Comment un lycée professionnel lutte-t-il contre le décrochage scolaire ?
Laisser des jeunes au bord du chemin devenait insupportable. David Dousset, conseiller principal d'éducation, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation la création du GARE, un groupe d'aide à la réussite des élèves.
Il devenait insupportable de laisser des jeunes au bord du chemin, alors que les équipes étaient prêtes à mobiliser leur ambition. David Dousset, conseiller principal d'éducation (CPE) dans un lycée professionnel de Montbard, n'est pas enseignant à proprement parler, mais éducateur. Avec une équipe, il a créé le GARE, le Groupe d'Aide à la Réussite des Élèves, né d'un sentiment d'impuissance et de frustration face au décrochage scolaire. Il raconte l'aventure dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
« Il devenait insupportable de devoir laisser des jeunes au bord du chemin alors même que les équipes étaient prêtes à mobiliser leur ambition et à faire preuve d'audace. »
Qui a porté l'idée ?
D'abord un enseignant et un CPE en veille permanente, soutenus par une direction engagée. Ils ont mis en synergie dix enseignants convaincus, des volontaires en service civique, une professeure des écoles spécialisée, une coach professionnelle, les services académiques et de nombreux intervenants du monde associatif et économique. L'inspiration est venue des travaux de Christophe Marsollier, docteur en sciences de l'éducation et inspecteur général. Pour l'auteur, l'idée a germé dans une tête, puis deux, puis trois, mais c'est bien le collectif qui a donné vie au dispositif. L'État et l'Europe ont ensuite apporté un soutien financier, que l'article détaille.
À qui s'adresse le GARE ?
À des jeunes dont les vulnérabilités, passagères ou installées, ont été repérées puis analysées lors de cellules de veille hebdomadaires : découragement, représentation négative de l'école, absentéisme, manque d'estime de soi, isolement, angoisses, timidité, repli. Le dispositif met cette attention aux vulnérabilités au cœur de son action, et renforce les compétences de vie, cognitives, émotionnelles et relationnelles pour consolider la persévérance.
Comment cela se passe-t-il concrètement ?
Pendant cinq semaines, des élèves volontaires, six au maximum par session, sont sortis de classe et bénéficient d'un emploi du temps aménagé. Chaque jour, des ateliers leur permettent d'explorer leurs compétences psychosociales, qu'ils mobilisent ensuite dans un projet « fil rouge » et lors d'une semaine d'exploration du monde professionnel et associatif. Cela contribue à redonner du sens à leur scolarité. À l'issue de chaque session, une coach professionnelle les accompagne individuellement jusqu'à la fin de l'année, et les responsables légaux sont associés par un contrat de progrès.
Quels premiers résultats ?
Un bilan prudent, mais encourageant.
« Pour sa première année, GARE a permis à 13 jeunes sur 15 d'acquérir de nouveaux outils au service de leur persévérance et plus globalement de leur bien-être. »
Le dispositif a aussi contribué à un meilleur épanouissement d'une vingtaine de professionnels.
Et pour les adultes autour des élèves ?
Le GARE ne s'arrête pas aux élèves : il porte une posture, fondée sur l'écoute, l'empathie, le droit à l'erreur, la valorisation et la réduction des violences éducatives ordinaires. Une base de données permet aux personnels de s'initier aux compétences psychosociales, et le dispositif expérimente désormais un outil nommé Educapacités. Il envisage aussi de proposer aux parents volontaires de travailler leurs propres compétences psychosociales.
Pourquoi cette expérience repose-t-elle sur le collectif ?
Pour David Dousset, la réussite du GARE n'est pas venue d'une idée géniale, mais d'une convergence. Un enseignant et un CPE, en veille permanente, ont partagé leurs réflexions, soutenus par une cheffe d'établissement engagée. Ils ont ensuite mis en synergie des enseignants volontaires, des jeunes en service civique, une professeure des écoles spécialisée, une coach et des intervenants extérieurs. L'auteur rappelle que le dispositif aurait pu fonctionner sans financement, grâce à cette force collective, même si le soutien de l'État puis de l'Europe lui a permis de s'équiper et de rémunérer la coach. Il insiste aussi sur un changement de regard : l'inspiration est venue des travaux d'un chercheur, qui a aidé l'équipe à faire un pas de côté et à changer de regard sur l'élève.
Questions fréquentes
Le GARE est-il réservé aux lycées professionnels ?
Dans ce témoignage, il est né dans un lycée professionnel, mais l'auteur n'en limite pas la portée : il le décrit comme un dispositif expérimental.
Les élèves sont-ils obligés d'y participer ?
Non. Les élèves sont volontaires, six au maximum par session.
Les familles sont-elles associées ?
Oui, par un contrat de progrès qui fixe des objectifs individuels, et par des bilans hebdomadaires.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La composition de l'équipe fondatrice et le rôle de chaque partenaire.
- Le détail des financements de l'État et de l'Europe, avec leurs contraintes administratives.
- La liste des signes de vulnérabilité repérés lors des cellules de veille.
- Le fonctionnement des cinq semaines, des ateliers à la semaine d'exploration professionnelle.
- Les principes généraux du GARE pour les adultes, et l'ouverture aux parents.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
