HPI : faut-il faire tester son enfant ? Les réponses de la psychologue Danièle Dufour
Une série télévisée à succès a fait du haut potentiel un sujet de conversation. Dans le n°6 d’Innovation en Éducation, Danièle Dufour, psychologue à Montpellier qui a testé et accompagné des centaines d’enfants et d’adultes, fait la part des choses.
Tiré du magazine · n°6Accompagner les enfants atypiques
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Faire tester un enfant qu’on pense à haut potentiel n’a rien d’une mode, selon la psychologue Danièle Dufour : le bilan permet de savoir dans quels domaines il est en avance et dans lesquels il a besoin d’aide. Sans test, insiste-t-elle, on ne peut pas affirmer qu’un enfant est HPI, même quand tout semble converger. Et quel que soit le résultat, le bilan reste utile, car il décrit le fonctionnement de l’enfant et sa manière de raisonner. Seuls des psychologues habilités peuvent faire passer ces tests.
Dans le n°6 d’Innovation en Éducation, cette psychologue installée à Montpellier, qui accompagne depuis des années enfants et adultes dans la découverte de leur haut potentiel, répond longuement aux questions du magazine. Un entretien riche, nuancé, et souvent drôle.
Le HPI, un phénomène de mode ?
C’est la première question, et sa réponse est claire : non. La précocité a toujours existé, sous d’autres noms, rappelle-t-elle, et le magazine retrace avec elle quelques étapes de son histoire. Si le sujet semble aujourd’hui partout, c’est surtout parce que davantage de personnes, grâce aux tests, ont pris conscience de leur fonctionnement.
Pourquoi se méfier de l’auto-diagnostic ?
C’est le cœur de l’entretien, qui lui donne son titre. Danièle Dufour observe qu’un parent voit souvent son enfant de manière très positive, ce qui est bien naturel. Mais un enfant qui connaît l’alphabet très tôt n’est pas forcément HPI. Elle donne même l’exemple de son propre fils, et en tire une règle simple :
« On peut avoir des éléments qui convergent vers ce diagnostic, mais c’est simplement impossible à le déterminer officiellement sans test. »
Le risque, explique-t-elle, est de nourrir des attentes qui ne correspondent pas à l’enfant, et de lui mettre une pression qui ne lui rend pas service. Elle cite l’exemple d’un saut de classe décidé sur une impression, et ce qu’il peut provoquer quelques années plus tard. Elle précise aussi la proportion d’enfants effectivement identifiés HPI parmi ceux qu’on lui amène, un chiffre qui surprendra plus d’un parent.
À quoi sert vraiment le test ?
Danièle Dufour décrit le test de référence, le WISC V, que le magazine présente dans un encadré, et l’âge à partir duquel elle conseille de le passer. Elle insiste surtout sur ce qu’il apporte au-delà d’un chiffre : un portrait du fonctionnement de l’enfant, de ses forces et de ses fragilités. Elle explique notamment la différence entre un profil homogène et un profil hétérogène, où un enfant peut comprendre comme un adolescent et écrire comme un enfant beaucoup plus jeune. C’est dans ce second cas, souligne-t-elle, que l’accompagnement fait toute la différence.
L’enfant HPI à l’école : les idées reçues
L’entretien bouscule plusieurs clichés. Non, un enfant précoce n’est pas forcément un bon élève, bon partout. Non, il ne comprend pas tout sans explication. Elle décrit aussi une difficulté que l’on mesure mal, liée à son rapport au temps :
« Il faut bien comprendre qu’un enfant précoce ne fait qu’attendre. Il finit tout avant les autres et très souvent, cette attente est synonyme d’ennui. »
Elle ne fait pas pour autant le procès des enseignants, qu’elle sait souvent démunis. Elle leur propose des pistes : lire au moins l’introduction et la conclusion du bilan quand les parents le transmettent, enrichir les matières préférées de l’élève, envisager un programme personnalisé. Elle évoque aussi les enfants à haut potentiel qui ont également une dyslexie, et dont la précocité peut passer inaperçue.
Comment en parler à l’enfant, à la fratrie, aux copains ?
Danièle Dufour donne des conseils concrets pour expliquer sa différence à l’enfant, avec quelques mots qu’elle utilise elle-même. Elle insiste sur l’essentiel :
« Il faut insister sur le fait que c’est une richesse, ce n’est pas censé être un problème. »
Elle aborde aussi la fratrie, où la comparaison guette, et les amis, avec qui elle conseille une certaine discrétion. L’entretien se termine sur les adultes qui la consultent, souvent après le diagnostic de leur enfant, et sur le soulagement qu’ils décrivent. Un sujet que le numéro prolonge dans un article consacré à l’atypie découverte à l’âge adulte.
Questions fréquentes
Peut-on savoir qu’un enfant est HPI sans test ?
Non. Pour Danièle Dufour, des éléments peuvent converger, mais il est impossible de l’affirmer officiellement sans test, passé auprès d’un psychologue habilité.
Un enfant HPI est-il forcément bon élève ?
Non. Danièle Dufour rappelle qu’un enfant précoce peut être en difficulté, s’ennuyer, choisir ses matières ou avoir aussi un trouble comme la dyslexie.
Le test est-il utile si l’enfant n’est finalement pas HPI ?
Oui. Selon elle, le bilan décrit le fonctionnement de l’enfant et sa façon de raisonner, ce qui aide parents et enseignants quel que soit le résultat.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L’entretien complet avec Danièle Dufour, psychologue à Montpellier.
- Un encadré sur le WISC V et ses cinq échelles, et l’âge conseillé pour le passer.
- Ses conseils aux enseignants et aux parents pour accompagner un enfant HPI à l’école.
- Ses mots pour parler de précocité à l’enfant, à la fratrie et aux amis.
- Un encadré sur la part de l’inné et de l’acquis dans le haut potentiel.
n°6 · Accompagner les enfants atypiques
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