La voie professionnelle : un plan A, et pas seulement un choix par défaut ?
Trop souvent, la voie professionnelle passe pour le chemin de ceux qui n'arrivent pas à suivre. La psychologue de l'orientation Lydia Levant-Bol propose de la regarder autrement.
Tiré du magazine · n°10Orientation : quel avenir pour mon enfant ?
Voir ce numéro
Dans ses accompagnements, Lydia Levant-Bol, psychologue de l'orientation et autrice du podcast SlalomPro, entend souvent des personnes baisser la voix pour avouer qu'elles ont dû quitter le système « classique » pour aller en voie professionnelle. Dans le n°10 d'Innovation en Éducation, elle rappelle que bon nombre de métiers indispensables viennent de ces filières, et qu'il est temps de leur redonner leur juste valeur.
« Les voies professionnelles sont (encore) souvent considérées comme le chemin que prennent "ceux qui n'arrivent pas à suivre" ou "ceux qui n'ont pas leur place à l'école". »
Choix voulu, subi ou par défaut : quelle différence ?
L'autrice distingue plusieurs situations. Un choix volontaire, assumé : l'élève veut se former à un métier concret et entrer vite dans la vie active. Un choix subi, quand le niveau académique ne permet pas une autre voie. Un choix par défaut, pour repousser un décrochage. Elle reconnaît que tous les lycées professionnels ne proposent pas toutes les formations et que les élèves motivés se retrouvent parfois avec d'autres qui le sont moins. Le magazine reprend ces cas de figure et les questions qui en découlent.
Mon enfant est-il « fait » pour la voie professionnelle ?
Le piège, dit-elle, est de penser que s'il ne trouve pas sa place en voie générale, il est forcément fait pour la voie pro. Elle invite à clarifier avec lui ce que signifie réellement l'apprentissage : des cours théoriques équilibrés par la pratique, dans un milieu professionnel d'adultes responsables. Cela fait gagner des années d'un coup à certains, mais peut être une grosse « claque » pour d'autres, si le choix a été fait parce que les parents jugent leur adolescent pas assez mûr pour une filière académique.
Faut-il s'accrocher en voie générale quand les notes sont très justes ?
C'est l'exemple le plus parlant de l'article. Des élèves qui peinent à avoir la moyenne en Seconde générale choisissent la filière technologique ou professionnelle, et se retrouvent dans le top 5 alors qu'ils étaient en bas du tableau. L'autrice y voit un avantage double : un dossier plus solide aux yeux des responsables d'études supérieures, et des retours positifs qui renforcent la motivation, l'estime de soi et le sentiment de compétence.
« Il est préférable d'être parmi les meilleurs dans une filière moins valorisée que parmi les derniers dans la filière présentée comme étant soi-disant la meilleure. »
Et après : peut-on poursuivre ses études, y a-t-il un avenir ?
Oui, selon elle. Elle rappelle qu'après un bac pro, une partie des élèves entre directement dans la vie active, tandis qu'une autre poursuit, souvent en BTS, puis en licence professionnelle. Quant à l'avenir, elle invite à se demander combien il est difficile de trouver un bon artisan : ces savoir-faire, associés à une vraie relation humaine, seraient peu remplaçables par des algorithmes. Elle ajoute une réserve : certaines formations évoluent vite, comme la mécanique, et demandent de se tenir à jour.
« Ces savoir-faire et cette connexion humaine sont irremplaçables ! »
Questions fréquentes
La voie professionnelle ferme-t-elle les portes des études supérieures ?
Non. L'article rappelle que beaucoup d'élèves poursuivent après le bac pro, souvent en BTS, puis en licence professionnelle.
Mon enfant n'a pas encore d'idée de métier mais il est manuel : que faire ?
Les stages de Quatrième et de Troisième sont de bonnes occasions de découvrir des métiers. Les parents peuvent aussi provoquer des rencontres avec des professionnels du quartier.
Comment rester motivé quand beaucoup de camarades ne le sont pas ?
L'autrice y voit une épreuve de caractère : en s'accrochant, on a d'autant plus de chances de se démarquer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois cas de figure de l'orientation précoce vers une filière manuelle ou professionnalisante.
- Les réponses à une dizaine de questions de parents, de la motivation à l'optimisation de sa formation.
- Le raisonnement sur les métiers qui résisteront à l'automatisation.
- Les formations complémentaires pour ceux qui veulent se mettre à leur compte.
