'inverse, travailler quand on réussit ? Il cite sur ce sujet les travaux de la chercheuse Carol Dweck et d'un professeur de Marseille. Quand parents et enseignants croient en l'éducabilité de l'enfant, la donne change en termes d'attention et de bienveillance.
Que peut-elle apporter aux enseignants et aux parents ?
L'auteur reste humble : éduquer et enseigner sont des tâches complexes, et il n'existe pas de recettes miracles.
« En matière d'éducation, il n'y a pas de prêt-à-porter ! »
Il propose plusieurs pistes, dont la bienveillance envers soi-même pour les parents et les enseignants, et des pratiques de régulation émotionnelle pour les enfants. Il rappelle aussi les différences entre la famille et l'école, où les règles sont fixées par le règlement et par la loi, et l'idée qu'un enfant n'est pas un adulte en miniature.
« Il faut accepter qu'un enfant se comporte en enfant et qu'il n'est pas un adulte en miniature. »
Pourquoi ce nom, et que cherche-t-elle à étudier ?
L'auteur reconnaît que le nom est trompeur : le courant n'est ni seulement de la psychologie, ni seulement positif. L'idée de le changer a d'ailleurs été envisagée, puis abandonnée lors d'un congrès mondial à Los Angeles en 2013. Ses travaux, menés dans des domaines aussi variés que la santé, le travail, le sport ou l'éducation, visent à comprendre ce qui favorise l'épanouissement, à concevoir des interventions pour l'améliorer, puis à vérifier si leurs effets durent dans le temps et ce qu'ils apportent réellement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des malentendus que l'auteur écarte sur la psychologie positive.
- Les références scientifiques sur lesquelles s'appuie l'auteur, dont le cadre qui met en regard exigences et ressources.
- Le raisonnement complet sur l'idéologie du don et ses effets sur l'effort.
- Les pistes proposées aux enseignants et aux parents, avec leurs références.
- La façon dont le bien-être des élèves passe par celui des enseignants, et les références complètes de l'article.
