Laisser son enfant s'ennuyer : est-ce un cadeau ?
Chaque été revient la même question : comment occuper les enfants ? Dans le n°3 d'Innovation en Éducation, un article propose de les laisser s'ennuyer, et de voir ce que cela leur apporte.
Tiré du magazine · n°3Et si cet été, on ralentissait ?
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L'ennui n'est pas un vide à combler à tout prix. Selon l'article « Éloge de l'ennui », publié dans la rubrique Famille du n°3 d'Innovation en Éducation, il nourrit la créativité, l'autonomie et la patience des enfants. Un parent qui ne répond pas tout de suite à un « je ne sais pas quoi faire » ne leur fait donc pas défaut : il leur laisse de la place pour inventer.
Pourquoi l'ennui a-t-il disparu de l'enfance ?
Nos grands-parents racontent souvent une enfance où l'on avait peu, mais où l'on était libre. Aujourd'hui, les enfants auraient perdu plus de douze heures de temps libre par semaine en vingt ans, selon l'article. Il en cherche les causes dans trois tendances de notre époque : la place des écrans, l'instantanéité (tout est livré, trouvé ou divertissant en quelques secondes) et l'abondance d'objets. Un enfant occidental possède en moyenne 150 jouets, relève le magazine, et pourtant les enfants savent s'amuser avec trois fois rien.
« Il ne faut donc pas chercher à "tuer l'ennui", mais au contraire à le cultiver ! »
Rien de tout cela n'est un reproche. L'article le dit sans détour : dans une société qui va vite et qui fuit l'ennui, les parents font de leur mieux. Il s'agit plutôt de redonner à l'enfant un espace qu'il n'a plus.
Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant qui s'ennuie ?
Le magazine s'appuie sur une expérience de deux chercheuses britanniques, Sandi Mann et Rebekah Cadman. Un premier groupe devait recopier des numéros de téléphone pendant quinze minutes, une tâche monotone, avant d'imaginer des usages possibles pour deux gobelets. Un second groupe recevait directement les gobelets. Les personnes qui s'étaient ennuyées ont proposé davantage d'idées, et de meilleures. Dans une seconde expérience, la tâche était encore plus passive (lire des numéros à voix basse), et la créativité encore plus grande.
L'article en tire quatre bénéfices pour l'enfant. En cherchant lui-même comment s'occuper, il apprend à décider et à trouver ses solutions. Il se tourne vers ce qui l'attire vraiment, ce qui nourrit son identité. Il peut aussi aller vers les autres pour leur proposer une activité. Et il apprivoise le temps : il gagne en patience, donc en tolérance à la frustration.
Que dire à un enfant qui répète « je m'ennuie » ?
C'est la partie pratique de l'article, et elle part d'une réalité que tous les parents connaissent. L'article propose quatre pistes, qui vont du regard que l'on porte sur soi-même jusqu'à la manière d'aménager la chambre ou l'emploi du temps. L'une d'elles consiste à répondre à la plainte sans accourir avec un catalogue d'idées : on parle de « frustrer positivement », c'est-à-dire de différer la demande pour que l'enfant se creuse la tête lui-même.
L'article assume aussi que les premières minutes d'ennui sont inconfortables, pour l'enfant comme pour le parent. C'est le prix d'un bénéfice qui se récolte plus tard.
« C'est un peu de frustration à court terme, pour un grand bénéfice à long terme ! »
Et les adultes dans tout cela ?
L'article invite à une cohérence : les enfants sont un miroir, et un parent à l'aise avec le calme leur montre que ces temps comptent aussi pour lui. Même les adultes, rappelle-t-il, ont besoin de retrouver leur âme créative. Ce regard plein de douceur sur l'ennui s'accorde bien avec la saison : les vacances sont le moment où l'on peut enfin se permettre de ne rien programmer.
Questions fréquentes
L'ennui est-il mauvais pour un enfant ?
Pas selon l'article du magazine : de courts moments d'ennui favorisent la créativité, l'autonomie et la patience. Il décrit plutôt la disparition de l'ennui comme une perte.
Faut-il supprimer les écrans pour que l'enfant s'ennuie ?
L'article ne les diabolise pas : il note qu'ils ne comportent pas que des effets négatifs, mais qu'ils prennent beaucoup de temps libre. Il suggère surtout d'en limiter l'accès pendant ces moments de calme.
Un parent qui ne répond pas à « je m'ennuie » est-il un mauvais parent ?
Non, l'article insiste sur ce point : ne pas répondre immédiatement n'a rien de fautif, c'est même un cadeau que l'enfant comprendra plus tard.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des deux expériences de Sandi Mann et Rebekah Cadman, avec leurs résultats.
- Les trois facteurs qui font disparaître l'ennui, chiffres à l'appui.
- Les quatre pistes pour les parents, avec les phrases concrètes à employer.
- Les quatre bénéfices de l'ennui pour l'enfant, développés un à un.
