Êtes-vous à votre place professionnelle ? Les pistes d'Isabelle Servant
Nous passons en moyenne 80 000 heures au travail. Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, Isabelle Servant invite parents et enseignants à se demander s'ils s'y sentent à leur place.
Tiré du magazine · n°15Peuvent-ils encore changer le monde ?
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Quel rapport entre notre métier et l'éducation des enfants ? Plus étroit qu'on ne le croit, répond Isabelle Servant. Les enfants nous regardent travailler, entendent ce que nous en disons et s'en font une image de ce qui les attend. Se demander si l'on est à sa place professionnelle ne relève donc pas du seul confort personnel.
Isabelle Servant est ancienne professeure de l'Éducation nationale et de l'université de Stanford, autrice, coach et conférencière. Elle a fondé l'Orientation Positive et accompagne des jeunes comme des adultes dans leurs choix. Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, elle prolonge une étape de son livre Comment serait le monde avec 8 milliards de VOUS ?, consacrée à la vocation, avec cinq pistes de réflexion.
Pourquoi se poser la question ?
L'autrice part d'un chiffre : environ 80 000 heures de notre vie au travail, pendant plus de quarante ans. Autant se demander ce qu'on y met, et ce qu'on y trouve.
« Il serait en effet dommage de "perdre sa vie à la gagner" ! »
Son livre repose sur un jeu d'imagination : et si le plaisir que vous prenez à votre travail était multiplié par huit milliards, comment serait le monde ? Il ne s'agit pas d'imaginer huit milliards de clones, mais de mesurer ce que chacun apporte, ou n'apporte pas, quand il se sent à sa place.
Le travail est-il seulement une contrainte ?
C'est souvent ainsi que les jeunes qu'elle accompagne le perçoivent : une obligation qu'il faut bien rémunérer le mieux possible. Leurs envies personnelles, comme faire ce qu'ils aiment ou exprimer leurs talents, et leur désir de contribuer au collectif sont rarement explorés. Isabelle Servant propose un autre regard : chacun apporte sa pierre, en soignant, enseignant, construisant, transportant, inventant. Le travail est une manière de participer au bien commun.
« Le travail fait partie intégrante de la participation de chacun au collectif. »
Et nos enfants, dans tout cela ?
C'est le point qui concerne directement parents et enseignants. Se sentir mal à sa place a des conséquences sur soi, mais aussi sur l'entourage. Les proches le perçoivent, même sans mot, et les discussions finissent parfois par tourner autour de ce qui ne va pas. L'autrice invite alors à se demander quelle image du monde professionnel nous donnons aux enfants, et qui, autour d'eux, leur en offre une image positive. Elle ne culpabilise pas : elle rappelle simplement qu'un adulte qui cherche sa place, ou qui s'ajuste, montre qu'on peut le faire à tout âge.
Qu'est-ce qui fait qu'on se sent à sa place ?
Selon la psychologie positive, que l'autrice cite, les personnes les plus épanouies au travail réunissent trois caractéristiques : elles utilisent leurs atouts, elles aiment ce qu'elles font, et elles donnent du sens à leur activité. Beaucoup, constate-t-elle, ont pourtant suivi les chemins les plus empruntés à l'école sans avoir pu explorer le leur. La bonne nouvelle est qu'on peut explorer ces trois piliers à n'importe quel âge, et demander de l'aide pour de petits ou de grands ajustements.
Isabelle Servant détaille ensuite cinq pistes, de la manière de donner du sens au mot « travailler » jusqu'à la façon d'évoluer et de faire évoluer quelque chose autour de soi. L'une d'elles est consacrée aux talents, et à la façon de les repérer. Le magazine reprend, pour chaque piste, des questions à se poser.
« Trouver et prendre sa place est donc une question d'utilité publique pour soi, nos proches et le monde (qui a assurément besoin des talents et de la joie de chacun) ! »
Questions fréquentes
Comment savoir si l'on est à sa place professionnelle ?
Isabelle Servant parle d'abord d'un sentiment : se sentir plus créateur que victime de ses choix, et exprimer à l'extérieur ce que l'on est à l'intérieur. Trois repères l'aident à y voir clair : ses atouts, ce que l'on aime, le sens que l'on donne à son travail.
Peut-on changer de voie à n'importe quel âge ?
Oui, selon l'autrice : on peut explorer ses atouts, sa joie et son sens à chaque étape de sa vie, et demander de l'aide pour s'ajuster.
Le sujet concerne-t-il aussi les enfants ?
Indirectement : l'image que les adultes donnent du travail influence la manière dont les enfants imaginent leur avenir.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cinq pistes de réflexion complètes, avec les questions à se poser pour chacune.
- Les trois caractéristiques des personnes épanouies au travail et la manière de les explorer.
- La piste consacrée aux talents, avec les questions qui aident à les repérer.
- Une présentation du livre Comment serait le monde avec 8 milliards de VOUS ? et de ses autres ouvrages.
